Arts et spectacles

Sur «Aucune promesse», Loud est prêt à partager son trône

Loud
Loud Photo: William Arcand

Le populaire rappeur Loud, qui n’a maintenant plus besoin de présentation, revient avec Aucune promesse, un troisième album en un peu plus de cinq ans.

Tout en continuant de peaufiner son art, Loud revient à ses racines. Ainsi, moins pop que sur ses précédents efforts solos, le son prend une direction qui s’inscrit davantage dans la pure tradition du rap. Certaines pistes n’ont même pas de refrain, ou en arborent un tout simple, privilégiant les plus longs couplets. Les références au rap de la côte est des États-Unis abondent, de Jay-Z à Biggie Smalls, en passant par le Wu-Tang Clan et Rakim. La plume de Loud leur rend hommage, témoignant généreusement de leur influence sur lui.

N’empêche, la formule n’est pas complètement différente non plus. À l’instar de ses deux albums précédents, Aucune promesse est aussi constitué de 10 chansons presque toutes construites de deux couplets chacune, de beats léchés, maîtrisés, mais dont le son est un peu manufacturé. Depuis le début de son aventure en solo, après son périple avec Loud Lary Ajust, Loud s’est avéré un artiste en parfait contrôle; la folie ou l’audace expérimentale ne sont pas sa marque.

Ses thèmes de prédilection reviennent également dans les textes. Loud est au top du rap game québécois. Il le sait, il le dit.

I’m the life of this rap shit, lights camera action
Je passerai pas par quatre chemins, je me déplace plus pour quatre chiffres

Uber Eats Freestyle, Loud

Ses paroles traitent donc, évidemment, comme dans ses précédents opus, de son succès et de la jalousie des autres à son égard.

Y’ont voulu me diss pour raviver leurs carrières
C’est tombé à l’eau pis ça a pas fait de vague

Rien de moins, Loud

Cette infatuation peut devenir lassante. Cela dit, le trip d’ego fait partie des codes du rap, et Loud les maîtrise extrêmement bien. Il sait toujours aussi bien manier les mots, leur insuffler des doubles sens, jouer sur des expressions populaires, pour exprimer originalement des idées classiques, mille fois déjà abordées. Il demeure qu’entendre certaines lignes demeure toujours aussi jubilatoire.

On est heureux cependant lorsqu’il aborde d’autres sujets. Thème cher à l’artiste, mais abordé quand même un peu moins souvent, les souvenirs de jeunesse sont superbement rendus, en rap presque chuchoté, sur l’excellente Peinture à l’huile.

Tous les jours j’punch in, j’punch out d’la shop
J’frappe le pawn shop quand j’suis short entre deux jobs
Les partys duraient deux nuits, mais l’ennui durait des semaines
Le premier beat d’Ajust, il me l’a send sur MSN

Peinture à l’huile, Loud

Sur Win Win, Loud se permet des propos sociopolitiques, un choix inhabituel dans son œuvre, sur le racisme systémique et le privilège blanc.

Quand j’avais 16 ils sont venus me chercher dans le cours d’histoire
Laisse ta feuille de notes, passé les menottes dans le corridor
Longue histoire courte la cour m’a laissé slide
J’étais pas blanc comme neige, mais j’étais blanc comme privilège

Win Win, Loud

Mais là où ce nouvel opus se distingue réellement de ses précédents, c’est par l’introduction des thèmes de l’héritage et de la succession. La première chanson, Provider, et surtout la dernière, Win Win, se démarquent comme les meilleures pistes de l’album.

Sur Provider, Loud offre une ode à sa famille et à ses amis d’enfance, à qui il exprime sa reconnaissance pour avoir contribué à faire de lui l’homme qu’il est aujourd’hui. Il célèbre le fait qu’il est parrain et indique qu’il voudrait faire un aussi bon travail avec ses éventuels futurs enfants que celui que ses parents ont fait avec lui.

Mon père, c’était un provider, ma mère, c’était une provider
Ils m’ont vêtu été comme hiver jusqu’à mes 22
Y m’ont prouvé qu’on pouvait tout faire tant qu’on travaille dur
Si un jour je suis père à mon tour, je pourrais pas faire mieux
Mes sœurs ont mis trois enfants au monde, et ça c’est pas rien
Par chez nous, j’suis comme Pacino, deux fois le parrain

Provider, Loud

Il exprime aussi son intention de signer des rappeurs pour lancer une nouvelle vague et devenir lui-même, comme ses parents, un pourvoyeur, un provider.

Cette idée de passation revient enfin sur Win Win.

Premier arrivé à la ligne d’arrivée tient la porte, let the next one in
Get rich and give back pour moi c’est le win win

Win Win, Loud

En concordance avec cette idée, la pièce est partagée avec le vétéran Imposs, qui a lui-même su ouvrir des portes avant Loud, et finalement avec le jeune rappeur de la relève Raccoon, qui livre le dernier couplet, fermant ainsi magnifiquement la chanson et l’album.

Il y a quelque chose de beau dans cette nouvelle maturité dont fait preuve Loud, et de prometteur pour le rap québécois. Après avoir répété pendant des années qu’il était le meilleur, Loud tend maintenant les bras pour enfin permettre à d’autres d’être au sommet avec lui.

L’album Aucune promesse est disponible sur les plateformes d’écoute.

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