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Haïti, 50 ans après Judith Jasmin

Jessica Émond-Ferrat - Métro

En 1959, la journaliste Judith Jasmin a réalisé Pourquoi Haïti?, le premier reportage d’envergure de Radio-Canada dans ce pays. Plus de 50 ans plus tard, c’est au tour de Réal Barnabé et de son co-réalisateur, Dominic Morissette, d’aller constater où en est Haïti à ce jour, avec leur documentaire Pourquoi pas Haïti?. Métro s’est entretenu avec Réal Barnabé.

D’où vous vient ce grand intérêt pour Haïti?
En 1970, j’étais journaliste à Radio-Canada pour Format 60, la grande émission de reportage à l’époque. J’ai fait un reportage en Haïti à ce moment. En 1983, j’y suis retourné pour adopter deux enfants. En 1996, j’ai créé Réseau Liberté, une organisation qui soutient les médias dans les pays en développement. On a travaillé dans une trentaine de pays, mais beaucoup en Haïti. Si j’étais seulement allé deux fois là-bas entre 1970 et 1996, maintenant je suis rendu à une trentaine de fois!

Et comment est né le projet de ce documentaire?
Il y a quelques années, j’étais dans les archives de Radio-Canada et je suis tombé sur le reportage Pourquoi Haïti? de Judith Jasmin, dont j’avais entendu parler, mais que je n’avais jamais vu. Quand je l’ai vu, la première chose que je me suis dite a été : «Si on retournait là où Judith Jasmin est passée en 1959 et si on posait les mêmes questions, on obtiendrait les mêmes réponses.» C’est assez troublant de se dire qu’au fond, il n’y a rien qui a avancé en 50 ans et même qu’il y a eu un recul du point de vue des conditions de vie des gens.

Vous avez retrouvé des personnes que Judith Jasmin avait interviewées à l’époque. Ont-elles été difficiles à retracer?
Je me suis aperçu que les gens qu’elle avait rencontrés étaient relativement jeunes, alors je me suis mis à les identifier pour me rendre compte que plusieurs d’entre eux étaient encore vivants. La plupart étaient faciles à identifier : notamment Leslie Manigat, qui a été président de la république pendant cinq mois, et celle qui est devenue Mirlande Manigat, sa femme, qui est en tête des élections présidentielles pour le deuxième tour. C’est assez exceptionnel de voir que Judith, en 1959, avait devant elle un futur président de la république et sa femme, qui sera peut-être présidente!

Certains de ces constats vous ont-ils surpris?
Ça fait si longtemps que je viens en Haïti que ça a plutôt confirmé des choses que je savais, mais la population n’en est peut-être pas très con-sciente. Par exemple, les Haïtiens sont très, très fiers d’être le premier peuple Noir à avoir fait son indépen­dance, et ils ont raison de l’être. Mais c’est un échec, l’aventure haïtienne. Et dans ce film-là, on montre que c’est beaucoup pour des raisons internes que c’est un échec. Et ça, ce sont des choses qu’on ne dit pas, parce que ça fait mal, on préfère cacher la réalité. Ce sont des termes qu’on approche, et en ce sens, notre discours est différent de ce qu’on entend habituellement.

Au final, le constat est donc plutôt négatif?
En fait, on constate la régression, mais ça débou-che sur l’espoir. C’est pour ça que ça s’appelle Pour-quoi pas Haïti? Moi, je pense qu’il faut absolument que ce pays-là démarre, c’est intolérable. On peut espérer que le choc du tremblement de terre sera l’élément déclen­cheur pour un véritable changement. Quand on aura passé à travers l’épreuve électorale, c’est là que les choses vont commencer à être sérieuses.

Pourquoi pas Haïti?
À RDI
Ce soir à 20?h

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