Musique rassembleuse de The Music of Strangers
Le légendaire violoncelliste Yo-Yo Ma et le réalisateur Morgan Neville parlent de leur documentaire The Music of Strangers, qui relate le parcours du musicien avec le Silk Road Ensemble.
«Je peux être très méchant», confesse Yo-Yo Ma en riant. On ne s’y serait pas attendu. À 60 ans, l’ancien enfant prodige est l’un des violoncellistes les plus célèbres au monde, consacré légende depuis longtemps. Il a reçu 18 prix Grammy dans sa carrière. Et comme les musiciens les plus sérieux, il est loin d’avoir l’air sévère.
Son air perpétuellement chaleureux et amusé ne change même pas quand il parle de quelque chose de sérieux, comme quand nous le rencontrons avec le cinéaste Morgan Neville (20 Feet from Stardom) pour parler de The Music of Strangers, documentaire sur le Silk Road Ensemble, collectif composé de musiciens de partout dans le monde, que le violoncelliste a aidé à former en 1998.
Autant pour Ma que pour Neville, le Silk Road Ensemble et le film à son sujet sont nés d’un besoin non seulement de grandir en tant qu’artistes, mais d’utiliser également leur art pour changer le monde. «Comment puis-je utiliser le cinéma pour améliorer les choses? À quel point mon travail est-il utile? Ce sont des problématiques auxquelles je pense en tant que cinéaste, dit Neville. Yo-Yo Ma et moi, nous nous posons des questions similaires au sujet de nous-mêmes.»
Une réponse à ces questions : le film, qui montre des gens de partout dans le monde qui collaborent, pourrait en inspirer d’autres à voir au-delà des différences superficielles, à une époque où la bigoterie et l’isolationnisme sont prônés par un certain candidat présidentiel américain.
«Étant donné le climat actuel, je crois qu’on peut rappeler que les gens peuvent collaborer ensemble s’ils partagent des valeurs, s’ils se respectent mutuellement et s’ils montrent une volonté d’être généreux», explique Ma.
«Une chose à laquelle j’ai pensé depuis qu’on a commencé à montrer le film, c’est à quel point le travail de Yo-Yo est empreint d’empathie, ajoute Neville. Il a toujours essayé d’utiliser la musique pour que les gens deviennent ses amis, plutôt que des étrangers. Les cultures étrangères qui sont démonisées dans les médias, il essaie plutôt de montrer leur humanité. Et c’est exactement ce que nous faisons avec le documentaire – montrer une vie qui semble complètement différente de la nôtre, mais dans laquelle on reconnaît pourtant un côté de nous. Les films et la musique ont ce côté très empathique.»
Mais Yo-Yo Ma comprend que nous vivons à une époque où le monde change extrêmement rapidement. «Peu de gens peuvent suivre le rythme de ces changements», dit-il. Il fait remarquer que même quelque chose comme Uber peut être intimidant : ça crée de nouveaux paradigmes ou modifie dramatiquement, et même réinvente, une industrie. «C’est un changement, une perturbation, ce qui est bon jusqu’à un certain point.»
Mais comment les gens peuvent-ils composer avec le changement? «Certaines personnes craignent le changement. Une réaction, quand on a peur, est de se protéger. On forme alors de petites communautés, on érige des murs, on s’éloigne des autres. Mais l’autre partie de la nature humaine nous pousse à nous ouvrir, à être hospitaliers. Une des choses qu’on a essayé de faire ensemble a été de montrer que l’antidote à la peur est la générosité. Je ne veux pas être trop sentimental, mais l’inverse de la peur, c’est l’amour.»
La mission du Silk Road Ensemble ne se termine pas avec le film. «Nous bâtissons des ponts, pas des murs. C’est aussi simple que ça, dit Yo-Yo Ma. Nous pouvons bien revenir aux murs, mais nous allons alors revenir aux cultures médiévales, quand nous avions des forts et des fossés entre nous. Des pare-feux, virtuels ou réels. Mais si on choisit d’être ouverts et de communiquer, on a alors accès aux forces de tout le monde. Ce qui fera de nous l’une des communautés les plus fortes au monde.»
The Music of Strangers
Au Cinéma du Parc dès vendredi
Projection spéciale en présence d’un quatuor à cordes
vendredi à 18h45