Incendies rafle neuf Jutra
Avant la cérémonie, on ne se demandait pas si Incendies allait enlever les honneurs. On se demandait plutôt combien de trophées il allait gagner. Le verdict est tombé aux alentours de 22h30: neuf.
Onze fois finaliste, soit plus que tout autre film en nomination cette année, la dernière offrande de Denis Villeneuve n’a échappé qu’un trophée dimanche soir au gala des Jutra. Racontant le pèlerinage au Moyen-Orient d’un frère et d’une sÅ“ur à la recherche de leurs origines, Incendies a été sacré Meilleur film. Cette adaptation cinématographique d’une pièce de Wajdi Mouawad a aussi dominé les catégories du Meilleur réalisateur, du Meilleur scénario, de la Meilleure direction de la photographie, du Meilleur montage et de la Meilleure direction artistique, pour ne nommer que celles-là. «Je crois que j’aime mieux les Jutra québécois que les Jutra américains!» a lancé Denis Villeneuve au moment de cueillir le prix du Meilleur réalisateur.
D’une grande humilité, le cinéaste a profité de son passage sous les projecteurs pour rendre hommage à un grand oublié de la catégorie réservée aux réalisateurs, Robin Aubert, à qui on doit À l’origine d’un cri. «Ce soir, si c’est moi qui avais décidé, j’aurais donné [ce prix] à Robin Aubert. Je suis encore profondément bouleversé par son film», a-t-il déclaré.
Lubna Azabal a pour sa part gagné le Jutra de la Meilleure actrice pour son portrait de Nawal, la mère courageuse d’Incendies. La comédienne belge a tenu à partager cet honneur avec sa partenaire de jeu dans le film, Mélissa Désormeaux-Poulin, qu’elle a invitée sur scène. «Ce Jutra, tu le mérites autant que moi» lui a-t-elle dit, la serrant dans ses bras.
Incendies a dû s’avouer vaincu dans la catégorie du Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec. Il a baissé pavillon devant Les amours imaginaires. En plus d’un passage remarqué au Festival de Cannes, la comédie romantique de Xavier Dolan a connu une carrière impressionnante en France, où elle a ravi le public et la critique, ainsi que dans plusieurs festivals internationaux, dont ceux de Sydney, en Australie, et de Namur, en Belgique.
Incendies pourra sans aucun doute se rattraper l’an prochain, puisqu’il continue de récolter les fruits de son succès en 2011, avec une nomination aux Oscars et une sortie en salle aux États-Unis en avril.
Claude Legault a causé la seule surprise de la soirée en triomphant dans la catégorie du Meilleur acteur pour son rôle d’éducateur en centre jeunesse dans le drame 10 ½ de Podz. Grâce à une performance peu flamboyante mais fort remarquée, Claude Legault est parvenu à éclipser celles de François Papineau (Route 132) et d’Emmanuel Bilodeau (Curling), que bon nombre de critiques considéraient comme les favoris pour l’emporter. «Merci à Podz qui m’a entraîné dans une aventure qui a failli me faire pisser dans mes culottes de peur», a lancé Legault.
De son côté, Dorothée Berryman a gagné son tout premier Jutra, celui de la Meilleure actrice de soutien pour sa performance dans Cabotins, du cinéaste Alain DesRochers, où elle incarne une star déchue de l’époque burlesque. La comédienne de 62 ans a fait allusion à son personnage de has been dans ses remerciements. «Ce rôle-là, c’était un beau cadeau. J’étais rendue comme elle, à prier le bon Dieu : Il faut que je joue, ce n’est pas négociable!» a lancé Berryman, avant de remercier ses «amis de longue date» avec qui elle a partagé l’affiche du film : Rémy Girard, Yves Jacques, Gaston Lepage et Gilles Renaud. L’heureuse élue a aussi profité de son passage sur scène pour inviter le public à voir Cabotins, un film qui n’a pas rencontré son public lors de sa sortie en salle.
Jean Lapointe est quant à lui monté sur les planches du Théâtre St-Denis à deux reprises. En début de soirée, il a reçu le Jutra du Meilleur acteur de soutien pour À l’origine d’un cri, un prix qu’il a tenu à partager avec ses collègues, dont Patrick Hivon et Louise Latraverse. L’ex-sénateur a aussi salué le réalisateur du film, Robin Aubert. «Il a été d’une patience angélique avec moi», a-t-il révélé. Un peu plus tard dans le gala, Jean Lapointe se voyait remettre le Jutra-Hommage pour souligner une carrière exceptionnelle. «Quand on rend des hommages de même, c’est parce que la mort n’est pas bien loin!» s’est exclamé l’artiste.
Guy Bélanger et Benoît Charest ont été salués dans la catégorie de la Meilleure musique originale pour Route 132. Le prix Jutra du Meilleur documentaire a quant à lui été remis à Pierre Falardeau, un portrait du cinéaste et polémiste signé German Gutierrez et Carmen Garcia. Au micro, cette dernière a imploré les propriétaires de salle de prêter main-forte au documentaire, un genre en crise.
Le jury a aussi couronné M’ouvrir, du réalisateur Alberic Aurteneche, dans la catégorie du Meilleur court/moyen métrage. Les journaux de Lipsett a été nommé Meilleur film d’animation.
Les gagnants
- Meilleur film : Incendies
- Meilleure réalisation : Denis Villeneuve (Incendies)
- Meilleure actrice: Lubna Azabal(Incendies)
- Meilleur acteur : Claude Legault (10 ½ )
- Meilleur actrice de soutien : Dorothée Berryman (Cabotins)
- Meilleur acteur de soutien : Jean Lapointe (À l’origine d’un cri)
- Meilleur scénario : Incendies
- Meilleure direction de la photographie : Incendies
- Meilleure direction artistique : Incendies
- Meilleur son : Incendies
- Meilleur montage : Incendies
- Meilleure musique originale : Route 132
- Meilleurs costumes : Incendies
- Meilleur maquillage : Barney’s Version
- Meilleure coiffure : Barney’s Version
- Meilleur documentaire : Pierre Falardeau
- Meilleur court/moyen métrage : M’ouvrir
- Meilleur film d’animation : Les journaux de Lipsett
- Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec : Les amours imaginaires
- Jutra-Billet d’or : Piché : entre ciel et terre