Le sens de l'humour: par amour pour l'humour
Pour provoquer les rires, Louis-José Houde, Benoît Brière et Michel Côté n’ont pas besoin de manuel d’instruction. Et pour cause! Ils ont passé une bonne partie de leurs carrières respectives à déclencher l’hilarité. Mais dans Le sens de l’humour, le triumvirat – ou plutôt les personnages qu’il incarne – en arrache.
Le dernier film d’Émile Gaudreault (Nuit de noces, De père en flic) raconte l’histoire de Luc (Louis-José Houde), un humoriste aussi antipathique qu’égoïste qui se produit les petites salles de Québec avec Marco (Benoît Brière), un confrère qui copie les numéros de ses prédécesseurs pour plaire au public. Chaque soir, ce duo mal assorti tente de dérider les spectateurs en se moquant ouvertement de l’un d’entre eux. Ce petit manège sourit au tandem jusqu’à ce qu’il débarque à Anse-au-Pic, une petite ville en bordure du Saguenay, où il commet l’irréparable en prenant pour cible un cuisinier timide, renfermé… et détraqué prénommé Roger (Côté). Humilié publiquement, celui-ci kidnappe les deux clowns et les enferme dans sa grange. Assoiffée de vengeance, la malheureuse tête de Turc promet d’épargner ses prisonniers si ces derniers parviennent à lui enseigner les rouages de la comédie.
Pour y arriver, le drôle de tandem tente de lui inculquer certaines notions de base, à commencer par un sens du timing acceptable. «Quand le rire est rendu à 33 % de sa force, c’est là que tu punches!» lui conseille-t-on après un premier essai peu concluant.
En entrevue, Louis-José Houde n’hésite pas à révéler la règle d’or de l’humour… ou du moins le précepte qu’il observe en tout temps pour améliorer ses chances de succès. «Le plus important, c’est d’assumer ce que tu dis, souligne-t-il. Si tu décides de parler de plumes d’oiseau pendant 10 minutes, vas-y à fond sans regarder en arrière. Il faut que tu y croies, pis que tu sois en confiance. Si les gens voient que tu doutes, tu vas frapper un mur, explique le chouchou de la critique et du public. Ces temps-ci, je teste beaucoup de blagues pour mon prochain spectacle et quand il y en a une que j’attaque de reculons, les gens ne rient pas. C’est inévitable.»
Pour Michel Côté, tout est une question de rythme. Le comédien en sait quelque chose puisque depuis 1979, il a donné 3 250 représentations de Broue, une pièce d’anthologie que plusieurs considèrent comme le plus grands succès de l’histoire du théâtre au Québec.
«Il y a des moments pour enchaîner. Dans le métier, on appelle ça « la queue du rire ». Mais des fois, t’as beau tout faire à la perfection, ça ne marche pas. Si quelqu’un assis dans la première rangée se lève au moment où tu dis ta réplique, ça tombe à plat parce que la moitié de la salle le regarde en disant : « Où est-ce qu’il va? Il n’aime pas le show? Il s’en va aux toilettes? Peut-être qu’il est malade? » Le focus change. Et quand il revient, c’est la même chose : « Il avait sans doute un appel important à faire… Il a sûrement été victime d’un malaise. » Ça te fucke deux moments dans la pièce. En tant qu’acteur, ça te met en tabarnak!»
C’est avec Benoit Pelletier, son complice du temps d’Idole instantanée (2005), qu’Émile Gaudreault a écrit le scénario du Sens de l’humour. Le film témoigne de l’amour infini que l’ex-membre du Groupe sanguin porte au rire. Un rire qu’il décrit – par la bouche de ses personnages – comme le «plus noble des moyens que l’homme a inventés pour apaiser sa souffrance».
«L’humour a été bon pour moi, note le cinéaste. Ça m’a apporté de belles choses, tant sur le plan personnel que professionnel.» «Dans la vie, tout le monde aime rire ou faire rire, poursuit Louis-José Houde. On oublie parfois que ça peut nous aider à traverser des périodes plus difficiles.»
Il seront…
Michel Côté, drôle de psychopathe
La commande était de taille… même pour un acteur d’expérience comme Michel Côté : camper un être à mi-chemin entre le psychopathe fini des films Saw et le légendaire Ver de terre de Cruising bar. Le tout en demeurant drôle et crédible. «C’était très difficile», avoue le comédien de 60 ans.Michel Côté n’a pas cru bon de revoir Psycho, The Shining et autres classiques du cinéma de genre avant de se glisser sous les traits d’un détraqué de la trempe de Roger Gendron. «C’est l’avantage de vieillir: ça
fait partie de mon bagage. Quand tu as mon âge, tu n’as pas besoin de te documenter comme un jeune acteur de 20 ans», observe-t-il.
Contrairement à son personnage dans Le sens de l’humour, Michel Côté n’a pas la mèche courte. «Je ne me fâche pas souvent, clame-t-il. Ça m’en prend beaucoup pour sortir de mes gonds.» Quand on lui demande s’il croit que Le sens de l’humour rééditera l’exploit de sa précédente collaboration avec Émile Gaudreault, Côté se montre prudent, et ce, même si quatre des cinq derniers films dont il a tenu la vedette ont remporté le prix Jutras du Billet d’or (Piché, entre ciel et terre, De père en flic, Cruising bar 2, C.R.A.Z.Y.). «De père en flic, c’est une exception. On ne fera pas 10 M$ avec Le sens de l’humour… à moins qu’à partir du 6 juillet, il se mette à pleuvoir sans arrêt pendant une dizaine de jours. Parce que tout se joue durant le premier week-end. C’est important d’attirer le plus de monde possible pour que le bouche-à-oreille se fasse.»
Louis-José Houde, un peu plus loin
Louis-José Houde repousse les limites de son jeu dans Le sens de l’humour. Pour ce faire, il a recouru aux services d’une coach avant d’entamer le tournage de son deuxième long métrage. Il s’agit de Johanne-Marie Tremblay, dont les conseils ont récemment aidé René Angélil sur le plateau du film Le projet Omertà. «J’en avais besoin pour les scènes de peur, explique-t-il. Je ne m’étais jamais laissé aller à fond dans l’émotion avant.» Louis-José Houde a beau jouer un humoriste à l’écran, il n’a pas grand-chose en commun avec son personnage. Voilà pourquoi le comique tenait à garder un minimum de concentration entre les prises. «Luc est tellement dark. Il ne veut rien savoir, indique-t-il. Déjà que j’ai une face assez joyeuse et que le monde me connaît comme un gars « la vie va bien ». Je ne voulais pas prendre de chances : j’essayais de ne pas trop décrocher entre les scènes.»
La méthode adoptée par Louis-José Houde semble avoir porté fruit puisque le réalisateur du film, Émile Gaudreault, n’a que de bons mots pour la performance de son protégé. «Pour un gars qui est dans la parole, c’était tout un défi d’être vivant dans le silence. Il l’a relevé haut la main parce que Louis-José, c’est un surdoué.» De son propre aveu, Louis-José Houde a trouvé le tournage du Sens de l’humour plutôt difficile. «Quand tu filmes à l’extérieur dans la région de Charlevoix, c’est l’fun : t’es dehors, tu prends l’air, ça sent bon, t’es heureux. Mais quand tu passes trois semaines enfermé dans une cage dans un studio à Montréal, c’est tough : tu fais des journées de 12-13 heures, tu ne sais plus quel jour il est, c’est long…»
En 2013, Louis-José Houde renouera avec ses premières amours : les planches. L’été prochain, il poursuivra le rodage de son troisième one man show. «La scène, je ne m’habitue pas : je trouve ça merveilleux à chaque fois, dit-il. Quand j’ai commencé à 20 ans, j’étais affamé. Mais aujourd’hui, à 33 ans, mon appétit est encore plus grand. J’aime plus ça qu’avant. Ça me fait capoter!»
Benoît Brière, La renaissance?
Benoît Brière a raison de sourire. Le comédien, que le grand public a découvert en 1992 dans les publicités de Bell, connaît une véritable renaissance médiatique en 2011. En plus de tenir l’affiche du Sens de l’humour, le comédien de 46 ans fait courir les foules au théâtre non seulement avec Le boss est mort, un spectacle solo bâti autour des textes d’Yvon Deschamps, mais aussi avec un remake de La cage aux folles, qu’il présente jusqu’en septembre à Terrebonne. En dépit d’un horaire plus que chargé, Brière hésite à parler de «grand retour». «C’est en dents de scie, dit-il. C’est le fruit du hasard.»
Benoît Brière le dit sans gêne : il s’ennuyait du septième art. Depuis La grande séduction, en 2003, il avait dû se contenter de petits rôles au grand écran (Oscar et la Dame rose, C’est pas moi, c’est l’autre). «Les acteurs de théâtre ont un problème au Québec : nos horaires ne sont pas très compatibles avec ceux du cinéma. Au théâtre, je suis déjà en train de booker janvier 2014, alors qu’au cinéma, à cause du financement, quand les choses débloquent, ça va très vite. On peut le savoir deux ou trois semaines à l’avance avant le premier tour de manivelle.»
Benoît Brière dit avoir perdu plusieurs rôles à cause de ses engagements sur les planches. «C’est malheureux, mais je comprends. Je ne peux pas demander à un producteur de me libérer à 17 h parce que je joue au théâtre en soirée.»
Le sens de l’humour
En salle dès le 6 juillet