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Claudia Larochelle: Dans la maison de Nelly

«Ce livre, c’est un panorama de la vie de Nelly Arcan, de son œuvre», note Claudia Larochelle. Photo: Maude Chauvin/collaboration spéciale

Avec Je veux une maison faite de sorties de secours, Claudia Larochelle rend hommage à Nelly Arcan, à son mystère, à son œuvre immense. Entourée de collaborateurs d’univers variés, qui offrent chacun leur vision de la regrettée écrivaine, l’auteure et animatrice, qui signe «la dimension plus personnelle, plus intime» du recueil, propose un portrait délicat de «cette femme mythique».

Le recueil entier est traversé par vos textes, dans lesquels vous écrivez à Nelly Arcan au «tu». Était-ce la seule façon de le faire pour vous?

Pas la seule… mais c’est venu tout seul! D’abord, j’adore la deuxième personne! À la première comme à la deuxième, j’ai beaucoup de facilité. En même temps, je voulais que ma plume se démarque de celle des collaborateurs. Comme c’est mon projet, c’est vraiment à mon souffle, à ma trace que se greffent les autres textes. Une autre raison, très importante, c’est que j’avais vraiment des choses à lui dire! Et j’ai pensé Ah! Peut-être que ma manière de m’adresser à elle pourra intéresser des gens, les faire sourire et leur rappeler cette auteure extraordinaire.

Plusieurs de vos collaborateurs racontent avoir ressenti des émotions fortes et parfois contradictoires en lisant les écrits de Nelly Arcan. Bruce Benderson, qui a traduit Putain en anglais, note avoir un moment été «frustré, ennuyé et angoissé». Melissa Bull, qui a quant à elle traduit Burqa de chair, se souvient d’avoir été «aussi épuisée que stimulée». Souhaitiez-vous que les lecteurs traversent une gamme d’émotions semblables en découvrant ces témoignages?

Je le savais que ça donnerait ça! C’est ce que Nelly déclenchait chez les gens! Des contradictions, des paradoxes… Elle était complexe. Et je pense qu’on l’a bien montré. Pour ce qui est des traducteurs, on ne leur donne pas beaucoup la parole habituellement, et j’avais envie de les entendre. Traduire une œuvre comme celle-là, c’est majeur! Ils avaient une lourde responsabilité sur les épaules. J’étais curieuse de voir comment on prend une voix si forte, si éclairante, et on la transpose dans une autre langue sans atténuer le propos, sans le transformer.

Au fil des pages, il y a plusieurs mentions «d’autres» auteures : Marie-Hélène Poitras, Chrystine Brouillet, Élise Turcotte, Justine Lévy… Est-ce que ce livre est aussi un hommage aux femmes qui écrivent?

Oui, c’est un hommage aux femmes qui écrivent, aux femmes qui, longtemps, n’ont pas eu la parole, aux femmes de lettres, aux femmes d’idées, aux femmes de pensée. On en a de grandes dans la francophonie, et pour moi, c’est important de les honorer. Il n’y aura jamais assez d’hommages.

Certains des collaborateurs ont connu Nelly Arcan de près, d’autres pas. Le cinéaste et poète Robin Aubert, par exemple, et la professeure Isabelle Boisclair racontent dans leur récit l’avoir vue de loin. En les invitant à participer à votre recueil, souhaitiez-vous leur donner une chance de la rencontrer vraiment?

Oui, pourquoi pas? Je ne sais pas s’ils ont vu ça comme ça, mais oui, c’est vrai qu’ils ont eu en quelque sorte des rendez-vous manqués! J’espère que ç’a eu cet effet-là chez eux. J’espère.

On trouve çà et là des signes qui marquent le passage du temps. La journaliste Danielle Laurin écrit que c’était «avant l’effondrement des tours de New York», il y a une référence à la tragédie de Lac-Mégantic, vous parlez de «l’époque où on s’appelait encore sur une ligne fixe». Avez-vous eu l’impression, en travaillant sur cet hommage, de voir défiler les années?

Ah! Tellement! Je trouve tellement qu’elles ont passé vite! Je suis une nostalgique. J’insiste toujours là-dessus dans l’écriture. J’aime regarder le temps filer, voir à quel point la société a évolué… ou pas! Oui, elle a évolué dans la technologie, mais dans ses dimensions psychologiques, je n’en suis pas si certaine. Du moins à l’égard des femmes, à l’égard de leur représentation. C’est pour ça que j’avais envie d’écrire sur Nelly, de la remettre à jour. Parce que le combat qu’elle a amorcé n’est pas terminé.

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Je veux une maison faite de sorties de secours
En librairie, chez vlb éditeur

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