Débats

Dons alimentaires: on mange ce que les épiceries veulent qu’on mange

Inflation des prix
Inflation des prix. Photo: Istock
Simon Ambeault, directeur général Carrefour populaire Saint-Michel

LETTRE OUVERTE – C’est la journée de répartition des dons alimentaires au Carrefour populaire Saint-Michel. Six bénévoles s’affairent à transférer les aliments reçus de Moisson Montréal dans des paniers préparés à l’avance pour les personnes à faible revenu, nombreuses, qui fréquentent à chaque semaine cet organisme communautaire d’un quartier parmi les plus pauvres de Montréal.

«On ne mange plus ce qu’on veut manger, on mange ce que les épiceries veulent que l’on mange». C’est ainsi qu’un retraité de 75 ans exprime ce que tous vivent présentement. De fait, suite à l’augmentation sans précédent des pris des aliments, les gens courent les rabais offerts par les grandes chaines d’alimentation. Cet homme n’a plus le choix. Avec sa pension de 24 000$ par année non indexée, il fait du bénévolat dans plusieurs organismes et se nourrit de don alimentaire et des denrées à rabais que lui offre le groupe d’achats collectifs de l’organisme. Pour compléter au super marché son panier alimentaire, il n’achète que la viande en spécial (viande hachée grasse, poulet et parfois du porc). Fini le steak! Les légumes et les fruits? Fini les frais, seulement les congelées qui coûtent moins cher. Et encore, en petite quantité.

Une autre bénévole, immigrée d’Amérique centrale, ajoute qu’avec ses deux enfants de 5 et 7 ans et son mari qui travaille depuis 6 mois seulement, ils n’arrivent plus. Pourtant, elle travaille elle aussi à 16$/hre, mais seulement 3 fois par semaine. Après les dons alimentaires qu’elle reçoit et les achats à rabais de l’organisme, son épicerie continue de lui coûter 50$ de plus qu’il y a 3 mois à peine. À 8$ le 3 litres de lait, elle n’en boit plus pour le laisser à ses enfants. La viande hachée seulement en spécial et les poissons une fois par semaine, eux qui étaient habitués à en prendre régulièrement dans leur pays d’origine. Elle aussi a cessé d’acheter les fruits et légumes frais pour se rabattre sur les denrées congelées.

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Une employée du Carrefour populaire St-Michel souligne que 30% des personnes qui reçoivent de l’aide sont des gens qui ont un emploi mais ça ne suffit pas. Les autres, surtout des personnes âgées, ont drastiquement éliminé la viande rouge pour se nourrir de poulet. Elles aussi se rabattent sur les congelées. Elles coupent dans les vêtements en étirant ceux qu’elles portent, usés. Les rares sorties qu’elles avaient sont un lointain souvenir. Elles vivotent;  elles ne vivent plus comme avant.

Pour ces gens que nous accueillons chaque jour, l’augmentation affolante des prix des aliments ne peut plus durer. Ils paniquent quand on leur dit que les experts nous prédisent des hausses de prix régulières pour les deux prochaines années. L’intervention de l’État pour freiner cette inflation alimentaire n’est plus une hypothèse, mais une nécessité pour eux. Ils ne voient pas qui d’autre pourrait remettre de l’ordre dans cette arnaque à grande échelle qui ne profite qu’aux mieux nantis.

«Nous, les groupes communautaires en sécurité alimentaire, on fait déjà notre gros possible avec les maigres ressources que nous octroie au compte-goutte l’État» conclue Kathleen, la responsable des dépannages et des achats alimentaires du Carrefour. «Face à un tel problème de société, il faut des solutions de société».

Seul le gouvernement a les pouvoirs pour renverser la vapeur avant que la pression ne devienne incontrôlable. D’autres pays ont eu le courage de mettre au pas ces abuseurs de leur position névralgique que sont les opérateurs de ce système alimentaire dominant. Notre gouvernement mettra-t-il bientôt ses culottes pour assumer son rôle, soit gouverner pour le bien de tous ses citoyens?

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