MUTEK: Richie Hawtin persiste et signe
Ambassadeur par excellence de la techno, le Canadien Richie Hawtin est de passage au festival EM15, la valise pleine de projets célébrant le riche héritage de l’électronique.
Mis à part le Montréalais Tiga, peu de Canadiens peuvent se targuer d’avoir joué un rôle aussi crucial dans l’essor de la scène électronique que Richie Hawtin, qui a grandi à Windsor en Ontario. Ambassadeur d’une techno minimale imprégnée de l’âme de Détroit depuis plus de 20 ans, ce DJ filiforme, producteur et fondateur de l’étiquette Minus, s’est toujours affairé à élargir le spectre de la culture électronique au-delà des mélomanes érudits et des fêtards ne s’intéressant qu’aux déclinaisons diluées du genre. Connu pour ses prestations audiovisuelles électrisantes sous l’alias Plastikman, cet as de la technologie est de retour à MUTEK (rebaptisé EM15 cette année) pour livrer son dernier méga-projet multisensoriel, ENTER. Nous avons joint Hawtin à Berlin pour jaser d’entrepôts désaffectés, de sa mission éducative et d’une parodie de Saturday Night Live (SNL) qu’il n’a pas bien digérée…
Avec ENTER, vous dites proposer une expérience multisensorielle sans pareil. Devrait-on y voir un clin d’œil aux fêtes que vous organisiez jadis dans des entrepôts désaffectés de Détroit?
Pourquoi pas? À Détroit, on investissait un entrepôt, on tapissait la salle de plastique et on éclairait l’espace de façon à ce qu’il soit méconnaissable. Il n’y a rien de plus ennuyant que de convenir qu’un party n’implique qu’un nouveau flyer, des ajustements imperceptibles derrière les platines et peut-être une différente lueur d’ampoule… Je voulais évoquer cette époque avec ENTER. Lorsque les gens entrent au club Space à Ibiza, où nous élisons domicile 12 ou 14 semaines chaque été, ils ne reconnaissent en rien l’espace.
Comment adaptez-vous ce concept imaginé de toutes pièces pour Ibiza dans des salles de spectacles de tout acabit à travers le monde?
Ce n’est pas aussi extravagant qu’à Ibiza, car nous avons de plus grandes restrictions de temps et de budget. Mais au-delà de la transformation esthétique, ENTER propose une incursion plus approfondie dans la culture électronique, parce que je m’occupe de la programmation. Bien sûr, le public montréalais est plus sophistiqué en musique électronique qu’une ville comme Buenos Aires, par exemple, mais nous livrerons tout de même une soirée MUTEK éclectique, dynamique et intéressante, avec les très en demande Marc Houle et TM404!
ENTER serait-il le prolongement naturel du travail de conscientisation de la musique électronique entamé l’an dernier avec votre tournée nord-américaine CNTRL: Beyond EDM?
Bien que CNTRL ait une composante éducative plus approfondie, c’est vrai que les deux projets tentent d’élargir le spectre de la culture électronique en se penchant sur son riche héritage.
Exposer des tympans vierges aux rythmiques électroniques serait-elle la force motrice derrière l’événement gratuit dotUP, présenté mercredi soir à 17h à l’Esplanade de la Place des Arts?
C’est inspiré du concept de soirées culinaires pop-up. On est conscient que ce n’est pas tout le monde qui peut se payer notre soirée EM15 au Métropolis, donc nous voulions offrir un petit cadeau à nos fans, en espérant que certains nouveaux visages viennent également se joindre à la fête. La popularité de l’EDM (NDLR: «electronic dance music») poursuit sa montée fulgurante, et il y a là tout un enseignement à faire: qu’est-ce qu’un DJ? Est-ce qu’ils ne font qu’appuyer sur «play»?
Parlant des conclusions que tire le grand public à l’égard de l’EDM, avez-vous visionné «When Will The Bass Drop?», la parodie du phénomène imaginée par l’équipe de Saturday Night Live (Voir vidéo plus bas)?
Oui, et je trouve ça vraiment déprimant. C’est une arme à double tranchant, et c’est pour cette raison que j’ai fait la tournée CNTRL. De voir que le grand public se fait vendre l’idée qu’un DJ n’est pas un artiste, mais qu’un simple gars levant les bras en l’air et appuyant sur de bêtes petites touches, se résume à faire trois pas en avant, dix pas en arrière.
Intéressant. J’ai pour ma part trouvé le sketch très juste, car il me semblait évident qu’on se moquait de la naïveté et du ridicule d’Avicii et de cette culture de l’EDM, et non de musiciens encensés par la critique dont les compositions sont beaucoup plus subtiles et complexes…
Vous avez lu entre les lignes, parce que vous savez qu’il existe une grande différence entre Hawtin et Avicii. Mais le grand public ignore tout ça. Il ne voit que des DJs qui gagnent beaucoup de fric, attirent d’énormes foules et ne font pas grand-chose sur scène. Je ne nierai pas que de tels gens existent bel et bien, mais pour ceux que la musique électronique intéresse, sachez que c’est bien plus. ENTER et dotUP peuvent servir de porte d’entrée pour découvrir une culture fascinante qui se développe en marge depuis plus de 25 ans.
- dotUP a lieu à l’Esplanade de la Place des Arts mercredi à 17h
- ENTER.MUTEK // ENTER.MIND a lieu le 29 mai au Métropolis