Culture

Sonder la dimension Ouri

Ouri
Le lancement de «Frame of a Fauna» d'Ouri aura lieu le 27 octobre au Centre PHI Photo: Josie Desmarais/Métro

Rencontre avec la multi-instrumentiste, productrice et DJ Ouri qui présente Frame of a Fauna, un premier album solo magnétique.

«Je tenais à donner à Frame of a Fauna un côté fluide et aérien, comme si on entrait dans un espace imaginaire en constante expansion», explique Ouri. Son disque, cette intrigante créature, se veut ainsi le contraste d’une époque, d’un quotidien parfois suffocant.

Pour ce faire, l’artiste s’est affranchie de toute contrainte dans l’exploration puis l’alliage des musiques acoustiques et électroniques. Sa voix, presque sous-marine, se répand quant à elle dans une déferlante de quatorze chansons éthérées. Une première pour celle qui a longtemps redouté certaines attentes envers les femmes. «J’avais l’impression qu’on attendait de moi que je sois vocaliste. Je me suis moi-même enfermée dans une prison, se souvient-elle. Cette fois, j’ai décidé de chanter sur tous les morceaux si ça me tentait.»

Le calme à contre-courant

Après avoir grandi en France où elle a appris la musique classique, la harpe, le piano et le violoncelle, Ouri arrive au Québec à 16 ans afin de se défaire des carcans du Conservatoire. «J’ai commencé à jammer avec des musiciens plus libres d’esprit, à découvrir les raves où les expérimentations et les mélanges se font», raconte-t-elle. Une immersion dans la musique électronique, donc, qui lui a permis de devenir productrice et de goûter à l’aventure d’un projet solo.

Pour autant, Ouri n’en oublie pas ses premières amours. Celle-ci a voulu garder l’essence du classique tout en amenant l’amusement que la musique électronique autorise. «Je n’aime pas vraiment le style fusion, souvent orchestral et violent, qui devient du dubstep, alors j’avais envie de créer le mien de manière très humble», souligne-t-elle. Reconnue par l’industrie comme violoncelliste d’exception – elle a apporté sa contribution aux créations d’Helena Deland (avec qui elle forme aussi Hildegard), de Lysandre et de Tess Roby, entre autres  – Ouri ne laisserait jamais tomber son instrument de prédilection.

Des collaborations, il en est également question dans Frame of a Fauna. On y trouve notamment des featurings avec Antony Carle et Mind Bath, mais aussi des samples d’artistes qu’elle admire, comme Kelly Moran, Tati au Miel et… l’influent Aphex Twin. «J’ai tellement vécu de collaborations bizarres par le passé, que, avec cet album, j’ai souhaité me réconcilier avec elles et les diversifier. J’ai privilégié les artistes avec qui j’ai de bonnes relations plutôt que d’aller vers ce que les gens veulent entendre».

Ouri, corps et âme

Une autre forme de dualité est aussi palpable dans Frame of au Fauna. Elle se situe entre le physique et le psychique, entre l’admiration et la peur, les traumas. «L’album reflète mon obsession de comment, au-delà de la génétique, ce qu’on vit, nos expériences modifient l’apparence de nos corps. En discutant avec les gens, on comprend mieux leur manière d’agir et de naviguer à travers le monde», révèle-t-elle.

The Feeling of Being Watched et Too Fast No Pain, par exemple, évoquent la façon dont «l’humain change de forme, s’adapte aux personnes côtoyées», indique Ouri. À l’inverse, l’énergie de Chains est relative à une lutte pour plus de liberté, tandis que Wrong Breed expose l’envie de l’artiste d’être dramatique quant à ses fréquentations passées.

Selon Ouri, cette cohabitation du corps et des émotions est nécessaire pour transcender la musique. «J’apporte de la légèreté même si ce que je ressens est parfois sombre. Les chansons qui me touchent le plus en général sont hyper-joyeuses, mais leurs paroles sont tristes.»

Pour moi, la musique doit être profondément ressentie par la personne qui la fait. On voit tout de suite l’absence de connexion sinon. Et ça me turn off.

Ouri

Le champ des possibles

«Quand j’ai fait Frame of a Fauna, je voyais ma musique comme un projet où je montrerais absolument tout. Je ne crois pas que c’est ce que j’ai envie de continuer à faire», prévient-elle aujourd’hui.

Alors que ses compositions résonnent jusqu’aux États-Unis, en Europe et au Japon, Ouri sait que la métropole est l’endroit idéal pour poursuivre sa vocation. «Montréal est spéciale, m’apporte beaucoup de liberté et de sécurité. On dirait que tout est possible ici, ce qui peut parfois être troublant. La ville est chaotique mais on peut quand même y trouve une forme d’organisation qui marche. Montréal, c’est le rêve américain contemporain», plaisante-t-elle enfin.

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