Un marathon royal signé Prince
«Je veux rentrer chez moi!» a lancé Prince sous les acclamations et les cris jubilatoires d’une foule quasi insatiable.
«Êtes-vous en train de me dire que je suis chez moi ici?» a-t-il ajouté, quelques secondes plus tard, devant l’enthousiasme débordant des spectateurs.
Il était 3 h du matin… et le chanteur en était au sixième de ses sept (!) rappels.
Le tout Métropolis a gardé Prince en captivité dans la nuit de vendredi à samedi. Une prise d’otage qui a débuté dans l’énervement à 23 h 30 et qui s’est terminée dans l’allégresse à 3 h 30. Pendant 240 minutes, l’icône de 53 ans a montré qu’à l’instar d’une bonne bouteille de vin, il se bonifie avec l’âge, proposant un concert en deux temps : une première partie de style jazz-funk truffée de jams enlevants mais parfois interminables; une seconde composée de vieux hits qui n’ont pas pris une ride, tout comme leur auteur, d’ailleurs.
Ponctuel (chose rare pour les légendes de sa trempe), Prince est apparu à ses fans montréalais sans tambour ni trompette, mais sous un tonnerre d’applaudissements. Agrippant sa guitare avec assurance, l’artiste de cinq pieds deux pouces (sans talons) a ouvert les célébrations en présentant les membres de son groupe, des musiciens hors pair qui tirent partie de la générosité de leur leader pour briller de tous leurs feux, à commencer par le saxophoniste Maceo Parker. À plusieurs reprises au cours du concert, ce dernier s’est lancé dans des solos endiablés qui ont galvanisé la foule.
Les choristes Liv Warfield et Marva King, deux féroces divas de la soul aux déhanchements assassins, ont aussi fait flèche de tout bois grâce à de puissantes envolées vocales qui auraient fait rougir n’importe quelles starlettes actuelles du R’n’B. La grande générosité de Prince envers ses acolytes – parmi lesquels on trouvait également une bassiste, une guitariste, une pianiste et un batteur – a toutefois donné lieu à quelques moments d’incertitudes pendant la première heure et demi du concert.
Souvent, l’idole de toute une génération délaissait son pied de micro pour arpenter les zones d’ombre ou, pire encore, retraiter furtivement en coulisses. Il en profitait pour jouer les chefs d’orchestre et donner certaines consignes d’usage à ses collègues pendant que l’auditoire s’efforçait de le suivre dans ses folles escapades. Car c’est en se laissant guider par son instinct que Prince a renoué avec les mélomanes québécois, jouant au passage When Eye Lay My Hands On U (une pièce lancée sur son site web au tournant du siècle), Crimson and Clover (tirée de l’album Lotusflow3r, paru en 2009) et Controversy, un succès-souvenir de 1981.
Après avoir proposé une relecture bien sentie d’Everyday People, de Sly & The Family Stone, Prince a pesé sur l’accélérateur au deuxième rappel avec l’enivrante Let’s Go Crazy, aux alentours de 1 h 30. S’en est suivi un pot-pourri particulièrement réussi des succès Delirious, 1999 et Little Red Corvette (plus lancinante qu’à l’accoutumée). Gonflés à bloc, les festivaliers n’ont rien voulu savoir quand les lumières du Métropolis se sont rallumées vers 2 h, criant à plein poumon : «Purple Rain!» Le chanteur les a notamment fait patienter avec la récente Laydown (extraite de 20Ten) et Musicology (2004).
Le moment tant attendu est survenu une dizaine de minutes avant la fermeture des bars, alors que quelques spectateurs exténués avaient retrouvé leur lit, permettant aux inconditionnels de mieux respirer au parterre. Plongés dans une lumière pourpre, les braves ont entonné le plus grand classique de l’étoile avec force. «Vous êtes tous invités à Paris!» s’est écrié Prince, qui se produira jeudi au Stade de France.
Affichant une forme exemplaire, l’excentrique star a redoublé d’ardeur pour Raspberry Beret, Cream (son dernier numéro un aux États-Unis datant de 1991) et Don’t Stop ‘Till You Get Enough, de Michael Jackson, clôturant ainsi un concert fou, fou, fou qui restera gravé dans la mémoire de tous ceux qui y ont assisté.