Cette semaine, on craque pour: Broken Bells, Donna Tartt, Enemy…
Cette semaine, on craque pour… After the Disco, de Broken Bells, John Mulaney – New in Town, le souci du détail de Donna Tartt, les personnages d’About Time, la bonne idée signée ONF et ExCentris, les 15 ans de Kino et la bande-annonce de Enemy.
1. After the Disco, de Broken Bells
Que reste-t-il après le disco? Brian Burton, alias Danger Mouse, et James Mercer, des Shins, proposent une réponse avec ce second album qu’ils font paraître en tant que «Broken Bells». Un disque présenté dans une pochette – au design signé Jacob Escobedo – aussi belle que le CD est bon. Ouaip, avec leur seconde offrande, les BB offrent un quasi-sans-faute. De 1 à 11. Ou du moins de 1 à 9. Voyez un peu : sur Holding on for Life, Mercer prend sa plus belle voix de falsetto et on croirait entendre Barry Gibb se matérialiser dans notre stéréo avec ses pattes d’eph et son timbre vocal signature. Lazy Wonderland sonne comme vous l’imaginez, alanguie, légèrement psychédélique. Sur Medicine, remède à celle, plus Bad, de Bon Jovi, le ton est donné par des «Ouh! Ouh! Ah! Ah!» qui s’imprègnent dans la tête pendant des jours. L’essence de ce microsillon est néanmoins concentrée dans No Matter What You’re Told, pièce maîtresse d’un album écrit, interprété, réalisé de main de maître. (Natalia Wysocka)
2. John Mulaney – New in Town
John Mulaney a 29 ans, est originaire de Chicago et habite New York. Scripteur pour Saturday Night Live, ce jeune homme diablement intelligent a un sens inné du punch et ne donne jamais dans le vulgaire. Dans New in Town, son one-man-show présenté sur Netflix, Mulaney, fin observateur, nous parle de la baby-sitter dont il était amoureux quand il était petit, de sa voix qui, avant la puberté, sonnait comme une jolie flûte et de la vie de rêve qu’il imaginait en regardant Home Alone 2 («Ahhh, de la pizza au fromage dans une limousine!»). Il confie aussi son ébahissement devant ce désir maladif qu’ont certaines personnes de présenter leurs parents vite-vite-vite sitôt qu’elles rencontrent quelqu’un qui leur plaît bien et nous raconte sa passion folle pour Law and Order Special Victims Unit, l’émission de tévé où on peut «tout dire!», et la fascination que génère en lui le mec joué par Ice-T qui, «après 11 ans au sein de l’unité criminelle, fait encore preuve de confusion totale à chaque enquête». De l’humour agile. (Natalia Wysocka)
3. Le souci du détail de Donna Tartt
Avec Le chardonneret (PLON), sorti tout récemment en français, l’auteure américaine Donna Tartt a réussi un tour du chapeau littéraire. Son troisième roman est tout aussi réussi que les deux précédents, grâce à son don inégalé pour décrire les lieux, les sentiments et les atmosphères. Son souci du détail, sa grande culture, sa plume efficace et inspirée lui confèrent la faculté de faire croire au lecteur qu’il fait partie intégrante de l’histoire. Résultat : on termine les quelque 750 pages endeuillés par la perte d’un protagoniste qu’on considérait comme un ami. (Rachelle Mc Duff)
4. Les personnages d’About Time
La prémisse du film de Richard Curtis (Love Actually) est simple et joyeusement expédiée dans les premières minutes : les hommes d’une famille peuvent tous voyager dans le passé. Mais c’est là un simple prétexte pour raconter l’histoire d’une famille, d’un couple tout ce qu’il y a de plus ordinaire, de gens somme toute heureux, qui vivent des hauts et des bas comme chacun. Et ce qui fait le charme du film, ce sont justement ces personnages auxquels on s’attache fort (joués par Bill Nighy, Rachel McAdams, Domhnall Gleeson…). Un beau petit film sans prétention, présentement en DVD. (Jessica Émond-Ferrat)
5. La bonne idée signée ONF et ExCentris
L’Excentris et l’ONF annonçaient hier la mise en place d’un partenariat qui permettra aux internautes de tout le Québec de louer ou de visionner en simultané des films projetés (ou ayant été projetés) au cinéma du boulevard Saint-Laurent. Cette chouette idée, très «avant-garde», permettra notamment aux cinéphiles des régions de découvrir ces œuvres qui ne sortent pas forcément en DVD et qui ne tiennent l’affiche qu’à Montréal, et ce, pendant une ou deux semaines. L’expérience «en simultané» commence aujourd’hui, avec L’image manquante, de Rithy Panh. Parmi les films offerts en location, vous pourrez notamment trouver New Denmark et Finissant(e)s, de Rafael Ouellet (photo), cinéaste-producteur-distributeur foncièrement indépendant se réjouissant de ce projet qu’il juge profitable autant pour les amoureux de cinéma que pour les créateurs (également amoureux de cinéma). «[Avec les redevances], je me suis déjà acheté un chalet!» a-t-il blagué. Pour tester l’expérience : cinemaexcentris.com et ONF.ca. (Natalia Wysocka)
6. Les 15 ans de Kino
Rafaël Ouellet et Stéphane Lafleur sont passés par là, et ceux qui sont des habitués des soirées Kino savent qu’on y trouve beaucoup de talents fort prometteurs. Le mouvement Kino – fondé à Montréal par Christian Laurence, Stéphane Lafleur et Eza Paventi – a 15 ans cette année, et c’est ce soir dès 19 h au Rialto que ça se fête (en grand, nous promet-on!). Une bonne occasion pour les amoureux du court métrage de découvrir, notamment par l’intermédiaire de films ayant marqué les 15 dernières années, ces soirées mensuelles qui donnent chaque mois à voir aux curieux des films en tout genre de cinéastes de la relève. (Jessica Émond-Ferrat)
7. La bande-annonce de Enemy
Alors qu’il n’a pas encore pris l’affiche au Québec, Enemy, le nouveau film de Denis Villeneuve (tourné avant Prisoners, on le rappelle), a déjà obtenu le plus grand nombre de nominations en vue du prochain gala des prix Écrans. Et depuis qu’a été dévoilée la bande-annonce de ce long métrage pour lequel Villeneuve fait aussi équipe avec Jake Gyllenhaal (deux fois plutôt qu’une), on n’a pas de difficulté à comprendre le buzz qui entoure déjà Enemy : distribution alléchante (Gyllenhaal est entouré de Mélanie Laurent, d’Isabella Rosselini…), histoire à la prémisse intrigante signée José Saramago, images fort prometteuses… On attendra le 14 mars avec impatience. (Jessica Émond-Ferrat)
On se désole pour…
La disparition de Philip Seymour Hoffman et la presse à potins
L’oscarisé rôle-titre dans Capote de Bennett Miller, le type abonné aux appels obscènes dans Happiness de Todd Solondz, Lester Bangs dans Almost Famous de Cameron Crowe, le second violon ambitieux dans A Late Quartet de Yaron Zilberman, le leader tordu de la «Cause» dans The Master de Paul Thomas Anderson… Tous des rôles renversants, immenses, proportionnels au vide gigantesque que laisse la disparition de Philip Seymour Hoffman. Vous en connaissez beaucoup, des acteurs qui ont une telle feuille de route? On espère maintenant que la presse à scandale aura la bienséance (on peut toujours rêver…) de ne pas remuer les tracas, de ne pas fouiller dans les failles et de ne pas se délecter de ragots, comme ç’a été le cas avec le National Enquirer, qui a publié une prétendue entrevue-choc avec David Bar Katz (qui, lui, affirme ne jamais avoir même parlé au journal) dans laquelle on expose des détails qui se veulent croustillants sur les difficultés que traversait le regretté acteur. Un peu de décence. (Natalia Wysocka)