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Béatrice Martin: Du Coeur et des Roses

Photo: Yves Provencher / Métro

Sur Roses, son troisième album studio, Béatrice Martin s’abandonne, délaisse sa «vision fatidique de l’amour» et dit plusieurs fois au revoir. Parfois afin de partir pour de bon. Parfois pour mieux revenir. Entretien.

On sent vraiment sur cet album ce que vous avez récemment dit à quelques reprises. À savoir que vous avez réalisé qu’on n’est pas obligé d’être malheureux pour écrire des chansons…
Non. (Sourire) On n’est pas obligé!

Est-ce que c’est une conviction qui vous a également permis d’être plus heureuse pendant que vous écriviez?
Je pense que, pour être vraiment heureux, il faut être passé à travers certaines étapes plus difficiles. C’est aussi dans le bonheur qu’on réussit à comprendre ce qui nous est arrivé par le passé. C’est dans les moments où t’es heureux que tu te rends compte que, wow, tu as vraiment passé du temps à t’en faire pour rien! C’est ce que j’ai fait dans mes autres albums. Je veux dire, j’étais… un peu fatidique dans ma perception de l’amour. Aujourd’hui, moins. Parce que j’ai des choses plus importantes et plus grandes, qui sont là pour moi.

«C’est un autre livre. Pas un autre chapitre – un autre livre. Parce que c’est autre chose. Un nouveau départ… et une continuation en même temps.» – Coeur de pirate

C’est un album qui nous apaise quand on l’écoute… et qui semble vous avoir apaisée également. C’est le cas?
Oui. Ça m’a permis de comprendre beaucoup de choses, de comprendre ce qui m’était arrivé. Tout le processus de… pas de célébrité, mais tsé, de grandir dans l’œil du public, c’est quand même… pas rien. Surtout quand tu vis ta vingtaine – qui est une période déjà pas stable – dans l’œil du public. C’est quelque chose! Il fallait que j’en parle.

Dans vos textes, vous parlez aussi beaucoup de voyages, de déplacements. Des choses qui, on sait, font partie de votre vie. Sur I Don’t Want To Break Your Heart [une pièce sur laquelle rappe l’artiste hip-hop canadien Allan Kingdom], vous chantez: «For now, I’ll say goodbye.» Est-ce que cet album est aussi une façon, pour vous, de vous rapprocher de ceux à qui vous dites au revoir si souvent?
Hmm, oui, parce que j’ai quand même écrit une chanson pour ma fille et une pour mon mari. Il y a aussi des chansons que j’ai écrites pour des gens qui m’ont marquée. C’est comme des lettres que je leur envoie. Soit pour leur dire un au revoir pour de bon, soit pour leur dire au revoir pour un temps.

Votre mari et votre fille sont omniprésents sur Roses. Vous leur dédiez d’ailleurs le tout en notant que «vous ne saviez pas pourquoi vous faisiez tout ça avant qu’ils arrivent dans votre vie». Tout s’est mis en place grâce à eux?
En fait, je ne comprenais pas vraiment la vraie raison pour laquelle je faisais tout ça avant. Je veux dire, oui, je savais qu’il fallait que je fasse de la musique pour moi, pour les gens, pour qu’ils se l’approprient. Je voulais avoir un impact sur quelqu’un. Finalement, j’ai vu ce que ma musique faisait à ma fille, Romy. Ce que ça générait chez elle. J’ai été super émue et j’ai dit OK, je comprends maintenant! Je comprends ce que ça a comme impact chez les gens! En tout cas, chez elle! Ça m’a touchée énormément et ça m’a donné la force de continuer et de faire un album comme celui-là.

Vous explorez dans vos textes l’idée de l’abandon de soi. Dans Drapeau blanc, vous dites: «J’abdique, j’abandonne.» Dans Undone, une pièce destinée à votre amoureux, vous confiez: «Tu as porté toutes mes peurs.» Diriez-vous que cette idée de «laisser-aller» vous a guidée dans vos nouvelles compositions?
Oui… avant, je ne laissais pas ça arriver vraiment! J’avais tendance à jouer la victime. J’en parlais beaucoup en chanson. J’avais besoin d’en parler. Je pense que je n’aurais pas été capable d’écrire Roses il y a trois ans… J’espère que les gens vont être capables de se retrouver là-dedans… Pour moi, c’est une façon de dire : oui, tu vis des choses difficiles, mais tu peux t’en sortir.

L’action de s’abandonner se traduit aussi dans le fait de laisser ses chansons entre les mains d’un producteur. Ou plutôt, dans votre cas, de trois producteurs, soit Björn Yttling, Ash Workman et Rob Ellis. Auxquels vous avez donné vos maquettes piano-voix et eux…
… ont eu carte blanche. Oui! Ils ont fait ce qu’ils voulaient. Je pense que ça demande une certaine confiance en soi – et dans leur travail – pour dire OK, vous allez amener mes chansons à un autre niveau parce que, moi, je n’ai pas de recul et je ne peux pas faire ça toute seule! Si j’avais fait ça à 19 ans, j’aurais été vraiment stressée! Mais là, ça allait. Je suis super contente. Je n’ai jamais eu un enregistrement qui s’est aussi bien passé.

Et à quel point était-ce cool de saluer Portishead dans votre livret, en leur disant merci d’avoir utilisé leur studio d’enregistrement?
Ça, c’était très cool. Il fallait que je le fasse.

L’hiver dernier, l’équipe d’Accès illimité [émission animée par Anouk Meunier et Jean-Philippe Dion sur les ondes de TVA] vous a suivie durant le tournage du vidéoclip de votre chanson Carry On. Sur le plateau, vous parliez de la robe que vous porteriez et du réalisateur dudit clip, Kevin Calero qui, «voulait montrer vos tatouages, pour ne pas perdre du personnage». Sentez-vous que vous avez un côté «personnage»?
Je pense que c’est quand même mon brand. Ma marque. Que c’est comme ça que les gens me reconnaissent. Ça fait partie de moi… mais ce n’est pas QUE moi!

Dans cette pièce, vous affirmez : «I’ve been loved enough today.» À quel moment est-ce qu’on atteint ce point où l’on a été «assez aimé(e) pour une journée»?
Ça prend du temps. Ça prend du temps avant de s’en rendre compte. Cette chanson parle vraiment de la transition d’un amour complètement toxique, d’une relation horrible, à un amour plus stable. Et le jour où tu te rends compte que t’as besoin de laisser tomber quelqu’un parce qu’il te fait juste du mal et que tu passes à quelqu’un de plus responsable, qui t’aime pour de vrai, il faut que tu commences à t’aimer toi-même. C’est ce que j’essayais de dire. «I’ve been loved enough today.» J’ai assez d’amour autour de moi et assez d’amour propre pour laisser tomber quelque chose qui va me mener à ma perte.

Dans Cast Away, vous ne parlez du reste pas de votre douleur à vous, mais de celle d’un autre…
Oui… cette chanson parle d’une relation dans laquelle j’ai été une enabler. Je ne sais pas comment dire ça en français? Il souffrait de dépendance et moi, je le laissais faire ce qu’il voulait. Par amour. Parce que je l’aimais trop. Je le suivais là-dedans, je le suivais dans la nuit, juste pour ne pas qu’il aille à sa perte. Qu’il n’ait pas de problèmes majeurs. Ça parle de ça… et de ma position là-dedans. Avant, j’aurais joué à la victime. Mais là, je dis : j’ai laissé ça arriver. J’aurais dû dire non et sortir de ça. Mais je ne l’ai pas fait.

C’est un constat qui a quand même dû être difficile à faire, non?
Oui. Oui. Oui. Ça a été quelque chose, d’écrire cette chanson-là! Parce que… je ne l’avais jamais fait avant…

Roses
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