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La soirée des jutra: cinq aspirants, un gagnant

Marc-André Lemieux avec Natalia Wysocka - Métro

Après les Oscars et les Génie, l’attention des cinéphiles québécois se tourne vers la soirée des Jutra. Chacun des finalistes au prix du Meilleur film mérite de gagner. Mais un seul sera couronné. Le verdict tombera dimanche.

Incendies

Incendies, c’est avant tout un scénario brillamment construit par Denis Villeneuve à partir d’une pièce de Wajdi Mouawad. Les mathématiques ont beau être au cÅ“ur du récit, notre appréciation du film, elle, n’a rien de calculé. Ce voyage au centre de la douleur captive et prend aux tripes. Pas étonnant que l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences l’a retenu dans la catégorie du Meilleur film en langue étrangère. Avec des recettes avoisinant les 3,5 M$ au box-office québécois (un exploit pour un long métrage qui ne met pas en vedette Patrick Huard ou Louis-José Houde), Incendies est l’une des rares productions à avoir ravi la critique et le public.

Présenté dans les plus grands festivals étrangers (Sundance, la Mostra de Venise), il prendra l’affiche aux États-Unis en avril. À moins d’un cataclysme de magnitude 7 sur l’échelle du non-sens, Incendies remportera les grands honneurs dimanche soir, permettant à Denis Villeneuve de mettre la main sur son troisième prix Jutra, après ceux pour Maelström en 2001 et Polytechnique en 2010. Voilà le genre de monopole qui nous plaît.

Les signes vitaux

On le sait bien, ce n’est pas forcément le sujet le plus joyeux qui soit, la mort. Alors que nous sommes tous conscients qu’elle fait partie de la vie, etc., etc., on peine encore à la regarder en face. Dans Les signes vitaux, de Sophie Deraspe, on n’a pas trop, trop le choix. Pourtant, au coeur de ce film rempli de lumière, le grand départ prend une forme drôlement plus humaine, acceptable, naturelle.

Porté par la magnétique Marie-Hélène Bellavance, qui y fait ses premiers pas au grand écran, Les signes vitaux révèle, une fois de plus, le très grand doigté de la réalisatrice et scénariste de Rechercher Victor Pellerin. On aime le regard sensible et empreint de respect que porte Sophie Desraspe sur ses personnages, l’interprétation émouvante de Danielle Ouimet et de Marie Brassard, ainsi que celle, plus fougueuse, de Francis Ducharme. On aime le brin de folie apporté notamment par l’imparable Arthur Cossette, qui égaye l’ambiance de son look et de sa guit. Et on aime la direction photo, signée Deraspe éga­lement, qui capte la beauté de ces corps marqués par le temps et la vie.

Les amours imaginaires
Certes, le scénario ne nous a pas renversé par sa profondeur, mais n’empêche. C’est avec plaisir qu’on s’est laissé charmé par la mise en scène esthétisante des Amours imaginaires, ses couleurs chatoyantes, ses effets de ralenti envoûtants… Le tout soutenu par des musiques évocatrices (comment oublier le délicieux Bang bang de Dalida et l’étonnant Viens changer ma vie de Renée Martel?).

Hormis le style, ce sont les dialogues futés qui nous ont fait craquer. Côté textes, Xavier Dolan n’a pas son pareil. L’auteur et réalisateur confirme son talent fou pour les répliques punchées qui traduisent parfaitement l’esprit de ses personnages. Pour notre plus grand bonheur, le petit prodige laisse courir sa plume, souvent avec un humour décapant. Pour nous faire oublier la
minceur de l’intrigue (un duel amoureux), il parsème le récit de vignettes où on observe de jeunes gens partager leurs déceptions amoureuses dans un style caméra confession. On aurait passé des heures à écouter cette fameuse «fille à lunettes» déblatérer sur ses problèmes de cÅ“ur. Fascinante et hilarante, elle mérite de tenir la vedette de son propre long métrage.

Curling
«C’est le film le plus accessible de Denis Côté», a-t-on pu entendre et lire plus souvent qu’autrement à propos de Curling. Mais accessible dans le monde de Côté, ça reste tout de même «dans le monde de Côté». Et tant mieux, parce qu’on n’aurait pas vraiment trippé de voir le cinéaste des États nordi­ques et de Carcasses se mettre à faire du French Kiss ou du Funkytown. Avec Curling, donc, les inconditionnels ne sont pas en reste : il y a un salon de quilles, un mec déguisé en quille, un boss un brin cochon, un tigre, du sang, et une chick gothique.

Il y a des choses qu’il ne faut pas forcément chercher à comprendre; plusieurs choses, en fait. Il y a aussi des scènes magnifiques de malaise rendues d’autant plus intenses que le toujours excellent Emmanuel Bilodeau se révèle ici encore plus excellent que d’habitude. Et il y a, surtout, une relation trop fusionnelle entre un père maladroit et sa fille qu’il a rendue un brin sociopathe à force de la couver. Alors, accessible, Curling? Tout est relatif. Marquant? Yes.

10 ½
On se souviendra longtemps de la fin d’Incendies. En ce qui concerne 10 ½, c’est la séquence d’ouverture qu’on n’oubliera jamais. Troublante et provocante, elle met la table pour ce qui s’avère être un vibrant portrait d’une jeunesse pas dorée. Le deuxième long métrage de Podz (Les sept jours du Talion) a beau traiter d’un sujet grave (un enfant rejeté par ses parents se retrouve en centre jeunesse), il ne verse jamais dans le misérabilisme.

Hormis la sobriété de la réalisation, on retient les performances éblouissantes – à différents niveaux – des deux stars du film. Dans la peau du jeune délinquant aux cheveux ébouriffés, Robert Naylor impressionne. Par sa fougue et son charisme, l’acteur traduit parfaitement la violence folle qui habite son personnage, notamment dans les scènes de crise. Campant l’éducateur responsable de ce «petit animal sauvage», Claude Legault fait preuve d’une retenue exemplaire. L’acteur livre une performance peu flamboyante, mais extrêmement remarquée…  et ce n’est pas seulement en raison de sa chevelure poivre et sel. L’étoile du petit et du grand écran brille à la manière du héros obscur qu’il incarne.

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