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Le biologiste et cinéaste Rob Stewart appelle à la Révolution

Photo: collaboration spéciale

«À quoi ça sert de sauver les requins si, de toute façon, l’ONU prévoit que, d’ici 2048, il n’y aura plus de poissons dans les océans?»

Lorsqu’une spectatrice lui a posé cette question déroutante après la projection de son film Sharkwater à Hong Kong, Rob Stewart est resté bouche bée. Effectivement, à quoi bon protéger les requins si toutes les espèces marines vont finir par disparaître? Sous le choc, le biologiste devenu réalisateur a balbutié une réponse floue. «Il faut choisir ses combats… et puis…. quelque chose comme ça.»

Il n’y a pas à dire, Stewart était ébranlé. Dans Sharkwater, son premier film, le Torontois s’était porté à la défense des requins, ces prédateurs qui continuent de souffrir de la mauvaise réputation qu’on leur a collée depuis Jaws. Des animaux pour lesquels il a toujours eu une affection particulière, et qui sont lourdement affectés, voire décimés, par l’industrie de la pêche à l’aileron.

«À quoi bon lutter si, au final, il ne reste plus rien?» a donc voulu savoir cette jeune femme. Micro à la main, Rob Stewart a essayé de répondre. Mais il n’a pas pu. Et il s’est dit qu’il devait faire quelque chose. Ce quelque chose a été Revolution. Un film dont le tournage s’est étalé sur plusieurs années et qui l’a amené à parcourir la planète pour constater le terrible déclin de notre écosystème et pour tenter d’y trouver des solutions.

De passage à Montréal, le réalisateur nous a parlé de ce grand projet et de son rêve de «changer le monde».

Au début du film, vous dressez un constat très sombre; la situation semble désespérée. Puis, petit à petit, vous nous amenez vers la lumière. Est-ce que vous avez suivi un parcours émotif similaire durant le tournage?
Vraiment. À un certain moment, c’en était presque accablant. Je me disais : «Ce n’est pas possible, la planète va mourir et on va tous crever.» Puis, alors que je m’apprêtais à baisser les bras, j’ai commencé à rencontrer plein d’enfants et de jeunes qui m’ont redonné de l’espoir. Ils n’étaient pas pessimistes, eux. Ils me disaient: «On va y arriver! On va trouver une solution!» J’ai alors compris qu’on devait s’attaquer au problème autrement.

Au cours de votre épopée, vous vous demandez : «Est-ce que nous sommes trop nombreux ou est-ce que nous consommons trop?» Avez-vous trouvé une réponse à cette question?
D’après moi, c’est «les deux». Nous sommes trop nombreux ET nous consommons trop. L’ironie, c’est que nous pourrions facilement être neuf milliards sur cette planète si nous vivions tous comme des habitants de L’Afrique subsaharienne. Mais si tout le monde commence à vivre dans l’opulence comme en Amérique du Nord, on pourra difficilement être plus d’un milliard. Je crois donc qu’il faut stopper à la fois la croissance de la population et notre consommation d’énergie. C’est tabou d’en parler, je sais, mais il faut le faire.

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Vers la fin du film, vous vous rendez compte de toute l’énergie que vous avez brûlée pour réaliser ce projet et pour voyager dans autant d’endroits. Est-ce que cette confession émane d’un sentiment de culpabilité?
Oh oui! La culpabilité affecte chacune des décisions que je prends. Quand je fais l’épicerie, par exemple, je me demande toujours : ces fraises, elles sortent d’où? Et ce melon? Comment se fait-il qu’il soit en vente en plein hiver? Pour ce qui est de voyager, par contre, c’est différent. Je considère que c’est mon devoir de parcourir la planète pour présenter mon film et conscientiser les gens. Parce que la situation est grave et qu’il faut faire quelque chose. Vite.

Dans ce film, on vous voit prendre part à votre première manifestation à vie, à Washington. Pourtant, vous semblez entretenir des émotions ambivalentes par rapport à votre expérience… Est-ce le cas?
Oui. J’avais l’impression que ça ne menait nulle part. Selon moi, ce n’est pas une bonne façon de procéder pour les environnementalistes du XXIe siècle. Nous avons besoin d’être plus raffinés. Mon équipe et moi sommes en train de travailler à une application mobile pour changer le monde qui, je crois, sera bien plus efficace que des pancartes.

Un des intervenants que vous interviewez lors de la conférence de Cancun sur le climat demande à la caméra : «Mais quel genre de calamité ça va prendre pour qu’on se décide à faire quelque chose?» Vous semblez avoir une approche plus optimiste que lui. Vrai?
Ouaip! Selon moi, le problème, c’est que les gens ne sont tout simplement pas au courant de la situation. On parle beaucoup du changement climatique. Et pour beaucoup de Canadiens, les changements climatiques sont géniaux! Ils se disent : c’est super, s’il fait plus chaud ici! Du coup, la plupart s’en foutent royalement. C’est pourquoi il faut mettre plus de gens dans le secret. Leur dire que le système qu’ils ont bâti est en train de gruger nos vies et notre terre comme un cancer. Une fois qu’ils seront au courant, ils voudront faire quelque chose.

Vous pensez que, si le changement climatique se traduisait par une baisse des températures, les gens se sentiraient plus concernés?
Au Canada? Bien sûr! Si les températures se mettaient à chuter, les gens diraient : «Noooon!» Mais comme le Canada se réchauffe, ils se disent : «C’est génial, les sables bitumineux!»

Un autre intervenant souligne que les scientifiques ont fait leur travail et qu’il est temps pour les politiciens de faire le leur. Sentez-vous qu’en tant que réalisateur et biologiste, vous avez fait le vôtre?
Je pense que j’ai fait mon travail, oui, mais que je n’ai pas encore terminé. Sachant désormais ce que je sais, je vais continuer dans cette voie.

Revolution
En salle dès vendredi

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