Formation et emplois

Être fille d'immigrants

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal, des portraits de personnes immigrantes qui ont réussi à s’intégrer dans leur milieu de travail.

Native de Mont­réal, Daphnée-Alexandra Louis a grandi à Anjou, où ses parents se sont installés après leur départ d’Haïti dans les années 1970. Noire au milieu des Blancs, et seule fille au milieu de trois garçons, elle croit qu’elle a ainsi appris la souplesse et l’art du compromis. «Je ne sais pas si c’est en raison de ma personnalité, mais je ne me suis jamais sentie très différente des autres.» Comme beaucoup de fillettes de son âge, Daphnée-Alex­andra a longtemps fait du patinage artistique. C’est donc tout naturellement qu’elle a trouvé son premier emploi dans ce domaine. Elle a enseigné le patin, avant d’opter pour l’animation en camp de jour, puis pour la restauration rapide.

Douée pour les langues, elle a perfectionné son anglais, appris un peu d’italien, ainsi qu’une base de créole. C’est d’ailleurs son seul regret : de s’être si bien intégrée à son pays natal qu’elle en a perdu la langue de ses ancêtres et de sa famille. «Nos parents nous ont toujours parlé en français, alors je ne pouvais jamais pratiquer! »

Au moment de choisir une profession, elle s’est tournée vers la traduction. Profession qu’elle a exercée, dans le milieu audiovisuel, pendant cinq ans, avant de faire un virage à 180 degrés. «J’avais l’impression d’avoir atteint certaines limites dans ce milieu, que je ne pouvais pas aller plus loin et qu’il me fallait faire autre chose.»

Changement de cap

Lorsqu’elle a eu vent que la Société de transport de Montréal (STM) cherchait des chauffeurs d’autobus, elle a décidé de faire le saut sur un coup de tête, sans trop d’attentes… et ça a fonctionné. Elle a passé avec succès l’entrevue, tous les tests et, en dernier lieu, le permis de classe 2 pour les véhicules lourds. «Pour moi, c’était tout un accomplissement! Avant, je conduisais une voiture, mais je ne connaissais pas grand-chose à la mécanique, et conduire un autobus, c’est bien autre chose qu’une petite automobile. »

Chauffeuse pendant trois ans, elle appréciait beaucoup ce travail. C’était un retour au service à la clientèle, comme l’avaient habitué ses premiers emplois. De plus, il n’y avait plus de stress de performance ou de «deadlines» à respecter comme en traduction. Toutefois, l’envie du défi est revenue avec le temps. Elle a donc postulé pour un poste de chef d’opération et elle adore son nouveau boulot. «Ça bouge tout le temps. Il y a constamment de nouveaux problèmes à résoudre. J’aime être dans le feu de l’action.»

Au travail comme ailleurs, elle n’a jamais ressenti de préjugés à son égard en raison de la couleur de sa peau. Du moins rarement, dit-elle. Et bien qu’elle aimerait transmettre à son jeune fils la culture haïtienne qui fait partie de ses racines, cette fille d’immigrants se sent totalement ancrée dans la culture d’ici.

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