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Dead Man Walking: le chant du condamné

Photo: Yves Renaud

Le jeune baryton Étienne Dupuis prête ses traits et sa voix au condamné à mort de l’opéra Dead Man Walking.

Au cours de sa déjà prolifique carrière, Étienne Dupuis est déjà mort plusieurs fois sur scène. «C’est une seconde nature! rigole le chanteur. Mais dans Dead Man Walking, contrairement aux fois où je meurs transpercé d’une épée ou empoisonné, c’est une mort planifiée, et je dois donc jouer l’évolution psychologique jusqu’à celle-ci.»

On se souvient du film de 1995 réalisé par Tim Robbins. Pour son opéra, le compositeur Jake Heggie s’est lui aussi inspiré du livre de sœur Helen Prejean, qui relate sa rencontre avec un meurtrier abandonné de tous, qu’elle ne peut tolérer de voir être exécuté sans avoir auprès de lui un visage aimant.

Étienne Dupuis est bien connu pour sa volonté de rendre l’opéra plus accessible – le jeune baryton a d’ailleurs récemment offert un concert au Lion d’or où il mêlait grands classiques, compositions et chansons de Leonard Cohen, de Jacques Brel et de Renaud à la sauce opéra. C’est pour cela, entre autres, que le rôle-titre de Dead Man Walking lui va comme un gant, croit-il.

«C’est quelque chose de très proche de ce que je suis, explique le chanteur. Toute ma vie, on m’a dit : “Ce qui est le fun avec toi, Étienne, c’est que tu n’as pas peur de changer la couleur de ce que tu chantes.” Une phrase, ça va être beau, et celle d’après, si ce que dit le texte est un peu moins beau, je vais faire un son différent, je ne vais pas agir en chanteur d’opéra qui veut toujours pousser la meilleure note.»

Ce qui tombe bien, puisque Dead Man Walking est justement écrit de façon à ce que l’interprétation soit très proche du texte. «On a voulu faire une belle pièce de théâtre avec un beau texte et la mettre en musique en intégrant des influences jazz, gospel, Gershwin, Bernstein… Je trouve ça l’fun à écouter, on ne s’ennuie pas, c’est beau, déchirant. Et ça, c’est parce que Jake Heggie ne s’est pas limité à se dire : “Ah, je ne peux pas faire ça, ç’a été fait mille fois…” Il s’en torche! C’est émotif, cette phrase-là? Eh bien, on va mettre une musique émotive dessus. Il n’a pas eu peur de se faire dire que ce n’était pas nouveau, et il n’est passé à côté de rien.»

Pour Étienne Dupuis, le principal défi a été de rendre crédible – tout en chantant – son interprétation d’un meurtrier dans le couloir de la mort. «Évidemment, je n’ai jamais commis d’acte criminel et n’ai jamais été condamné à mort, fait-il valoir. Mais j’ai déjà souffert, j’ai déjà eu honte de choses que j’avais faites, et c’est dans cette souffrance-là que je suis allé puiser.»

Pour donner de la substance à son personnage, le chanteur est allé à la rencontre de l’ex-détenu Daniel Benson, qui avait été condamné à la prison pour avoir tué le conjoint de sa mère, un homme violent. «Il m’a donné quelques phrases qui m’ont suivi en répétition, notamment que la prison, on ne s’en débarrasse jamais, qu’elle reste en dedans de nous et qu’on voit toujours le jugement dans les yeux des gens. Ça m’a influencé sur la façon d’interpréter la difficulté de communication avec sœur Helen, par peur de voir le jugement dans ses yeux.»

S’il n’a jamais considéré la peine de mort comme une solution, Dupuis a aussi été marqué par les propos de sœur Helen à ce sujet. «Elle dit qu’il y a un sentiment dans tous les êtres humains, souvent lié à la peur, qui fait que se débarrasser d’une personne ayant fait quelque chose de mal, c’est une façon de se sentir en sécurité, relate-t-il. Alors que la solution n’est pas nécessairement dans la mort, mais dans l’aide, l’intervention… ce qui est plus difficile à mettre en place. Et on ne peut pas juger de qui mérite la mort.»

Dead Man Walking
À la salle Wilfrid-Pelletier
Les 9, 12, 14 et 16 mars à 19 h 30

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