La maison du pêcheur: repêcher l’histoire
Plus de 10 ans après Ding et Dong le film, Alain Chartrand revient au grand écran avec un long métrage, La maison du pêcheur. Le fils du syndicaliste Michel Chartrand y retrace la genèse de ce qui marquera par la suite le Québec comme la crise d’Octobre.
Été 1969. Les frères Jacques (Benoît Langlais) et Paul Rose (Vincent-Guillaume Otis) ainsi que Francis Simard (Charles-Alexandre Dubé) débarquent à Percé dans le but de faire de l’animation sociale et de prendre le pouls de la réalité difficile des Gaspésiens. Ils louent l’ancienne boîte à chanson, la Maison du pêcheur, dans le but d’y organiser des conférences. Bernard Lortie (Mikhail Ahooja), un jeune fils de pêcheur illettré, s’intéresse à leurs discours et se lie d’amitié avec eux. Mais très vite la bande de jeunes s’attire les foudres de la Ville et suscite la méfiance des villageois, qui veulent à tout prix les chasser. Récit des trois mois qui ont mené à la naissance de la cellule Chénier.
Après Les ordres de Michel Brault – pour lequel Alain Chartrand était assistant réalisateur – et Octobre de Pierre Falardeau, le réalisateur partait avec l’intention de remplir les trous dans l’histoire. «Ça fait six ans qu’on travaille sur le film et les journalistes m’ont dit tout au long : “Ah, tu fais un film sur des terroristes, des tueurs”», explique Alain Chartrand. Un reproche qu’il a eu du mal à digérer. «Pour moi, ce n’était pas ça, poursuit-il. Il faut comprendre qui sont ces gars-là. Pourquoi ils ont fait ça?»
Pour avoir vécu cette période de l’histoire du Québec, le réalisateur voulait la raconter aux générations plus jeunes. Pour ce faire, il a choisi de porter à l’écran le point de vue du plus jeune et du moins politisé de la bande, Bernard Lortie. «Le film aurait autrement pu être sur Paul Rose, qui est un leader charismatique, ajoute le réalisateur, mais j’ai décidé de choisir le petit gars qui ne comprend pas grand-chose et qui est près des pêcheurs.» Mikhail Ahooja assume le rôle principal, son premier au cinéma. Le jeune comédien admet qu’il a fait beaucoup de recherche avant même d’apprendre ses répliques. «Alain m’a donné une pile de livres à lire et de DVD à regarder, raconte-t-il. Mais il fallait que je me transporte non seulement dans cette époque-là, mais aussi dans l’esprit d’un révolutionnaire, insiste-t-il. Évidemment j’ai vu Les ordres, Octobre, et j’ai lu Nègre blanc d’Amérique, mais j’ai regardé aussi beaucoup de films sur les révolutionnaires irlandais.»
Fidèle à ses gènes de syndicaliste, Alain Chartrand espère que son film, déjà présenté en première au Festival des films du monde, suscitera des débats. Si son film ne prend pas position par sur les gestes que poseront plus tard les membres de la cellule Chénier, selon le réalisateur, «tout acte de création est politique». Il a par ailleurs fait le choix, pour mieux servir le côté dramatique du récit, de tourner en noir et blanc.
Plus ça change…
La maison du pêcheur a mis du temps à aboutir. En six ans, le scénario a changé, mais le récit a également pris de nouvelles significations. L’écho du printemps étudiant a certainement retenti aux oreilles du réalisateur Alain Chartrand.
Dans les années 1970 comme au printemps 2012, la crainte du changement et l’envie d’un retour à la loi et à l’ordre se répètent, affirme Alain Chartrand. «Le clash qu’il y a entre une jeunesse qui veut ouvrir les portes et une vieillesse qui veut les fermer, c’est pas mal de tous les pays et de toutes les époques, ajoute son ami Luc Picard. Ç’a été stigmatisé beaucoup dans les années 1960-1970 au Québec parce que c’était vraiment ça. À la différence près que, dans ce temps-là, les jeunes étaient très nombreux, donc ils représentaient une masse électorale non négligeable.»
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La maison du pêcheur
En salle dès le 13 septembre