The King's Speech s'empare du trône
Sans surprendre personne, l’Académie a couronné The King’s Speech dimanche soir à la 83e cérémonie des Oscars. Le drame royal de Tom Hooper a remporté quatre statuettes dorées, dont celles du Meilleur film, du Meilleur réalisateur et du Meilleur acteur pour le Britannique Colin Firth. Finaliste malheureux l’an dernier pour A Single Man, ce dernier a d’ailleurs été l’auteur de la phrase la plus bizarre de la soirée lorsqu’il a conclu ses remerciements en disant : «Je vous prie de m’excuser, je dois aller assouvir certains besoins pressants en coulisse.»
Tom Hooper a profité de son passage sur scène pour remercier sa mère, sans qui The King’s Speech n’aurait probablement jamais vu le jour. Cette dernière s’était empressée de parler à son fils d’une lecture d’une pièce de théâtre sur le roi George VI à laquelle elle venait d’assister. «La leçon de cette histoire? Écoutez votre maman!» a lancé le cinéaste en riant.
Comme on s’y attendait, Natalie Portman a gagné le prix de la Meilleure actrice pour sa prestation dans le thriller psychologique Black Swan. Pour la comédienne, il s’agissait d’un deuxième sacre en 24 heures, puisque la veille, elle enlevait les grands honneurs aux Spirit Awards, qui récompensent le cinéma indépendant.
Au micro, la comédienne a entre autres remercié son fiancé, Benjamin Millepied (le chorégraphe de Black Swan), ses amis, le cinéaste Luc Besson (qui lui a donné son premier rôle dans le film Le professionnel alors qu’elle n’avait que 11 ans) et ses parents. «Grâce à eux, j’ai pu travailler à un très jeune âge», a-t-elle indiqué en essuyant ses larmes.
Melissa Leo a pour sa part été élue Meilleure actrice de soutien pour son portrait d’une mère caractérielle et intrusive dans The Fighter, et ce, malgré une campagne promotionnelle mal avisée (la comédienne de 50 ans a elle-même payé pour des publicités visant à mousser sa candidature auprès des membres de l’Académie). «Je suis sans voix. Et pourtant, quand j’ai vu Kate [Winslet] l’emporter il y a deux ans, ça avait l’air facile en crisse!» s’est-elle exclamée avant de mettre sa main devant sa bouche.
Melissa Leo n’a pas été la seule vedette du film The Fighter à recevoir un prix d’interprétation : Christian Bale a remporté l’Oscar du Meilleur acteur de soutien pour son portrait du boxeur toxicomane Dicky Eklund. «Je veux aussi remercier ma fille, qui m’a appris plus de choses que je ne pourrai jamais lui en enseigner», a déclaré le comédien britannique, au bord des larmes
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À 73 ans, David Seidler a reçu le trophée du Meilleur scénario original pour The King’s Speech. «Mon père m’a toujours dit que j’étais quelqu’un qui prenait du temps à arriver à maturité! a-t-il lancé. J’accepte ce prix au nom de tous les bègues de ce monde. Nous avons une voix et nous avons été entendus.» Tout comme The King’s Speech, Inception a gagné quatre prix, mais dans des catégories dites techniques (cinématographie, montage sonore, etc.)
L’Oscar de la Meilleure trame sonore a été remis au leader de Nine Inch Nails, Trent Reznor, et à Atticus Ross pour la musique de The Social Network. Il s’agit d’une des trois statuettes remportées par le drame de David Fincher, dont celle de la Meilleure adaptation. Inside Job, une autopsie du krach financier de 2008 signée Charles Ferguson, a raflé la palme du Meilleur documentaire.
Une soirée beige
Tout comme la liste des gagnants, le gala d’hier n’a étonné personne, ce qui n’est pas nécessairement une bonne chose pour une émission de trois heures. La soirée avait pourtant démarré sur les chapeaux de roues avec la présentation d’une parodie préenregistrée du film Inception mettant en vedette les animateurs du gala, Anne Hathaway et James Franco.
Empruntant le même ascenseur qu’on pouvait voir dans le blockbuster estival de Christopher Nolan, la paire s’est immiscée avec brio dans les films en lice, dont True Grit, The Social Network et Black Swan. On se souviendra longtemps du justaucorps blanc que portait Franco dans le segment consacré au thriller psychologique de Daren Aronofsky.
L’énergie contagieuse dégagée par le duo est toutefois vite retombée, victime d’une série de plats discours de remerciements. D’un Kirk Douglas quasi incompréhensible à une Melissa Leo dissipée et vulgaire (les censeurs ont été pris de vitesse par son «Fuck» bien senti), en passant par des présentateurs peu inspirés, le gala ne passera pas à l’histoire.
Soulignons cependant la présence remarquée de Céline Dion, qui participait au gala pour une sixième année. La diva québécoise s’est encore montrée à la hauteur de sa réputation en faisant preuve d’une élégante retenue dans son interprétation de la chanson Smile, en hommage aux disparus de 2010.
Les gagnants
- Meilleur film : The King’s Speech
- Meilleur réalisateur : Tom Hooper (The King’s Speech)
- Meilleure actrice : Natalie Portman (Black Swan)
- Meilleur acteur : Colin Firth (The King’s Speech)
- Meilleur acteur de soutien : Christian Bale (The Fighter)
- Meilleure actrice de soutien : Melissa Leo (The Fighter)
- Meilleur film étranger : In a Better World (Danemark)
- Meilleur scénario original : The King’s Speech
- Meilleur scénario adapté : The Social Network
- Meilleur film d’animation : Toy Story 3
- Meilleur documentaire : Inside Job