Soutenez

Elle s’en va: périple existentiel

Photo: Métropole films

Avec Elle s’en va, nous retrouvons l’icône française Catherine Deneuve dans un road movie qui rend hommage à sa cinématographie, mais aussi à la France profonde.

Alors que Bettie (Catherine Deneuve) apprend par sa vieille mère, qui semble s’en réjouir, que son amant a finalement quitté sa femme, cette sexagénaire voit sa vie s’écrouler. C’est que l’amant en question, au lieu de venir enfin vers elle, a choisi une jeune femme qu’il a mise enceinte. Triste, fière et belle comme les maisons de pierres en Bretagne, où elle tient tant bien que mal un resto qui chancelle, elle décide, dans un moment de brouhaha, de partir en voiture acheter des clopes.

Périple qui, avec en toile de fond les dépendances (tabac et amour) et l’égoïsme (trait commun des personnages), la poussera à réfléchir sur le sort de la beauté et le sens de la vie à travers des rencontres tantôt violentes, tantôt drôles ou touchantes.

Outre la galerie de personnages, composée essentiellement d’acteurs non professionnels, ce film est aussi un hommage à la cinématographie de la reine Catherine, car il a d’abord été écrit pour elle par la comédienne, scénariste et réalisatrice Emmanuelle Bercot (Polisse). «Elle n’était pas du tout au courant. J’ai donc pris le risque de travailler un an pour rien, parce que si elle avait refusé de tourner le film, je ne l’aurais pas fait sans elle», lance la réalisatrice en précisant qu’elle voulait s’appuyer sur quelque chose de concret pour scénariser celle qui, en 1985, prêta ses traits à la sculpture de Marianne, symbole de la République française.

[pullquote]

Et c’est en laissant son imagination vagabonder, peut-être au cours d’une de ses nombreuses balades en voiture, que Bercot a très vite eu envie de voir Deneuve parcourir les routes de la France en écoutant une chanson de notre Rufus Wainwright (This Love Affair), en guise de bande sonore, dans la beauté tranquille de ce que d’aucuns nomment la «France d’en bas» pour décor.

Ce qui nous permet de découvrir de fortes personnalités, dont un vieil homme qui, scène d’anthologie, lui roule péniblement une cigarette avec ses doigts enflés. Ou ce séducteur goujat, rencontré dans une boîte de nuit, qui lui avoue au matin qu’il l’a imaginée jeune pendant qu’il la baisait. Ou encore ce gardien de nuit black au regard incrédule lorsque l’ex-miss Bretagne qu’est Bettie lui raconte les aléas de sa vie amoureuse, quand ce n’est pas cette scène, difficile, où elle se fait insulter par une femme à qui elle voulait prêter assistance alors que son mec venait de la frapper.

«Je ne suis pas habituée à faire des films avec des bons sentiments comme celui-ci et, puisqu’elle ne fait que des rencontres bienveillantes, j’avais envie de montrer que lorsqu’on se balade comme ça, toute seule, surtout si on est une femme, on fait toujours face à des moments d’agression», explique la cinéaste, qui précise qu’elle n’avait pas de message particulier à faire passer. Le résultat? Un feel good movie très bien ficelé qui fleure bon l’air salin de Bretagne, la noblesse du terroir et la magnificence de Catherine Deneuve.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=hlFtcLIp_wE&w=640&h=480]
Elle s’en va
En salle dès vendredi

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.