Débats

Tous humain face à la COVID

Tribune libre
Jonathan Brisebois-Lépine

Après une soirée entre amis et de beaux échanges animés sur la vie, les différentes réalités propres à chacun, les enjeux du monde moderne, etc., j’ai pris un pas de recul face à la COVID comme je l’avais fait pour aborder tous les sujets évoqués. Ce qui m’a frappé après réflexion, c’est que nous sommes individuellement tellement pris dans notre tête, coincé dans nos cœurs et inflexibles dans nos positions face à cette situation sans précédent que cela génère une fracture de fond dans notre société. Nous oublions parfois, même trop souvent, qu’avant tout, nous sommes tous ensemble, tous humains dans cette crise, qu’on le veuille ou non. 

Être humain, avant toute chose, c’est principalement d’agir selon des réflexes instinctifs développés après des milliers d’années d’évolution. Être humain, c’est craindre une menace, la fuir, la combattre ou bien figer face à celle-ci. C’est ce qui se passe en ce moment même. Certains, par crainte extrême, s’enferment, submergés et figés par l’anxiété générée par le virus, tandis que d’autres préfèrent la fuite en prétendant une conspiration mondiale et, finalement, les autres qui y croit, la combatte à coup de petits gestes quotidiens ou de plus grands quand on pense au personnel hospitalier qui travaille sans relâche. 

Mais, être humain, au-delà d’être un enchevêtrement de neurotransmetteurs qui réagit aux menaces, c’est aussi être empathique, se mettre à la place de l’autre, sortir de son propre point de vue et communiquer dans le but de se comprendre et d’avancer. Être humain, c’est être unique parmi 7 milliards de congénères, c’est avoir son propre bagage, sa propre expérience de vie, ses propres croyances et sa propre vision du monde environnant. Cette unicité engendre des réactions différentes face aux dangers, des opinions divergentes face à l’inconnu. La COVID, c’est le plus grand néant que nous avons à affronter depuis le 11 septembre 2001. Pouvons-nous tenter de comprendre les inquiétudes des uns, les doutes des autres et la rigidité de certains? 

Je comprends tout à fait le découragement du personnels soignants et l’écœurement des familles qui doivent jongler avec les défis logistiques qu’amène la covid, mais je peux également comprendre la suspicion des conspirationnistes et les doutes de ceux pour qui tout n’est pas que blanc ou noir. Selon notre réalité propre, ce qui nous nourrit, ce qui nous anime et ce qui nous entoure et nous influence, ce sont des positions divergentes que les uns et les autres nous adoptons pour conjuguer avec ce mal invisible. 

Tous et chacun, au fond de nous, avons à un moment ou un autre douté, questionné et tempêté contre la covid en se sentant que de simples pions sur un échiquier. Qu’on craigne les mesures d’exceptions en les imaginant continuer à régimenter nos libertés ou bien qu’on pense aux milliards engrangés par les grands gagnants de la pandémie, en passant avec le fait qu’après 18 mois les autorités compétentes nagent encore dans l’incertitude quant au futur, ces réactions sont normales et il ne faut pas les condamner sans chercher à en comprendre les fondements qui les alimentent. 

Nous sommes tous pris dans le même merdier partout sur le globe et la division en camps retranchés ne nous amènera à rien sauf à encore plus de frustrations. On parlait tout récemment de 70% de vaccination pour atteindre l’immunité collective et c’est aujourd’hui rendu 95% qui est exigé. On parlait de 96% d’efficacité pour certains vaccins et aujourd’hui c’est 66% qui est annoncé face au variant delta. Aucune certitude n’existe présentement. Nous naviguons dans le floue et vers l’inconnu. Nous devrons probablement juste apprendre à vivre avec la pandémie, car l’économie ne pourra pas supporter une 4e vague étouffante et, surtout, les gens n’en peuvent plus et la détresse psychologique qu’engendrera cette vague si les gens se voient reconfinées sera incalculable. Le risque zéro n’existe pas, la solution parfaite non plus et, la vérité, nous ne l’avons pas. 

Au final, pouvons-nous tenter de réels échanges en s’ouvrant quant à nos peurs, nos inquiétudes et nos doutes, car, au fond, nous avons tous peur. Peur des restrictions, peur de la maladie, peur de l’incertitude et peur que plus rien ne soit jamais comme avant. Bref, nous sommes simplement tous humains face à la COVID.

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