En quête de laïcité
Le Québec en quête de laïcité : j’emprunte ce titre à un ouvrage collectif publié aux éditions Écosociété en 2011, quelque temps après la polémique des accommodements raisonnables et la parution du rapport de la Commission Bouchard-Taylor.
Ce petit livre exprime très bien la nature du débat sur la laïcité au Québec. Les uns, comme le philosophe Daniel Weinstock, prônent une laïcité «ouverte», et les autres, comme l’éminent sociologue Guy Rocher, une laïcité plus stricte.
Mais si les modalités nous divisent, le principe de la neutralité de l’État à l’égard des religions, lui, fait consensus.
C’est une idée qui nous unit. C’est une des caractéristiques de la société québécoise. Nous ne voulons pas que l’État se mêle de religion et encore moins que les religions se mêlent des affaires du gouvernement.
Malgré ce consensus, le principe de la laïcité de nos institutions publiques n’est affirmé dans aucune loi ni aucune charte. En fait, c’est le contraire qui est vrai puisque «la suprématie de Dieu» est l’un des principes inscrits dans la Constitution canadienne.
Cette quête de laïcité remonte à plusieurs décennies déjà. Le parcours est facile à établir depuis l’étatisation des systèmes éducatif et hospitalier autrefois dirigés par des congrégations religieuses, jusqu’à la déconfessionnalisation du système scolaire.
La laïcité de l’État reste un chantier inachevé. D’ailleurs, la Commission Bouchard-Taylor recommandait que le gouvernement ouvre un débat sur la définition de la laïcité en publiant un livre blanc qui aurait pu conduire à des changements législatifs.
Le projet du gouvernement actuel de faire adopter une «charte des valeurs québécoises», qui viendrait circonscrire la laïcité au Québec, s’inscrit dans cette même logique. C’est un projet légitime. Le sujet mérite qu’on s’y arrête et je m’étonne de la férocité des propos qui sont échangés à son sujet. Nous aurions pourtant intérêt à aborder la question avec plus de sérénité.
Il semble que le droit des employés de l’État de porter ou non des signes religieux (une croix au cou, un foulard, une kippa, un turban) soit l’objet du litige. La question se pose. On peut avoir une discussion rationnelle à ce sujet même s’il n’est jamais facile de réconcilier les libertés individuelles avec les volontés collectives. Mais les enjeux sont importants puisqu’il est question de liberté, d’égalité et d’identité. Alors, donnons-nous le droit d’en discuter.