Arts et spectacles

Le Monastère: du cirque sous le regard du p’tit Jésus

Une prestation au Monastère, cabaret de cirque
Une prestation au Monastère, cabaret de cirque Photo: Eva Blue / Courtoisie Le Monastère

Qui a dit que le Bon Dieu n’aime pas les acrobaties? Au Centre St Jax, sur Sainte-Catherine Ouest, on livre la messe le dimanche, mais du lundi au samedi, c’est la compagnie de cirque Le Monastère qui règne en Maître et Seigneur. Métro vous fait visiter les lieux. Amen!

Guillaume Blais et Rosalie Beauchamp, instigateur.trice.s du Monastère, ont l’habitude de débroussailler des endroits hors du commun pour y exercer leur art de prédilection, après avoir installé leurs poutres, trampolines et cerceaux dans des ranchs ou des bars au fil de leur carrière.

Courtoisie Le Monastère

Cet ex-coiffeur (notamment au Cirque du Soleil) et cette ancienne étudiante en danse et sciences pures se sont rencontré.e.s à l’École du cirque de Verdun, à la fin des années 2000, ayant finalement choisi de suivre leur passion pour la haute voltige.

Iels se sont produit.e.s avec les plus grandes troupes, conquis Broadway et foulé des festivals prestigieux en Europe ou au Mexique. Iels s’amusaient, mais le constat les hantait: Montréal a beau être considérée comme une capitale mondiale du cirque, avec son École nationale réputée à travers le globe, ses athlètes et coachs encensé.e.s partout et les renommées de béton bâties par des franchises comme le Cirque du Soleil, le Cirque Éloize ou le Cirque Alfonse, peu d’adresses permettaient aux créateur.trice.s de pratiquer leur métier ici, à la maison. Les cabarets de cirque étaient quasi inexistants dans la métropole.

Courtoisie Le Monastère

Travail de moine

En 2016, le tandem a donc relevé ses manches pour façonner son OBNL, déjà baptisé Le Monastère. En 2018, il investissait le Centre St-Jax (propriété du Diocèse anglican de Montréal) et, en février 2019, un premier spectacle y était présenté.

Une vingtaine de productions y ont été en vedette depuis. Le Monastère génère maintenant de l’emploi pour les acrobates québécois.es, ce pourquoi la communauté circassienne est apparemment très reconnaissante. D’un opus à l’autre, c’est une centaine d’artistes qui oeuvrent au Monastère chaque année.

«On a fait entrer des ingénieurs, et on a adapté l’espace avec le son, l’éclairage et les installations, pour qu’il puisse y avoir des numéros acrobatiques», raconte Guillaume Blais au sujet de son «bureau».

Courtoisie Le Monastère / Crédit Caroline Thibault

«Quand on a choisi le nom Le Monastère, c’est parce qu’on avait vu une église abandonnée, renchérit Rosalie Beauchamp. On se disait que ça serait parfait pour un cabaret, notamment grâce à la hauteur des lieux. Le Monastère réfère aussi à tout le travail de moine des artistes et au fait qu’on travaille en communauté. Dès le départ, les églises nous titillaient…»

En répétition, Guillaume blague souvent qu’il «cherche Jésus» entre deux sauts et contorsions.

Courtoisie Le Monastère

Pique-nique au jardin

Cet été, Le Monastère est occupé par Le Jugement Dernier, une compétition de prouesses physiques (la première à Montréal, semble-t-il) dans le cadre du festival Montréal complètement cirque. Puis, en août, sous l’égide de Fierté Montréal, l’établissement proposera un cabaret LGBT, avec des artistes de la communauté. Le Monastère a aussi un jardin extérieur où se déploient des prestations en formule souper-spectacle ou pique-nique-cirque, le mardi, avec service de bar (et des produits presque totalement québécois), et DJ pour couronner ses événements.

Les pique-nique cirque du Monastère
Courtoisie Le Monastère

«Après le travail, on se retrouve en formule 5 à 7, entre famille, collègues ou amis, et on vient passer une soirée tranquille en regardant des performances extraordinaires, avec des artistes de calibre international», laisse miroiter Rosalie Beauchamp.

Le concept des enchaînements en plein air a été développé pendant la pandémie. Considéré à mi-chemin entre le lieu de culte et la salle de spectacle, le Centre St-Jax a dû, comme d’autres, «se réinventer». Mais l’idée est là pour rester.

«On est conscients que ce projet, maintenant, est pertinent, pandémie ou pas. Parce qu’on veut célébrer avec les passants et que les gens puissent découvrir le cirque spontané», ajoute la dame.

Rosalie Beauchamp et Guillaume Blais, co-créateur.trice.s du Monastère
Courtoisie Le Monastère

«On essaie de créer quelque chose de festif, de rassembleur. Les spectateurs peuvent prendre un verre avec les artistes après les spectacles. C’est une expérience immersive», complète Guillaume Blais.

Et à la télé?

Populariser et démocratiser le cirque : voilà la mission que se donnent Rosalie et Guillaume avec leur cocon, où le comptoir à alcool est constitué de bancs d’église recyclés et où la scène s’érige devant des vitraux, entre deux anges.

Le bar en bancs d’église du Monastère
Courtoisie Le Monastère

Nullement en compétition avec les 7 Doigts et autres Machine de cirque qui se taillent une place à la sueur de leur front, le duo du Monastère aspire au contraire à faire partie d’un écosystème et à mousser la beauté de la discipline auprès de la population. Plus le cirque québécois comptera de porte-étendards, mieux sa santé s’en portera, juge-t-il.

Les deux entrepreneur.e.s mentionnent d’ailleurs que la télévision devrait jouer son rôle et promouvoir davantage l’industrie circassienne.

Courtoisie Le Monastère / Crédit JF Savaria

«Souvent, les gens disent qu’ils vont voir le Cirque du Soleil et ne vont pas voir d’autres spectacles de cirque, regrette Guillaume. Alors que le Québec compte tellement un large éventail de couleurs et de compagnies! On essaie de parler des autres compagnies à travers nos spectacles.»

«Ça devient parfois frustrant que tous les autres arts passent à la télé. À Tout le monde en parle, par exemple, des artistes de tous les milieux vont parler; pour le cirque, une des rares personnes qui est allée, c’est Guy Laliberté. Pourtant, le cirque québécois est aussi extraordinaire que tous les autres arts. À travers le monde, le cirque québécois est même souvent mieux connu qu’au Québec même», déplore Rosalie.

Le Monastère présente le spectacle Le Jugement Dernier jusqu’au 16 juillet, dans le cadre de Montréal complètement cirque. Pour toute la programmation et plus d’informations, on consulte le site officiel du Monastère.

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