Stacey Kent: nostalgie brésilienne
L’amoureuse des mots Stacey Kent revient au Festival international de jazz de Montréal (FIJM) pour offrir, pour la première fois dans la métropole, les pièces de son album The Changing Lights, où elle se replonge dans l’univers de la bossa nova.
Vous chantez en portugais sur plusieurs pièces de The Changing Lights, ce qui vous replonge dans la bossa nova, un style que vous aviez déjà exploré par le passé…
Oui, c’est une grande partie de mon univers… Et je dirais que cet album, c’est le plus personnel que j’aie jamais enregistré. Ces musiques font partie de ma personnalité, et il y a quelque chose d’un peu nostalgique sur cet album, ces histoires font réellement partie de ma vie, de mon histoire – littéralement et métaphoriquement. J’ai découvert l’univers de la bossa nova par Antonio Carlos Jobim quand j’étais adolescente. Ces mélodies pleines de mélancolies et ces rythmes pleins d’optimisme, ça m’a nourrie et je m’y suis toujours sentie très à l’aise. C’est pour ça que je voulais chanter ces chansons classiques du répertoire de Jobim, mais aussi des chansons écrites pour moi par mon mari [Jim Tomlinson].
Comment se passe le travail avec votre mari?
Pour Jim et moi, ça fonctionne vraiment bien. C’est mon meilleur ami, et j’aime jouer de la musique avec lui. On a un très bon dialogue en mangeant ensemble et on a un bon dialogue sur scène. On s’adore, on se connaît très bien, et on a des idées complètement différentes qui se complètent. Pour nous améliorer, on s’écoute l’un et l’autre. Et en même temps, on partage la même vision du monde. J’ai une confiance complète en ses idées, ses oreilles; ça me nourrit beaucoup. Et il y a le côté pratique aussi: les musiciens sont souvent sur la route, loin de leur famille, mais moi, ma famille est là avec moi en tournée! J’ai beaucoup de chance.
Vous avez découvert le français grâce à votre grand-père, qui a longtemps vécu en France. Quant au portugais, l’avez-vous appris à cause de cette musique brésilienne qui vous a marquée quand vous étiez jeune?
Oui, par la musique et par la poésie. C’est d’ailleurs mon grand-père qui m’a donné l’envie de découvrir les autres langues et la poésie d’ailleurs. J’ai donc appris à l’école le latin, l’italien, l’allemand, et ensuite je suis allée en Allemagne pour étudier. Mais le portugais, je le parlerais même si je ne le chantais pas, c’était une décision tout à fait personnelle pour moi. Mais ce qui est intéressant, c’est que les gens qui m’écoutent n’ont pas à comprendre ce que je chante. Quand nous écoutons la musique d’un pays dont on ne connaît pas la langue, c’est l’émotion et pas les paroles qui comptent. Les Américains aiment quand je chante en français, pas parce qu’ils comprennent mais parce qu’ils aiment la poésie du son.
Vous revenez au FIJM cette année et les billets se sont rapidement envolés. Qu’est-ce que ce festival représente pour vous? Vous vivez une sorte d’histoire d’amour avec Montréal, n’est-ce pas?
Oui! Parce que chaque fois qu’on est là, la réponse est incroyablement chaleureuse. Nous sommes comme de vieux amis avec le public. Il y a une belle alchimie. J’adore chanter là-bas.
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À quoi peut-on s’attendre de ce spectacle?
Je ne sais pas exactement ce que je chanterai ce soir-là, parce que je me laisse des espaces pour me permettre de sentir le public, l’atmosphère. Bien sûr, je vais partager des choses qui sont vraiment dans mon cœur et dans mon âme à ce moment-là, c’est-à-dire les chansons de The Changing Lights, que je vais jouer à Montréal pour la première fois. La sensation de jouer ses chansons live, sur scène, est incomparable. C’est une émotion fantastique. Donc, je vais partager quelques pièces de cet album, bien sûr. Mais je vais vous raconter quelque chose de délicieux. Quand les gens ont entendu que je viendrais à Montréal, après un certain temps sans y être passée, plusieurs m’ont écrit sur Facebook pour me dire: «Je n’ai jamais entendu cette chanson de toi en live, peux-tu la jouer?» C’est incroyable la connexion personnelle avec les gens qu’apportent les médias sociaux.
Stacey Kent
Au Théâtre Maisonneuve
Samedi à 20h