Des étudiants dans l'eau chaude
Quand ils ne sont pas en classe, les étudiants en profitent, à l’occasion de leurs pauses au travail, pour avancer leurs lectures ou leurs travaux. Mais leur salaire ne suffit souvent pas à assumer les coûts de leurs études postsecondaires. Ils se fatiguent, deviennent frustrés et chaque jour, le gouffre financier se creuse sous leurs pieds.
Ce n’est pas là une très belle image, mais c’est uneréalité avec laquelle plusieurs doivent composer. Aller à l’école est une occupation à temps plein qui est dispendieuse, et les étudiants n’ont parfois pas les fonds ou l’énergie pour persévérer. Il ne faut néanmoins pas se décourager. Il existe des moyens d’éviter d’être «dans le rouge».
Pour commencer, il faut apporter quelques changements à ses habitudes de consommation, conseille Myron Knodel, planificateur financier au Groupe Investors. Sortir moins les samedis soirs signifie plus d’argent dans les poches. Déclarer une faillite personnelle est aussi une option, mais ne devrait être considéré qu’en dernier recours, puisque cela affecte la cote de crédit et n’efface pas nécessairement les prêts étudiants.
La consolidation de dettes, à un taux d’intérêt inférieur, est également une solution de rechange, tout comme la renégociation de son plan de paiement. «Vous pouvez
toujours renégocier avec les créanciers, mais le succès de cette démarche dépend de qui ils sont, précise M. Knodel. Votre famille, par exemple, pourrait être plus encline à vous aider. Et même vos autres créanciers pourraient être flexibles en ce qui a trait aux taux et à la manière de rembourser le prêt.»
Assez, c’est assez
Combien de temps un étudiant affamé et épuisé peut-il se serrer la ceinture? Pour Katherine Giroux-Bougard, présidente de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants, la situation des étudiants n’est pas vraiment en voie de s’améliorer, alors que les plus démunis doivent même s’adresser à des banques alimentaires pour manger.
«Nous entendons parler de beaucoup d’étudiants qui ont des problèmes, explique-t-elle. Certains occupent deux ou trois emplois pour boucler leurs fins de mois, avec pour résultat qu’il leur est difficile de concilier travail et études. Mais il n’y a pas d’autre option. Non seulement les droits de scolarité augmentent, mais nous devons aussi payer pour des choses qui étaient autrefois gratuites, comme les copies, les cartes étudiantes, etc.»
Il est toujours possible de se tourner vers le bureau d’aide financière de son institution. Plusieurs établissements offrent des bourses et des fonds d’urgence, mais impossible d’en attribuer à tous ceux qui en font la demande.
Des causes
Qui faut-il blâmer? Le manque de fonds public n’est pas en cause, estime Hugh Mackenzie, chercheur au Canadian Centre for Policy Alternatives.
Citant le rapport du libéral Bob Rae sur l’éducation postsecondaire en Ontario, complété en 2005, M. Mackenzie confirme que 31 % des étudiants proviennent des familles les plus aisées, alors que 21 % sont issus des ménages au revenu le moins élevé. Cependant, les mieux nantis paient 47 % des sommes destinées à l’éducation, comparé à 8 % pour les plus pauvres, soutenant la thèse du transfert de fonds.
Selon lui, la régression et les privations sont plutôt causées par l’augmentation des droits de scolarité et par des subventions ciblées, et ce sont surtout les gens issus de la classe moyenne qui écopent. Invariablement, ces étudiants paient sans recevoir de bénéfices. Résultat? Ce groupe est confronté à une barrière financière pour atteindre les études postsecondaires.
Hugh Mackenzie a écrit dans un rapport daté d’avril 2007 : «Seul le complaisant se console… dans le fait que la participation à l’éducation postsecondaire n’a pas diminué dans une décennie de hausses des droits de scolarité… Comme si ne pas les diminuer était acceptable dans une économie où les seuls emplois en croissance sont ceux qui demandent un diplôme postsecondaire.»
«En faire plus, c’est aussi reconnaître l’évidence : cette augmentation régulière des droits de scolarité diminue l’accessibilité pour les étudiants à faibles revenus ou ceux de la classe moyenne et a contribué matériellement à l’augmentation des dettes des diplômés.»