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James Cromwell, dans les règles de l’art

Photo: Métropole films

James Cromwell a joué dans de grandes productions hollywoodiennes : Babe, L.A. Confidential, Spider-Man 3… Pourtant, il affirme que son rôle dans le film indépendant canadien Still Mine, de Michael McGowan, occupe «une place privilégiée dans son cœur».

Dans Still Mine, le vétéran James Cromwell devient Craig Morrison. Un homme de 89 ans qui décide de construire une maison adaptée aux besoins de sa femme, qui présente les premiers signes de la maladie d’Alzheimer.

Mais les autorités ne voient pas son entreprise d’un œil favorable. À chaque étape de son projet, elles tenteront de lui mettre des bâtons dans les roues. Plans non conformes, matériel non conforme, dimensions non conformes… Mais, préoccupé par l’état de son amoureuse qu’il adore (incarnée par la poignante Geneviève Bujold), Craig continue de bâtir sa demeure. Et tant pis pour les règlements! Après tout, y a-t-il une chose plus importante que le bien-être de ceux qu’on aime? Non, répond-il.
Joint au téléphone, le renommé acteur nous a parlé de l’expérience mémorable partagée avec sa compagne de jeu, de sa passion pour le baseball et des «splendides!» paysages du Nouveau-Brunswick.

Votre filmographie est d’une richesse impressionnante; pourtant, dans Still Mine, c’est la première fois que vous tenez un rôle principal au cinéma. Est-ce que cet événement vous a fait vivre des émotions particulières?
Absolument! Puisque je joue habituellement des gens très célèbres, comme Prince Philip [dans The Queen de Stephen Frears] ou George H. W. Bush [dans W. d’Oliver Stone], ce n’est pas moi que vous voyez à l’écran. Bon, c’est mon corps, ma voix, mon souffle, mais il y a vraiment très peu de moi dans ces rôles. Dans Still Mine, par contre, j’ai mis énormément de ma personne. En fait, c’est la première fois que j’en mets autant. Et pour cela, je suis extrêmement reconnaissant à Geneviève [Bujold], qui a été une partenaire de jeu ab-so-lu-ment ex-tra-or-di-nai-re et qui m’a permis de me donner à ce point! Il n’y a rien de faux dans la complicité que nous partageons à l’écran!

Dans ce film, votre personnage, qui est un maniaque de baseball, affirme qu’il a autant de respect pour les règles de l’art du sport que pour les règles de l’art de la construction. On sait que votre père [l’acteur et réalisateur John Cromwell] vous a transmis les règles de l’art du cinéma, des plateaux de tournage. Est-ce que ce respect d’une tradition, peu importe sa nature, vous a rapproché de votre personnage encore plus?
Vous savez, les gens sont souvent ébahis de voir que j’ai fait carrière dans cette industrie sans pour autant devenir cynique et blasé. Mon père a commencé à jouer au théâtre en 1910. Il a joué dans son dernier film lorsqu’il avait 91 ans! C’était mon modèle. Et la relation qu’il entretenait avec ma belle-mère [Ruth Nelson], qui était une actrice merveilleuse, ressemblait beaucoup à celle qui unit Craig et sa femme. Ils étaient amoureux. Ça m’a beaucoup inspiré pour créer ce rôle.

Craig est un fou de baseball. En cour, il demande même au juge s’il aime ce sport. Et vous, Monsieur Cromwell, vous l’aimez?
Oh oui! Et j’aime surtout la vision que mon personnage a de cette discipline : on peut y jouer uniquement si les deux équipes respectent des règlements très précis. Malheureusement, dans le grand jeu de la vie, il y a une multitude de règles qui ont été créées uniquement pour qu’un parti puisse tromper l’autre.

Sur une note plus légère, Craig est un partisan fervent des Blue Jays; et vous?
Eh bien, quand j’étais garçon, j’étais un partisan convaincu des Cardinals de Saint-Louis, car j’étais en admiration devant un homme nommé Stan Musial. Comme le personnage de Craig, qui a obtenu un autographe de Babe Ruth et de Lou Gehrig, j’ai obtenu un autographe de Stan quand j’étais petit! Maintenant, je suis un fan des Yankees. J’aime ce sport. C’est pur, subtil. Ce n’est pas comme le football qui est très «bing, bang, boum»!

Still Mine aborde avec beaucoup de sensibilité le thème de la maladie d’Alzheimer. Une maladie que [le réalisateur] Michael McGowan compare à «une mort par mille coupures». Est-ce que vous êtes d’accord avec cette définition?
Oh oui. Mais je trouve que cette mort par mille coupures, c’est réellement dans Amour [de Michael Haneke] qu’on la ressent. On y voit tout le côté sombre de la maladie. Dans Still Mine, toutefois, même s’il n’y a pas d’issue, il y a beaucoup de lumière. Malheureusement, ce n’est pas toujours comme ça que les choses se passent…

À son garçon, qui lui dit qu’à 89 ans il est bien trop vieux pour se battre en justice et construire une maison, Craig lance : «Fils, pour moi, l’âge est une abstraction, et non une camisole de force!» Abordez-vous cette problématique de la même façon?
Absolument! Il ne faut pas résister au temps qui passe. De toute façon, ceux qui s’y opposent, qui deviennent raides et bornés, finissent par craquer. Parce que le temps n’a rien à faire des gens qui tentent de lui échapper.

En allant marcher sur la plage, la femme de Craig s’exclame : «C’est beau!» Avez-vous lancé «C’est beau!» très souvent pendant le tournage?
Presque tous les jours, je découvrais quelque chose d’extraordinaire! C’était magnifique! Le Nouveau-Brunswick, la vue, la baie de Fundy… C’était vraiment exceptionnel!

Vous avez joué dans tellement de grands films. Pourtant, celui-ci semble réellement vous tenir à cœur…
Effectivement! Je le classe dans la même catégorie que The Artist, Babe et L.A. Confidential. Vous savez, tous les films nous marquent, mais je crois que je vais toujours penser à celui-ci avec beaucoup d’affection.

Still Mine
En salle dès vendredi

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