Tintin à l'université
En plein cÅ“ur de l’Outaouais, les bédéistes jouissent d’une réputation qui rend verts de jalousie leurs collègues du reste du Québec. Tout ça parce que l’Université du Québec en Outaouais (UQO) dispense depuis plusieurs années une majeure, une mineure et un certificat en bande dessinée.
Ces diplômes uniques au Québec et font beaucoup jaser. «Bien des personnes s’interrogent sur la pertinence d’enseigner la bande dessinée, lance tout de go Mario Beaulac, professeur de bande dessinée à l’École multidisciplinaire de l’image (EMI) de l’UQO. Pourtant, en Europe on retrouve des instituts qui s’y consacrent.»
Pour Julien Paré-Sorel, étudiant de troisième année à l’EMI, il n’y a pas de raison de ne pas enseigner le 9e art. «Il y a des aspects qu’on connaît peu ou mal et la formation nous permet de mieux les maîtriser», explique-t-il.
En plus de développer une réflexion sur la bande dessinée, les étudiants expérimentent différentes formes de récits et de graphisme. Ce qui leur permet d’acquérir les compétences pour Å“uvrer dans le domaine de l’animation, de l’illustration et du jeu vidéo.
Élargir les horizons
Le programme de l’UQO ne s’arrête pas qu’à la bande dessinée. Il tient aussi compte de la réalité du marché québécois en offrant des cours touchant à l’édition et la diffusion de la bande dessinée. «Les bédéistes publient souvent eux-mêmes leurs récits, souligne M. Beaulac. Ils doivent donc connaître les règles de l’édition.»
D’ailleurs, chaque année, les finissants s’impliquent dans la conception, la réalisation et la distribution du Scribe et du Plan B, des recueils regroupant certaines de leurs planches. Une stratégie qui leur permet de mettre en pratique toutes les notions acquises durant leur formation. Cette expérience a ainsi incité d’anciens étudiants à fonder Premières lignes, une maison d’édition spécialisée dans la bande dessinée.
Par-dessus tout, c’est l’ambiance créative qui marque les étudiants. «Pendant trois ans, on vit ensemble, on fait de la bd et on parle bd, c’est motivant et formateur, estime M. Paré-Sorel. Jamais je ne pourrais revivre une expérience de bd aussi intense.»