L’envol de B.o.B.
En 2010, B.o.B. débarquait avec The Adventures of Bobby Ray, impeccable mélange de hip-hop et de pop mélodique, intelligente et diablement accrocheuse. Il y a quelques semaines, le rappeur récidivait avec l’excellent Strange Clouds. De passage à Montréal hier, très cool, il nous a parlé de célébrité avec honnêteté.
Lorsqu’on le rencontre dans sa suite à l’hôtel W, B.o.B. s’avère charmeur, adorable et gentil. Bien sûr, il porte des verres fumés, comme dans sa pièce Past my Shades, qu’il chantait en duo avec Lupe Fiasco sur The Adventures of Bobby Ray. «Tu ne portes pas des Ray-Ban?» s’étonne-t-on. «Ah non, parce que Ray-Ban ne me commandite pas encore. En attendant, je porte des Louis Vuitton», répond avec un sourire celui qui a récemment sorti la pièce Ray Bands (sic).
À la fois marrant et réfléchi, le rappeur qui, en l’espace de deux disques, a notamment partagé le micro avec Eminem, Chris Brown, Nicki Minaj, Rivers Cuomo (de Weezer) et Hayley Williams (de Paramore) – que ça! – confie qu’il s’est vraiment amusé en composant son second album, Strange Clouds. «J’ai vraiment eu du fun. J’y ai mis beaucoup de mon âme. J’ai vraiment creusé très loin dans mes expériences personnelles.»
C’est qu’il en a, du vécu, B.o.B.! De son vrai nom Bobby Ray Simmons Jr., le rappeur de 23 ans a longtemps galéré avant de signer un contrat avec une maison de disques. Quand il était jeune, ses parents se sont fait évincer de chez eux et, avec sa famille, le petit Bobby a «déménagé» dans un shack. Le rap, pour lui, constituait une porte de sortie et «une forme de thérapie». Aujourd’hui, c’est encore le cas. «Je ne suis pas gêné de me mettre à nu. Après tout, lorsque mon disque paraît et que le reste de la planète m’entend chanter mes problèmes, moi, je suis déjà passé à autre chose!»
As de la mélodie, B.o.B. s’illustre non seulement dans le rap, mais aussi à la guit et au piano. Enfant, il jouait aussi de la trompette. Et il détestait ça! «C’est tellement ringard, cet instrument! Toi, tu joues de la trompette?!» Non. «Tu vois. Personne ne joue de la trompette!»
Si son mélange de styles et ses rythmes harmonieux lui ont parfois valu d’être dénigré par les puristes du hip-hop, Bobby Ray sait toutefois passer avec adresse d’une chanson éclatante et ensoleillée comme Magic ou le plus récent So Good à des hymnes dépressifs comme Ghost in a Machine ou le nouveau So Hard to Breathe.
«La plupart des artistes choisissent de ne montrer qu’un seul aspect de leur personnalité, et ensuite, ils sont pris dans un rôle pour le restant de leur carrière. Moi, je ne me cache pas! Des fois, je me sens plus cool, des fois, très triste, et d’autres fois, totalement jovial. Tant qu’à être célèbre, je préfère être moi-même. Ça ne me tente pas de me compliquer la vie en faisant semblant d’être quelqu’un que je ne suis pas.» Vous êtes un homme complexe, Bobby Ray? «Ouais. Je suis le gars simple le plus complexe de la planète!» répond-il en riant.
Dans ses textes bien ficelés, le rappeur parle souvent de célébrité et des aléas qui viennent avec : les amis qui vous jalousent, les filles qui ne vous aiment que pour votre fric. Dans le hit Airplanes, qui a tourné en boucle sur les ondes il y a deux étés, B.o.B. chantait qu’il aimerait «revenir à des jours plus simples, avant que le rap soit une job, avant qu’il soit payé». «Je suis plus résilient que je l’étais il y a un ou deux ans, remarque-t-il à ce sujet. Il faut l’être! Être célèbre, ce n’est pas fait pour les faibles!»
Pour conclure, on lui demande ce qu’il est le plus fier d’avoir accompli en ce court laps de temps. «Hmm… Je suis fier d’avoir pu acheter une voiture à mon père et une maison à ma mère. Fier d’avoir pu faire des choses que je n’avais jamais cru pouvoir faire un jour. Quelque part au plus profond de moi, je sens que les choses se sont placées. Ce n’est même pas une question d’argent. L’argent, c’est juste un instrument. Au-delà de l’argent, du succès et de la célébrité, ce qui compte, ce sont les expériences de vie, les défis qu’on surmonte. Ceux qui ne vivent que pour l’argent sont forcément malheureux. Moi, je suis bien.»