Culture
05:35 17 septembre 2020 | mise à jour le: 17 septembre 2020 à 17:02 temps de lecture: 6 minutes

Escouade 99: «Il n’y a pas eu de white washing», se défend Patrick Huard

Escouade 99: «Il n’y a pas eu de white washing», se défend Patrick Huard
Photo: Michael Pineault/Club IllicoQuelques acteurs de la distribution d'Escouade 99

Patrick Huard a défendu mercredi sa distribution des rôles pour la série Escouade 99, adaptation québécoise de la populaire comédie policière américaine Brooklyn Nine-Nine.

Un mois après la controverse suscitée par l’embauche d’actrices blanches pour incarner les personnages de policières latino-américaines dans la série originale, le réalisateur s’est expliqué lors d’une rencontre virtuelle avec la presse.

«Ceux qui sont là, ce sont les meilleurs», a-t-il déclaré au sujet des acteurs qui prêtent leurs traits à l’équipe de l’escouade 99, dont l’action se situe ici dans le quartier de Limoilou, à Québec.

«On a fait du mieux qu’on peut et personne n’avait de mauvaise intention.» -Patrick Huard

Rappelons qu’au mois d’août, l’actrice cubano-américaine Melissa Fumero, qui incarne Amy Santiago dans la série originale, avait émis des doutes quant aux choix d’engager des actrices blanches pour reprendre son rôle et celui de Rosa Diaz.

Patrick Huard reconnait que «des gens de différentes communautés ont été bousculés par rapport au casting». Ceci dit, il se défend d’avoir fait du white washing.

Selon lui, l’embauche des acteurs a été pensée d’abord et avant tout en fonction de la dynamique de groupe qu’il a voulu transposer à l’écran.

«On a tenté toutes sortes de choses, on a réfléchi à toutes sortes de choses et on a fait les choix qui sont là, parce que dans les circonstances, ces acteurs étaient les meilleurs pour chacun des rôles.»

Responsabilité assumée

Le réalisateur assume l’entière responsabilité de cette controverse. «C’est moi qui ai fait ce casting. Si vous avez à être fâché, c’est contre moi», a-t-il ajouté.

Au passage, il a dénoncé les menaces adressées aux comédiennes Mylène Mackay et Bianca Gervais, qui interprètent respectivement Fanny Lizotte et Rosalie Boucher dans la version québécoise.

«Ne me demandez pas de renier mon cast, je les aime comme mes enfants, je vais les défendre jusqu’à la fin de mes jours», a-t-il ajouté.

Patrick Huard admet par ailleurs qu’il y a un enjeu de sous-représentation des diversités dans la télé québécoise. «Il y a des efforts à faire. Il faut apprendre à se parler, il faut écouter. C’est pour ça que je n’ai pas réagi rapidement, j’ai voulu écouter», a-t-il précisé.

Selon lui, il s’agit là d’un défi de société. «C’est plus grand qu’Escouade 99, c’est plus grand que deux rôles.»

Une adaptation prometteuse

Au-delà de la controverse, est-ce réussi cette première adaptation très attendue de Brooklyn Nine-Nine? Après avoir visionné deux épisodes d’Escouade 99 – le premier et le cinquième de la saison –, on peut d’ores et déjà affirmer que la série est prometteuse.

Escouade 99 s’adresse aux gens qui n’ont jamais regardé la série originale. «Ceux qui l’ont vue, ils l’ont vue. J’ai fait la série pour les millions de Québécois qui ne l’ont pas vue et qui ne la connaissent pas», a déclaré Patrick Huard.

Cela n’a pas empêché la représentante de Métro et adepte de Brooklyn Nine-Nine de passer un bon moment lors du visionnement des deux épisodes.

Tout comme dans la version américaine, les interprètes de cette famille professionnelle dysfonctionnelle n’ont pas peur du ridicule. L’imitation d’un vautour par Guy Jodoin en est un exemple.

La trame narrative est fidèle à la série américaine, reprenant la plupart des intrigues de la première saison, tout en étant remaniée pour s’adresser au public québécois.

Ainsi, on y trouve des références à culture locale, dont une au film De père en flic et une aux Nordiques. Les amateurs de Brooklyn Nine-Nine auront aussi droit à la traduction de blagues signatures de la série, dont les fameux «titres de ton sex tape».

La série démarre avec la même prémisse: l’escouade 99 fait la rencontre de son nouveau commandant, Raymond Célestin (Widemir Normil). Son caractère austère et posé contraste grandement avec la personnalité juvénile et clownesque du détective Max Lemieux (Mickaël Gouin).

Créole, rires et profondeur

Le personnage du commandant ainsi que celui de Jeff Bourjoly (Fayolle Jean Jr) sont d’origine haïtienne dans cette adaptation. Les deux dialoguent fréquemment en créole, langue qu’on entend rarement au petit écran québécois.

Ce choix allait de soi pour Patrick Huard. «Je trouvais naturel que, quand ils se retrouvent seuls, ils se parlent parfois dans leur langue. Je trouve que c’est riche. Ça ajoute quelque chose à l’humour et à l’ensemble.»

Tout comme la série originale, la production québécoise a exprimé le souhait de maintenir un équilibre entre le côté burlesque et la promotion de valeurs sociales.

«C’est une série sur l’amitié. Dans le contexte actuel, ça fait du bien. Je pense qu’on a besoin de voir à l’écran des gens qui s’aiment et qui acceptent les travers des uns et des autres.» -Patrick Huard

L’équipe estime même avoir été plus loin que Brooklyn Nine-Nine dans la profondeur des personnages. «Du point de vue de l’intensité émotive, on a poussé un petit cran ces moments qui viennent nous chercher», a soutenu le réalisateur.

Les 13 épisodes de la première saison d’Escouade 99 sont offerts dès ce jeudi sur Club Illico. La création d’une deuxième saison dépendra de l’accueil du public, a fait savoir Patrick Huard.

«Ne jetez pas la série avec l’eau du bain, ça nous empêcherait de s’améliorer dans les saisons 2, 3 ou 4», a-t-il demandé.

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