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Les images de l’amour, l’amour des images

Photo: collaboration spéciale

Journal de France, c’est d’abord la rétrospective d’une carrière. Celle de Raymond Depardon qui, pour ce film, part sur les routes reculées de son pays. C’est aussi l’histoire de Claudine Nougaret, ingénieure du son, qui collabore avec le cinéaste et photographe depuis déjà 25 ans. C’est enfin une histoire d’amour entre deux passionnés, fous de cinéma. «Dans notre couple, le son est féminin et l’image est masculine», disent-ils.

Il y a deux histoires qui s’entrecroisent dans Journal de France, deux voix qui se répondent. D’abord, il y a celle, en voix-off, de Claudine Nougaret, qui raconte l’histoire de son compagnon de vie et de travail en s’appuyant sur des images d’archives évocatrices. Ensuite, il y a celle, plus discrète, de Raymond Depardon, qui traverse la France des préfectures, cette France à laquelle «les hommes politiques s’intéressent uniquement pendant les campagnes électorales», pour prendre des photos de vieux cafés, de bars, de tabacs.

Ces parcours parallèles culminent dans la rencontre des deux passionnés au milieu des années 1980. Une rencontre qui a donné naissance à une histoire d’amour et à une collaboration artistique incroyablement riche. «Ça faisait longtemps qu’on voulait montrer ce plan de notre vie, Claudine et moi, explique le réalisateur français au bout du fil. Et ça tombait bien car, dans notre cave, il y avait énormément de bouts de films qui racontaient toute notre histoire, toute notre mémoire.»

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Pendant l’heure que durera notre entrevue, l’homme au parcours fascinant nous parlera bien sûr de ce nouveau film, mais il prendra le temps de nous entretenir de plein d’autres choses. Notamment des JO de Montréal, qu’il avait couverts et dont il dit garder «un excellent souvenir». Ou encore de sa grande admiration pour le cinéma québécois, avec «les Brault, les Perrault et tout ça». Il abordera aussi la disparition progressive de l’argentique, qui lui fait beaucoup de peine. «Je l’utilise encore, moi, l’argentique! D’ailleurs, c’est Claudine qui résume le mieux la situation. Quand les gens demandent si je suis passé au numérique, elle leur répond : ‘‘Raymond au numérique? Attendez, il vient d’arriver à la couleur!’’»

Celui qui a signé une quarantaine de films nous parlera aussi de la création, dans les années 1960, de la célèbre agence Gamma, composée de photographes, de caméramans, de journalistes et de monteurs. Et puis de ses amis morts sur le terrain. «On partait en Palestine, au Biafra, au Chili, au Viêtnam. L’aventure était belle! Malheureusement, beaucoup ne sont pas revenus… Parfois, je me dis : ‘‘C’est trop bête qu’ils soient morts pour des images!’’» Quand on lui fait remarquer qu’il en a vécu, des choses, Raymond Depardon précise tout de suite que oui, mais qu’il ne veut surtout pas s’en vanter. «J’ai peut-être un côté ancien combattant, mais j’essaye de m’en servir non pas comme marque de supériorité, mais plutôt comme expérience humaine.»

Beaucoup de ces expériences sont d’ailleurs retracées dans Journal de France. Claudine Nougaret raconte notamment que, dans les années 1970, Raymond Depardon a passé deux ans dans les hôpitaux psychiatriques italiens à filmer les patients, à prendre des images.

L’influent psychiatre Franco Basaglia lui avait alors ordonné : «Photographie, Raymond, photographie! Sinon, on ne te croira pas.» Une phrase marquante qu’il se répétera souvent au cours de sa carrière. «Il y a eu une période pendant laquelle on accusait beaucoup les photographes et les documentaristes de faire preuve de voyeurisme, explique-t-il. Je faisais des débats dans les salles de cinéma, et les gens me criaient : ‘‘Vous n’avez pas honte de filmer tous ces gens qui sont dans la douleur?’’ Et moi, je répondais : ‘‘Écoutez, c’est peut-être notre devoir de citoyen de montrer qu’il y a des gens qui souffrent, non?’’» La phrase de Basaglia est donc arrivée à point nommé pour le pousser à continuer, lui donner l’espoir et la conviction que ce qu’il faisait, c’était bien. «C’était dur! C’était dur! Mais ce jour-là, j’ai compris une chose : il y a des moments où il faut appuyer sur le déclencheur.»

Journal de France
En salle vendredi

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