Culture

Ces rappeuses qui mettent le hip-hop au diapason

Diapason
Naya Ali, Calamine et Marie-Gold seront au festival Diapason vendredi 6 août Photo: Collaboration spéciale Festival Diapason

Les festivaliers de Diapason pourront, vendredi 6 août, applaudir Naya Ali, Calamine et Marie-Gold pour une soirée hip-hop à Laval. Alors que cette programmation féminine peut sembler à l’avant-garde de l’industrie, Métro a discuté avec les trois Montréalaises.

«On devrait normaliser le fait d’avoir un line-up en majorité ou entièrement féminin dans le hip-hop.» Selon Marie-Gold, Diapason fait ainsi figure de modèle. Dans une époque où les artistes au masculin dominent les festivals, celle-ci estime que «ça pourrait être une bonne habitude pour les programmateurs de ne pas choisir qu’une ou deux rappeuses simplement pour respecter les quotas».

Marie-Gold salue aussi le fait que l’évènement n’ait pas opté pour une appellation du type «soirée hip-hop au féminin». «Ils ont juste mis ensemble trois femmes qui ont un super spectacle, et c’est tout», poursuit-elle. Une pensée partagée par Calamine, qui s’avoue «soulagée» par l’existence d’un tel concert.

De l’inclusion

«Sans avoir besoin de le formuler, voir des femmes qui rappent sur scène envoie un message très fort». Comme elle le crie haut et fort dans ses chansons, Calamine n’hésite pas un instant avant de critiquer un rap pas vraiment inclusif. «Il faut montrer que nous sommes est là. Nous aussi nous sommes capables faire venir le public, et il attend ça depuis longtemps», s’enthousiasme la finaliste des Francouvertes cette année.

De son côté, Naya Ali se réjouit d’en être «à l’ère des femmes» qui annoncerait «un changement dans le monde». «C’est l’univers qui retourne à ses racines», dit-elle encore.

Il est donc tout naturel et important pour elle de «mettre les femmes de l’avant». «Nous ne faisons rien d’extraordinaire, mais nous faisons partie de la vie. Avoir plus de femmes au pouvoir, qui prennent de l’espace, c’est beau à voir. Je suis contente et excitée de participer à un mouvement qui nous affecte tous, et pas seulement les femmes», ajoute également Naya Ali.

Où sont les modèles?

«Même avec de la bonne volonté, je n’arrive pas à trouver beaucoup de rappeuses au Québec». Calamine se demande bien pourquoi il y a des rappeuses queer et féministes partout dans le monde mais qu’ici, c’est le silence radio.

«Il n’y en a pas tant parce que quand on regarde le rap québécois, on ne se projette pas forcément dedans. Et moi la première.» Calamine confie en effet avoir mis du temps à s’y mettre, car la possibilité de faire du hip-hop ne lui avait même pas effleuré l’esprit. «Il y a tellement de dudes qui parlent de l’univers de dudes. C’est vraiment exclusif.» Pour elle, il est désormais essentiel de créer un discours alternatif.

«Quand on sortira de la rengaine misogyne faite de gros chars et d’argent, plus de femmes se diront que le hip-hop est cool. Ça fait longtemps que je m’y intéresse, mais que je suis déçue par le rap québécois. Comment est-ce qu’on peut à ce point profiter de ses privilèges avec autant d’angles morts?»

Calamine

«L’une des raisons pour lesquelles je rappe, c’est pour montrer aux autres que c’est possible. Tout était contre moi, rien ne me destinait à devenir une musicienne à succès», se rappelle quant à elle Naya Ali. Aujourd’hui, elle s’est donc donné pour mission d’être la personne qu’elle aurait aimé voir et dont elle aurait eu besoin plus jeune. «Lauryn Hill est celle qui m’a finalement fait tomber en amour avec le hip-hop», explique la récipiendaire du premier Prix de la musique noire canadienne.

Elle qui admire l’authenticité de ses pairs admet volontiers que «des femmes qui ne sont pas monolithiques comme Cardi B» n’influencent pas son art, mais n’en demeurent pas moins inspirantes.

Une soirée prometteuse à Diapason

«Naya Ali possède l’un des meilleurs flow du rap québécois en ce moment. Sa proposition est vraiment solide», Marie-Gold, tout comme Calamine, ne cache pas son impatience de se produire à Diapason aux côtés de l’étoile montante du hip-hop canadien.

Et parce qu’elles ont chacune une approche distincte du rap, des univers colorés et des personnalités complètement différentes, Marie-Gold s’attend à une soirée riche et empowering. Mais pas seulement. Le public aura certainement droit à quelques surprises. «Comme je travaille sur mon prochain album, il y aura sûrement des inédits à Diapason», glisse enfin l’artiste.

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