Bye Bye 2011: une surdose de politique
Louis Morissette et sa bande nous ont offert un Bye Bye dominé par les blagues à saveur politique ce week-end à Radio-Canada. Une rétrospective à l’image de la dernière année, où chaque bulletin de nouvelles semblait débuter avec l’annonce d’un scandale dans le milieu de la construction ou d’une controverse impliquant l’un des trois paliers gouvernementaux. Résultat : beaucoup, beaucoup de sketchs impliquant Stephen Harper, Jean Charest, Gérald Tremblay et Régis Labeaume. Bien que la plupart divertissaient, on aurait pris davantage de numéros légers et frivoles, dans l’esprit d’Aberration double, histoire de souffler un peu durant ce festival d’humour engagé.
Le Bye Bye 2011 a débuté sur les chapeaux de roues – c’est le cas de le dire – avec une séquence montrant la course folle des cinq comédiens à travers les dédales d’un réseau routier en ruine. Une entrée en matière spectaculaire digne des plus grands films catastrophe hollywoodiens grâce aux effets spéciaux de Pierre-Luc Gosselin (Les Satiriques), qui a su recréer avec un réalisme troublant la destruction massive de l’autoroute Décarie, du pont Jacques-Cartier, de l’échangeur Turcot et du tunnel Ville-Marie.
Les leaders politiques n’ont pas été épargnés durant l’émission, à commencer par le premier ministre du pays, Stephen Harper. Louis Morissette a brossé un portrait cinglant du chef conservateur, le montrant en compagnie du célèbre Bob Gratton de Julien Poulin, plus colon que jamais à propos de l’immigration, de la culture et des étudiants séparatistes, qu’il condamnerait à la chaise électrique («On est les plus grands producteurs d’électricité au monde… Il faut ben que ça serve à quelque chose!» a-t-il déclaré avant de pousser un «think big» bien senti).
Également personnifié par Morissette, Jean Charest est apparu dans deux numéros au cours de l’événement télévisuel : aux côtés de Mario Tessier (Joël Legendre) dans une ingénieuse parodie d’On connaît la chanson (rebaptisé On connaît la cassette) et auprès du Capitaine Haddock (Jean-François Mercier, alias le Gros Cave) et des frères Ducon (Les Denis Drolet) dans Kinkin et le secret du plan nord. Bien qu’originale et techniquement irréprochable, cette relecture des aventures du célèbre héros de bande dessinée n’a provoqué aucun fou rire… tout comme le Boot Camp du NPD, En direct de l’univers des dirigeants de la FTQ (malgré les efforts d’Hélène Bourgeois-Leclerc sous les traits de France Beaudoin) et Opération séduction, mettant en vedette Régis Labeaume (Michel Courtemanche) et Pier-Karl Péladeau (Morissette). Des idées certes intéressantes, mais pas toujours drôles.
De cette vague de numéros sur la classe politique, nous retiendrons la pub de François Légo («un jeu très simple dont les pièces viennent de plusieurs partis déjà existants») et nous tenterons d’oublier la bande-annonce de Gerry (un retour plutôt raté sur les ennuis de Gérald Tremblay) et Entre deux chaises, ce talk-show animé par Claude Meunier. Contraint de se livrer à une surenchère de banals calembours avec un clone de Lucien Bouchard, le créateur de La petit vie méritait mieux qu’une série de farces volontairement plates. «Comment s’appelle l’aumônier de l’environnement? Le père-pas ton temps avec ça.» Ouf…
Heureusement que les auteurs du Bye Bye ont décidé de rire de l’autobiographie de Michèle Richard, laquelle – paraît-il – est truffée d’exagérations et d’erreurs factuelles. Véritable bouffée d’air frais dans un marathon politico-centrique, le sketch a permis à Véronique Cloutier de confirmer son grand talent d’imitatrice comique. L’animatrice prenait un malin plaisir à réciter les souvenirs fabriqués de la chanteuse, parmi lesquels on retrouvait «même Jacques-Cartier avait des photos de moi en bikini dans sa chaloupe!» et «c’tait moi le père Fourra!» Du bonbon!
Encore une fois, plusieurs parodies de chansons ont été proposées au cours du populaire rendez-vous, la plus réussie étant sans doute celle de Party Rock Anthem, un succès dance de LMFAO transformé en hymne pour les députés qui ont claqué la porte du Parti québécois. Visuellement impeccable, l’extrait comptait sur une chorégraphie endiablée et une phrase qui promet de résonner dans les oreilles de plusieurs téléspectateurs au cours des prochains jours : «Cette année on flush Pauline!»
Contrairement à l’an dernier, les responsables du Bye Bye ont misé sur la participation de quelques invités-surprises pour créer l’événement. Parmi les bons coups, signalons Marie-Mai, Jean-François Breau et Marie-Ève Janvier (une belle preuve d’auto-dérision), Jacques Duchesneau et Karine Vanasse. La star de Pan Am a ressorti son uniforme d’hôtesse de l’air pour un sketch sur les déboires de deux Français : Gérard Depardieu et Dominique Strauss-Kahn.
Cette avalanche d’apparitions spéciales a toutefois nui au temps d’antenne de certains comédiens, dont Hélène Bourgeois-Leclerc. L’actrice n’a pas eu la chance de briller aussi fort que l’an dernier, alors qu’elle avait tiré son épingle du jeu dans la peau d’Anne-Marie Losique. Quant à Joël Legendre, son Amir Khadir (Capitaine solidaire) restera-t-il gravé dans les mémoires comme sa Céline Dion du Bye Bye 2010? Pas sûr.
Chose certaine, personne ne pourra accuser les auteurs du Bye Bye 2011 de laxisme. Du congédiement de Jacques Martin au décès de Kim Jong-il (ou Kim Jong-deux, comme dirait LCN), les plus récents développements dans l’actualité internationale et provinciale ne leur ont pas échappé. Même l’embauche d’un entraîneur unilingue anglophone à la barre des Canadiens de Montréal s’est frayée un chemin dans leur revue humoristique, par l’entremise d’une publicité pour la Molson Cunneyworth, «une bière anglaise avec un arrière-goût qui pique la langue». «N’essayez pas de la comprendre, faites juste l’avaler!» a-t-on lancé avant d’annoncer l’arrivée imminente de la Molson Casseau…
Pour l’an prochain, souhaitons-nous un Bye Bye plus diversifié dans la nature des thèmes abordés.