Culture

Langues autochtones aux Francouvertes: «On veut se faire entendre»

Le groupe NINAN participera au concours-vitrine des Francouvertes le 14 mars prochain. Photo: Jean-Christophe Labarre/Gracieuseté

Pour la première fois, le concours Les Francouvertes, qui offre une vitrine aux talents musicaux émergents, ouvre cette année la porte aux artistes qui chantent dans une langue autochtone. Une occasion pour les deux formations innues retenues de raconter leur histoire dans leur langue. 

Depuis sa création en 1995, l’événement a accueilli des groupes francophones aujourd’hui bien établis comme Les Cowboys Fringants, Les sœurs Boulay et Loco Locass. Pour faire découvrir la relève autochtone, le concours-vitrine laisse maintenant une place aux artistes des Premières Nations et inuits ainsi qu’à leurs langues.

L’auteur-compositeur-interprète de la communauté de Uashat mak Mani-Utenam, sur la Côte-Nord, Dan-Georges Mckenzie et le groupe folk rock NINAN, originaire de la nation innue de la communauté de Matimekush-Lac John, ont été sélectionnés parmi plus de 200 candidatures, dont quatre au total avaient été soumises par des chanteurs autochtones.

Bien qu’ils ne s’attendaient pas nécessairement à être choisis, les artistes soulignent qu’ils sont fiers de pouvoir faire connaître leur musique tout en représentant leur communauté.

«On était un peu surpris, mais en même temps contents et fiers. On est fiers que les portes s’ouvrent tranquillement dans le monde québécois pour les Autochtones. Je trouve qu’on le mérite. Je pense que le peuple autochtone a sa place dans la musique québécoise pour chanter son histoire», mentionne le chanteur du groupe NINAN, Freddy Cluney, en entrevue avec Métro. 

Un partage avant tout

Selon Freddy Cluney, il était plus que temps que les allochtones et les Autochtones travaillent ensemble. «On vit dans la même province. Nous autres aussi on veut se faire entendre, les Autochtones. Si on écoute les tounes québécoises, pourquoi les Québécois n’écouteraient pas aussi les tounes innues?» demande-t-il.

C’est aussi l’avis de l’artiste de 31 ans Dan-Georges Mckenzie, qui se réjouit qu’on donne enfin la chance à ces nations d’être ensemble. «Ça va être cool, tu vas voir un nouveau public, tu vas voir du nouveau monde. Tu n’auras plus juste à aller chanter au Nikamu, qui est le festival ici à Mani-Utenam [une communautée innue de la Côte-Nord] pour faire découvrir ta musique, il va y avoir d’autres places comme Les Francouvertes», dit-il. 

On aime jouer de la musique et raconter notre histoire dans notre langue. […] Les shows qu’on fait, c’est surtout dans les communautés autochtones, mais si la porte est ouverte pour entrer dans l’univers des Québécois, tant mieux parce qu’on aime la musique et on veut se faire entendre!

Freddy Cluney, chanteur du groupe NINAN

Alors qu’un événement comme Les Francouvertes accueille à bras ouverts les langues autochtones, d’autres continuent d’imposer des quotas de français même aux artistes autochtones. Dans une sortie publique, le rappeur d’origine algonquine Samian a reproché au Festival international de la chanson de Granby (FICG) de lui interdire de chanter dans sa langue, l’anishinaabemowin. Le festival lui imposait un quota de chansons en français.

La gagnante de la 21e édition et co-porte-parole des Francouvertes cette année, Lydia Képinski, pense que les artistes autochtones ont beaucoup à apporter au public, mais aussi aux participants allochtones du concours. «Tu t’assois cinq minutes avec [les artistes autochtones], tu jases et il y a plein de choses qui changent. Tes perspectives changent avec ces rencontres», affirme-t-elle. 

L’autrice-compositrice-interprète se rappelle combien sa collaboration avec le trio anishinaabe-métis et inuit Quantum Tangle pour le morceau Signal avait été enrichissante.

Elle mentionne aussi que le «terrain commun de la musique» peut aider à améliorer les relations entre les personnes. «Ce qui les rassemble en ce moment [les participants], c’est la musique, dit-elle. […] Si ces personnes-là partagent un point commun, ça rendra les relations plus fun. Je pense que c’est un pas en avant dans la bonne direction.» 

En montrant le talent qu’on a chez nous et que la musique, c’est commun à tous, on va être en mesure d’ouvrir d’autres portes à d’autres Autochtones.

Dan-Georges Mckenzie, auteur-compositeur-interprète innu

La musique, un langage universel

La porte-parole Lydia Képinski estime que le public québécois est prêt à entendre davantage de musique autochtone. «Ce serait ridicule de dire que la barrière de la langue change quoi que ce soit. Il y a des personnes qui écoutent de la musique en anglais sans vraiment comprendre le texte», fait-elle valoir.

D’ailleurs, elle croit que le Québec doit prendre les langues autochtones plus au sérieux. Selon la chanteuse, cela passe par des programmes de langues autochtones dès le secondaire. «Connaître une langue, c’est vraiment la clé de la porte d’une culture», souligne-t-elle. 

Bien que la musique soit universelle, les artistes autochtones estiment important que le message de leurs chansons soit clair. C’est pourquoi tant Dan-Georges Mckenzie que le groupe NINAN comptent expliquer les paroles de chaque texte avant leur interprétation. 

«Avant de jouer une toune, je vais prendre 10 secondes pour au moins expliquer c’est quoi la toune, raconter un peu l’histoire et expliquer de quoi on parle. On parle beaucoup du vécu, du passé, du moment présent et de notre quotidien dans la communauté», explique le chanteur de NINAN, Freddy Cluney. 

La 26e édition des Francouvertes a été lancée hier soir au Cabaret Lion d’Or. Le concours débutera dès le 14 mars avec l’affrontement de trois candidats, dont le groupe NINAN.

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