Culture
16:14 21 juillet 2020 | mise à jour le: 21 juillet 2020 à 18:00 temps de lecture: 4 minutes

Juste pour rire: une formule hybride pour traverser la crise

Juste pour rire: une formule hybride pour traverser la crise
Photo: Josie Desmarais/Métro

Bousculé par la pandémie, le festival Juste pour rire mise cette année sur une formule hybride à la fois en salles et sur le web pour dérider les Montréalais.

Le 38e festival Juste pour rire, qui aura lieu exceptionnellement du 29 septembre au 10 octobre, présentera notamment une vingtaine de spectacles devant public.

Pour Patrick Rozon, vice-président au contenu francophone chez Juste pour rire, il était impératif que le festival ait un volet «en personne», même devant un auditoire restreint.

Bien que satisfait de l’expérience du festival HAHAHA, présenté entièrement en ligne à la fin mai, le VP considérait qu’il y manquait un petit détail: l’humain.

«HAHAHA nous a appris beaucoup de choses, positives comme négatives, a dit Patrick Rozon en entrevue à Métro. Par sondage, on a notamment appris que les gens s’ennuyaient du stand-up. Et les artistes aussi s’en ennuient. Il fallait donc le ramener, coute que coute. Mais du stand-up digital, sans public, moi j’ai de la difficulté à y croire. Je trouve ça fade, ça manque de chaleur. C’est important pour les artistes, avoir la chaleur humaine, c’est vital à leur art.»

Le retour des humoristes devant leur auditoire se fera tranquillement, dans le respect des consignes de la santé publique. Pour l’instant, les rassemblements intérieurs sont limités à cinquante personnes.

Une habitude à conserver

Mine de rien, il s’agit aussi pour JPR de conserver un lien fort avec sa clientèle.

«C’est dangereux de perdre l’habitude d’acheter des billets, concède Patrick Rozon. Ça va faire 4-5 mois que les gens n’ont pas acheté de billets tout en ayant accès à du contenu gratuit sur le web. Les gens vont-ils perdre le réflexe de payer pour du contenu culturel? C’est une question qui se pose dans toute l’industrie. Et je ne parle pas que pour l’humour, mais pour toutes les formes d’arts.»

Et les artistes dans tout ça? Celui qui est aussi à la barre du ZooFest estime que les humoristes retrouveront avec plaisir la proximité avec le public, même s’il n’est composé que de 40 personnes.

«Ce qui sera intéressant, c’est que les artistes sont rouillés. Ils vont se roder devant le public, fait-il remarquer en riant. Personnellement, je trouve ça pratiquement meilleur dans ce cas parce qu’on voit l’artiste travailler, comment il bouge ses choses, comment il s’adapte. Il y a quelque chose de vraiment l’fun là-dedans.»

La programmation complète sera dévoilée lors des prochaines semaines.

Volet numérique

Le numérique ne sera toutefois par très loin dans cette expérience hybride. Une partie des spectacles présentés devant spectateurs sera captée puis rendue disponible gratuitement sur le web quelques jours plus tard.

Just for Laughs, le pendant anglophone du festival, sera lui virtuel à 100%.

Selon Patrick Rozon, la formule est là pour rester.

«L’idée d’un festival numérique va revenir chaque année, ça s’est sûr. Parce qu’on peut y accéder de n’importe où dans le monde, on peut rejoindre des gens qui ne connaissaient même pas Juste pour rire.  On a trouvé quelque chose, on l’aime et les artistes aussi. On va le développer et l’améliorer chaque année, probablement pas en même temps que les vrais festivals, parce qu’on va manquer de bras, mais il y a là un nouveau produit divertissant et très international. Ce n’est voué qu’à grandir.»

Ce tournant numérique permet aussi à Juste pour rire de mieux encaisser le choc de la crise.

Le groupe avait dû licencier 75% de ses employés en mars. De ce nombre, 15% sont maintenant de retour au boulot.

«Le secteur festival de l’entreprise tourne avec 25% de son effectif habituel, le volet spectacle à 1%. Mais les secteurs télé et numérique fonctionnent à 200%. Ça nous permet de rappeler certains employés. Ce n’est pas la vie parfaite, je ne dirais pas que ça va super bien, mais c’est un pas dans la bonne direction», conclut Patrick Rozon.

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