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Beyrouth-Abidjan-Montréal, parcours d'un immigrant

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits de personnes immigrantes qui ont réussi à s’intégrer dans leur milieu de travail. Entretien avec Fadi El Cheik.

Sa première expérience d’immigration, Fadi l’a vécue en 1974 à l’âge de 10 ans en partant du Liban avec sa famille pour aller vivre avec son père, commerçant, en Côte-d’Ivoire. En juin 2007, c’est de son propre chef qu’il a posé les pieds sur le sol canadien. Si la première expérience a été dure pour le gamin qu’il était, la seconde a été pour lui un soulagement. «Quand j’ai enfin eu mes papiers, ç’a été une fête pour moi. On m’ouvrait les portes du paradis.»

Abidjan est devenu particulièrement violent en 2004, à la suite d’un coup d’État. La peur de se faire agresser et la corruption ont eu raison de Fadi, qui a décidé cette année-là de tout quitter avec sa femme et ses deux enfants, des pré-adolescents à l’époque. «J’étais attaché à mon pays, mais je ne pouvais plus vivre comme ça, dans la crainte. J’en avais des brûlures d’estomac.»

Le processus a été long et ce n’est que trois ans plus tard, et après de longues démarches auprès de différentes instances, qu’il a enfin obtenu le droit de venir vivre à Montréal avec sa famille. Ses parents étaient déjà devenus cito­yens canadiens, ainsi que sa belle-sÅ“ur, qui les a aidés à se trouver un logement.

Montréal était une incconue pour Fadi, mais il avait déjà vécu à Lafayette, en Louisiane, pendant quatre ans, le temps de faire des études d’un an en informatique («pour faire plaisir à mon père») et de trois ans en arts visuels. Retourné en Côte-d’Ivoire après ses études, il a d’abord aidé son père quelques années dans son commerce avant de travailler comme gérant et chef de vente dans une quincaillerie. Une fois au Québec, Fadi a mis seulement un mois à se trouver du travail dans ce domaine, décrochant un poste de conseiller à la clientèle chez Réno-Dépôt.

«Au début, c’était dur, je paniquais un peu parfois, car je ne comprenais pas tous les termes que les clients employaient! Heureusement, on a une bonne équipe ici. Mes collègues sont très serviables et n’hésitaient jamais à m’aider quand j’avais des questions.» Modeste, il oubliait aussi de nous parler de son titre d’employé de l’année lorsque Métro l’a rencontré… C’est une collègue qui l’a dénoncé!

Laisser les souvenirs derrière
Fadi et sa famille ont dû laissé beaucoup de choses derrière eux en partant -souvenirs, photos, chien de la famille – et ont dû s’adapter au climat et réapprendre beaucoup de choses. Même obtenir un permis de conduire ici, bien que Fadi conduisait depuis 20 ans, n’a pas été facile. Pourtant, aucune trace de regret. «Je suis quelqu’un qui s’adapte assez vite. Je n’ai pas peur de partir à l’aventure. Ce que je recher­che avant tout, c’est vivre dans un pays où il y a des droits. S’il y a un problème, tu peux en parler et trouver des solutions.»

Il semble avoir trouvé ce qu’il voulait ici. Il fait maintenant tous les jours le trajet Ville Saint-Laurent-Ahuntsic à bicyclette pour se rendre au boulot. Sa femme s’est aussi trouvée un travail comme aide-éducatrice. Ils ont récemment acheté et rénové une maison et ne songent absolument pas à repartir.

L’émission Tam-Tam Canada de Radio Canada International a produit une version radio de ce reportage. Réalisé par le journaliste Adrien Lachance, ce reportage est disponible sur le site de l’émission au www.rcinet.ca/francais.

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