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Adib Alkhalidey : Ingénu discret

Photo: Chantal Levesque

Sans tambour ni trompette, Adib Alkhalidey présentait mercredi soir son deuxième one-man show, Ingénu, dans une 5e salle de la Place des arts bondée. Vous n’en aviez pas entendu parler? C’est normal. Si son premier spectacle, Je t’aime, avait connu un bon succès, et que depuis, l’humoriste s’est fait connaître du grand public avec la série Like-moi!, sa websérie 7$ par jour et ses apparitions dans Les beaux malaises, il a choisi la voie du bouche à oreille plutôt que de faire de la promotion pour ce nouveau spectacle, dont la première montréalaise a eu lieu dans le cadre du festival Juste pour rire.

C’est tout à l’honneur du comique, qui en a profité pour faire découvrir à son public deux excellents humoristes de la relève, qui assuraient sa première partie. D’abord, le sympathique Jay Du Temple nous a beaucoup fait rigoler avec ses anecdotes qui nous donnaient l’impression d’être dans un salon avec le plus drôle de nos amis, et l’humoriste d’origine française Roman Frayssinet, qui a commencé en mode philosophique et, toujours pince-sans-rire, a fait crouler la salle de rire avec son numéro sur le côté arbitraire des divisions du temps. Dans les deux cas, on en aurait pris encore plus, si on n’avait pas attendu «la pièce de résistance» avec impatience.

Adib Alkhalidey est ensuite arrivé sur scène, crinière remontée sur la tête, sourire aux lèvres, avec cet air angélique de quelqu’un qui prépare néanmoins un mauvais coup. En allant voir Je t’aime en 2014, on avait remarqué par cette façon très articulée et imagée que le jeune humoriste a de s’exprimer, qui nous a charmée une fois de plus mercredi soir. Adib a tout de même redonné au public ce qu’il espérait, cette imitation parfaite du parler des filles adolescentes qui en avait épaté plus d’un à son premier one-man show.

Parlant de filles, Adib s’est indigné pour celles-ci, déplorant le fait que des hommes lubriques se permettent d’entrer dans leur bulle et leur suggérant une réplique cinglante à leur envoyer (qu’on ne peut pas répéter ici!) Il a aussi proclamé son admiration pour les personnes transgenres («Quand j’aurai des enfants, je leur dirai : « Aie la persévérance d’un transgenre! »»), réussissant à faire rire en abordant ce sujet sérieux de manière intelligente, démolissant un à un les arguments «anti-transgenres» avec esprit.

Parmi les autres moments forts du spectacle, on notera celui où Adib analyse les différentes périodes de la vie, de l’enfance («Un enfant, quand ça veut pas faire quelque chose, ça se met à terre. Pourquoi on a laissé tomber ce pouvoir de négociation extraordinaire?») à l’âge adulte, en passant par l’adolescence («Dans le livre des maladies mentales, t’as, dans l’ordre : schizophrène / borderline / 14 ans»). Il a aussi abordé son propre trouble TDAH («pour Trouble du Déficit de l’Attention…… H») qui se résume à «Quand tu me parles… j’en ai rien à chier», et livré un numéro qui n’était pas sans rappeler le Inside Out de Pixar, en expliquant le sort que connaissent dans sa tête ces noms qu’il n’arrive pas à retenir, alors que des chansons de Britney Spears sont prises dans sa mémoire pour toujours.

Les réseaux sociaux (qu’il voit comme un salon, dans lequel un ami se lève de temps en temps pour venir lui montrer un article alors qu’un autre est en train de regarder ses photos de voyage de 2008 dans un coin sombre) ont aussi été parmi les préoccupations explorées, tout comme les photos de pénis que certains envoient comme méthode de séduction («Pourtant, jusque là, « bonjour » faisait la job!»).

En ces temps d’attentat et d’amalgame, l’humoriste d’origine arabe a aussi abordé le sujet du racisme au Québec, racontant la fois absurde où il s’est fait traiter de «nègre». «Je suis pas un nègre, je suis un terroriste!»

Étrangement, le spectacle s’est terminé sur le numéro qui était peut-être le moins fort de l’ensemble, qui s’étirait un peu trop (Dieu parlant à Jésus avec un accent «de Montréal-Nord»), mais malgré les quelques baisses de rythmes qui ont ponctué la soirée, les rires – autant que les réflexions – se sont succédé assez souvent au cours de la soirée pour qu’elle nous laisse un bon souvenir.

Ingénu sera présenté de nouveau à Montréal au Théâtre Ste-Catherine les 1er, 14, 15, 28 et 29 octobre.

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