Formation et emplois

Faut-il être obsédé par la performance dans ses études?

Staff - Journal Forum de l'Université de Montréal

Faut-il être «obsédé» par la performance dans ses études? Non, semble dire Daniel Moisan, psychologue et coordonnateur au Centre de santé et de consultation psychologique (CSCP) de l’Université de Montréal. «La recherche de l’excellence est saine, comme le désir de bien réussir ses examens est tout à fait légitime, affirme M. Moisan. D’ailleurs, nous aidons les étudiants à améliorer leurs méthodes de travail afin qu’ils augmentent leurs résultats. Il semble toutefois que l’objectif de formation de plusieurs étudiants soit presque exclusivement centré sur l’obtention de bonnes notes.» 

Loin de nier l’importance des bons résultats scolaires, Daniel Moisan prône plutôt la recherche d’un équilibre entre études, loisirs et travail. Selon lui, la vie des étudiants devrait davantage se fonder sur cet équilibre, qui procure le bien-être et permet, de toute manière, de mieux
étudier. L’obsession des bonnes notes est cependant une réalité sur les campus. «De nos jours, les jeunes sont poussés par une société qui valorise la réussite», explique le psychologue.

Élevés dans un système scolaire qui met l’accent sur les notes, ils sont obligés d’être compétitifs pour obtenir des bourses ou accéder à des programmes contingentés. D’autres ont une personnalité qui leur fait considérer les notes comme des indices de leur valeur personnelle. Pour certains, mê­me une série de A+ ne parvient pas à dissiper les doutes relatifs à leurs capacités, et la peur de l’échec reste omniprésente chez eux. Plusieurs étudiants se voient dès lors dans l’obligation d’avoir de bonnes notes. «Lorsque les objectifs liés à des résultats scolaires élevés prennent une place démesurée et remplacent la compétence comme finalité de la formation, il y a un problème», d’après M. Moisan.

À son avis, cette valorisation abusive des résultats provoque souvent chez les étudiants de l’anxiété et de la déception. D’où la raison pour laquelle les experts privilégient le terme «anxiété de performance» plutôt qu’«ob­session de la performance». «En psychologie, l’obsession est associée à un trouble psychologique comme les troubles obsessionnels compulsifs, précise sa collègue Isabelle Tétreault, aussi psychologue au CSCP. Ce n’est pas le cas pour les étudiants qui manifestent de l’anxiété de performance.»

Depuis 2000 Mme Tréteault reçoit des étudiants de l’Université en consultation. «Plusieurs viennent nous consulter parce qu’ils sont épuisés. D’autres sont très anxieux. Tenaillés par le perfectionnisme excessif, ils veulent en quelque sorte trop bien faire. L’anxiété les amène parfois à faire de la procrastination et, en fin de compte, à ne pas pouvoir répondre aux exigences des professeurs», explique Isabelle Tétreault.

Il importe, aux dires de la psychologue, de se fixer des objectifs réalistes afin de ne pas laisser s’installer un «perfectionnisme malsain», lequel risque d’entraver le plaisir rattaché à l’apprentissage. «Les objectifs ambitieux de performance engendrent souvent du stress au lieu de libérer la passion et l’énergie créatrice, car ils ciblent le résultat final, sur lequel on n’a pas toujours le plein contrôle, ajoute Daniel Moisan. La recherche exclusive de bons résultats scolaires peut favoriser l’acquisition de connaissances au détriment, souvent, du développement d’autres compétences, comme le savoir-faire et le savoir-être. La performance a son importance, mais ce sont de leurs compétences dont les étudiants auront à se servir durant leur carrière.»

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