Ceci est un meurtre: un souper presque parfait
Invités par le comédien Simon-Pierre Lambert à partager un repas sur la scène, quatre spectateurs – et ultimement un d’entre eux – deviendront la matière de Ceci est un meurtre. Le résultat est un heureux mélange de malaise, de rires et d’inattendu.
Ceci est un meurtre est un laboratoire. Une expérience quasi scientifique. Présenté par endoscope.collectif, ce spectacle repousse les frontières du théâtre pour y intégrer une bonne dose d’improvisation induite par les interactions avec les spectateurs, dont certains deviennent des «acteurs» malgré eux, prenant place sur scène et influençant le cours du spectacle.
C’est une proposition audacieuse. Simon-Pierre Lambert y incarne un personnage qui a l’allure d’un mésadapté social: peu bavard, peu chaleureux et un peu inquiétant dans ses habitudes ou ses dires. Il n’y a pourtant rien à craindre pour les spectateurs qui le côtoieront, quoiqu’ils puissent s’en méfier un peu; ce qu’on aurait fait aussi.
Pour pallier sa solitude, Lambert choisit quatre personnes dans la foule et les invite à souper, après qu’on a pu le voir prendre possession de son environnement, passant la balayeuse et dressant la table, sans trop connaître ses intentions. La magie opère au gré des réactions et des interactions des «élus», qui sont tout à fait libres de parler, de poser des questions et de jouer ou non le jeu. Des quatre, un seul restera sur scène jusqu’à la fin pour se prêter aux fantaisies de Lambert. En dire trop sur la suite nuirait au plaisir de la soirée. Mais ce sont des fantaisies qui restent décentes, faut-il préciser.
«Bye.» – Simon-Pierre Lambert qui, sans plus d’explications, indique à un spectateur venu le rejoindre sur scène qu’il n’est plus le bienvenu.
Les réactions de la foule qui observe le tout, voyeuse, font partie du spectacle et sont tout aussi intéressantes que ce qui se passe sur scène. Jeudi dernier, quand Lambert cherchait ses cobayes, plusieurs détournaient le regard afin de ne pas être choisis. Puis, beaucoup d’éclats de rire se sont fait entendre. On rit des nombreux malaises et du caractère bizarre de ce qui se déroule sous nos yeux. Par le caractère interactif du spectacle, on sent une liberté comme spectateur – quoique peut-être pas utilisée à son plein potentiel – de rire fort, de chuchoter, de réagir, quoi; toutes des réactions proscrites normalement au théâtre. Bref, endoscope.collectif a habilement réussi à mêler l’étrangeté de la situation à quelque chose de drôle qui invite à la participation, mais qui ne ridiculise pas les invités sur scène.
On fréquenterait bien au moins une fois de plus Ceci est un meurtre, afin d’en saisir les différences au fil des représentations et d’en apprendre un peu plus chaque fois sur l’humain et ses réactions.
Ceci est un meurtre
Théâtre Aux Écuries
Jusqu’au 25 avril