Juliette Binoche: mille réalités
Copie conforme, le dernier film du réalisateur iranien Abbas Kiarostami, qui avait gagné la palme d’or en 1996 pour Le goût de la cerise, est une histoire ordinaire. Un homme (William Shimell). Une femme (Juliette Binoche). Mille raisons de s’aimer et de se déchirer. Une histoire universelle qui permet au réalisateur de voyager aux pays des illusions presque perdues.
Pour cette balade sans fin, ni destination, Abbas Kiarostami, qui ne travaille jamais avec des acteurs professionnels, s’est pourtant offert Juliette Binoche pour le rôle principal de son film. Un rôle qui lui a d’ailleurs valu le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2010.
Rien de surprenant quand on sait que ce film est né d’une amitié entre le réalisateur et l’actrice française durant un séjour en Iran. «Les Å“uvres communes naissent de rencontres», lance Juliette Binoche lors d’une entrevue téléphonique avec Métro. Avec Abbas Kiarostami, la relation s’est faite naturellement. Nous étions tout de suite sur la même longueur d’onde.»
Ayant 25 ans de carrière et plus de 40 films à son actif, la comédienne française, qui a reçu plusieurs distinctions, dont l’Oscar du Meilleur second rôle pour Le Patient anglais (1997), a inspiré plus d’un réalisateur. Et une fois de plus, elle est la muse de l’un d’entre eux, Abbas Kiarostami. «Les femmes inspirent souvent les hommes, souligne-t-elle. Et les actrices inspirent parfois les metteurs en scène. Ça fait partie de la mouvance qui existe entre les êtres. Au cinéma, nous sommes des muses potentielles, et souvent on engendre des films sans même le savoir.»
De cette inspiration est né Copie Conforme, un film difficile à cerner et qui ne peut que pousser à la réflexion sur divers thèmes. «Abbas Kiarostami a toujours aimé les zones floues. Savoir où se situe la réalité par rapport à la fiction. Mais cela laisse la possibilité de croire que toute vérité est possible, explique Juliette Binoche. Ce film pourrait être un conte philosophique. Chaque film n’a pas forcément la volonté de résoudre une anecdote. Ce sont plus, ici des questions de perception de l’un et de l’autre qu’une histoire avec un début, un milieu et une fin.»
Des défis
Juliette Binoche explique que l’un des premiers défis était de convaincre un réalisateur qui ne travaille qu’avec des non acteurs. «Il fallait que ce soit convaincant tout en étant inventif et surtout, qu’il soit satisfait au niveau de la véracité du jeu, souligne la comédienne. Je voulais lui donner envie de travailler avec des professionnels.»
Abbas Kiarostami a pourtant laissé le champ libre à Juliette Binoche et son partenaire de scène, William Shimell, qui n’avait jamais joué dans un film auparavant. «Il est méticuleux sur le cadrage, sur ses choix de lieux et de rythmes dans les plans, mais en ce qui a trait aux sentiments des personnages, nous étions libres. Il y avait un scénario, mais il reste le mystère du moment où on interprète ce que l’autre dit. C’est là qu’opère toute
Copie conforme
En salle le 18 mars