Culture

Télé: pourquoi les milléniaux trippent-ils sur «Scoop»?

Quelques personnages phares de «Scoop» Photo: UnisTV

Trente ans après la diffusion de Scoop, de jeunes adultes regardent avec fascination cette série de Réjean Tremblay et Fabienne Larouche qui explore le milieu du journalisme. Comment expliquer cet engouement? Métro a sondé quatre aficionados.

En janvier 1992, Scoop a conquis les ondes télévisuelles en relatant le quotidien effréné des reporters de l’Express joués notamment par Macha Grenon, Roy Dupuis, Martin Drainville, Charlotte Laurier, Rémy Girard, Francine Ruel, Michel Barrette et France Castel.

Ce phénomène télé séduit aujourd’hui une génération qui était trop jeune pour suivre ses nombreuses péripéties à l’époque. Voici pourquoi Scoop vaut encore le détour en 2022.

Des enjeux criants d’actualité

Il est étonnant à quel point les sujets traités par les journalistes fictifs de la série sont toujours aussi criants d’actualité 30 ans plus tard. On y parle notamment de racisme systémique, d’agressions sexuelles, d’itinérance et d’immigration, le tout avec beaucoup de nuances.  

«Ça vieillit très bien», mentionne Marie-Pier Allard, férue de télé québécoise qui travaille notamment comme autrice et recherchiste dans ce domaine.

L’éditrice Marie-Claude Pouliot a tout récemment dévoré en rafale les 52 épisodes de Scoop. Comme plusieurs autres de sa génération, elle ne s’attendait pas à ce que la série soit d’une aussi grande qualité. «J’imaginais quelque chose d’un peu vulgaire, d’un peu cheap, mais non! Les personnages sont attachants, solidaires et passionnés par leur métier.»

Scoop, c’est aussi un cours d’éducation aux médias, étant donné que la série transmet plutôt fidèlement les hauts et les bas d’une salle de rédaction. «Ça donne un bel aperçu de ce qu’est le métier de journaliste. On comprend qu’ils prennent vraiment leur travail à cœur, qu’ils réfléchissent à ce qu’ils publient. C’est encore pertinent», mentionne l’éditrice, qui fait aussi des relations de presse dans le cadre de son travail.

Une distribution cinq étoiles

Impossible de parler de Scoop sans mentionner son casting cinq étoiles – ou plutôt 20 étoiles, tant il y a de talents qui ont joué dans cette série. En plus des interprètes nommés ci-dessus, on y trouve plusieurs personnages secondaires joués par de grands artistes, dont Rita Lafontaine, Donald Pilon, Danielle Proulx et Denis Bernard.

«On a découvert notamment Fanny Mallette dans cette série! C’était son premier rôle, avant même qu’elle fasse l’école de théâtre», souligne Marie-Pier Allard. «Dans un épisode, Suzanne Clément tient un tout petit rôle d’à peine 10 secondes!» s’étonne Marie-Claude Pouliot.

Au cœur de Scoop se trouve le personnage de Stéphanie Rousseau (Macha Grenon), une jeune journaliste talentueuse, intelligente et ambitieuse. Un modèle féminin fort qui a inspiré plusieurs jeunes femmes, dont la chef recherchiste Stéphanie Pouliot. «Je me projetais beaucoup en elle. C’était une femme forte, elle osait tenir tête à son père, elle défonçait des barrières et elle avait de l’ambition.»

Le reste de la distribution est tout aussi attachant. Marie-Claude Pouliot affectionne particulièrement Lionel «Cercueil» Rivard (Rémy Girard). «Il amène toute une réflexion par rapport à l’alcoolisme, à l’homosexualité, à l’obsession du travail… On a le goût qu’il aille bien!»

Des péripéties enlevantes

Les drames et scandales se succèdent à vive allure dans Scoop, ce qui tient le public en haleine. «Je trouvais très impressionnant tout ce qui se passait dans la salle de nouvelles, se souvient Stéphanie Pouliot. C’était toujours dans l’action. Ça criait: “On tue la une!”»

Parmi les événements marquants de la série, elle cite avec émotion l’enlèvement de Stéphanie Rousseau. «J’ai fait des cauchemars pendant des semaines à propos de ça!»

Vraiment, tout était à grand déploiement. Rien n’était simple. Aucun personnage n’était secondaire dans son apport au récit. C’était une grande série.

Marie-Pier Allard, autrice télé et adepte de Scoop

Les scènes de sexualité sont aussi parmi les plus marquantes de Scoop. Le réalisateur Mathieu Morin a particulièrement été marqué par l’histoire d’amour entre Manon Berthiaume (Sophie Lorain) et René Gagnon (François Dumoulin). «Ils étaient tout le temps en train de se sauter dessus. Pour un enfant, c’était l’équivalent de regarder Bleu nuit!» se souvient-il en riant.

La scène de la robe de chambre de Léonne Vigneault (Francine Ruel) réchauffée avec amour dans la sécheuse est aussi souvent citée par les adeptes de la série. «Ça incarnait le romantisme à son paroxysme», soutient Marie-Pier Allard.

Une qualité cinématographique

Le tournage de Scoop a eu lieu sur le terrain, à l’image du travail journalistique mis en scène dans la série. La réalisation de George Mihalka se démarque par sa qualité cinématographique. «On sentait qu’il y avait des moyens, c’était vraiment de la grosse télé», soutient Marie-Pier Allard.

Mathieu Morin cite en exemple un travelling arrière dans la première saison, lorsque Michel (Roy Dupuis) se fait coudre une blessure à la tête en prison. «Ça ne se faisait pas en télé à l’époque, dit-il. Même chose pour les lieux de tournage magnifiques, les grosses séquences extérieures… C’est vraiment du cinéma qu’on a vu avec Scoop

La deuxième saison de Scoop est présentement diffusée sur Unis TV les jeudis à 22h et en ligne. La série complète est offerte en DVD.

Une trame sonore culte

Il y a fort à parier que même si vous n’avez jamais regardé un seul épisode de Scoop, vous reconnaîtriez son indicatif musical hyper accrocheur, dont les notes de piano appuient les nombreux moments de tension à l’écran. «La musique était complètement folle», soutient Mathieu Morin, qui compare l’indicatif d’ouverture à ceux, mythiques, des émissions américaines Twilight Zone et Unsolved Mysteries.

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