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Michel Vézina, un éditeur à coups de cÅ“ur

Éditeur n’est pas un métier qui s’apprend à l’école. Lecteur avant tout, il partage son quotidien entre discussions littéraires et argumentaires de vente. Portrait du jeune éditeur Michel Vézina, pour qui les éditions Coups de tête existent avant tout pour permettre aux auteurs de pousser un cri.

À entendre Michel Vézina, on publie un livre comme on sonne la charge : après s’être préparé au combat, après avoir affûté ses arguments et travaillé un texte au corps pour qu’il puisse prêter le flanc à toutes les attaques. Avant de lancer ces coups de gueule, ces coups de poing «qui font mal» sur la place publique, le fondateur des éditions Coups de tête se charge en munitions auprès de l’auteur, au fil de discussions sur le fond de son travail, sur ses intentions.

«Pour pouvoir défendre un livre, il faut que je le sente inattaquable, explique-t-il. Une fois qu’il y a consensus avec l’auteur, je suis capable de le défendre bec et ongles. Quelqu’un qui s’attaque à l’un de mes auteurs n’est pas sorti de l’auberge!» C’est avec cet esprit de «chef de meute» que Michel Vézina aborde son métier de dénicheur de voix. Un métier pour lequel la qualité première est de savoir lire pour «déceler les forces et les faiblesses d’un texte et aider l’auteur à se dépasser.» Après cela, il faut encore décider d’une couverture attirante pour l’Å“il, d’un texte accrocheur en «C4» (comprendre quatrième de couverture), car la simple signature visuelle de la maison ne suffit pas.

Ici commence la partie commerciale du métier, où l’on cesse de parler de littérature pour se pencher sur des «stratégies de mise en marché» qui donneront envie aux libraires et aux médias de feuilleter le petit dernier. En l’occurrence, au moment de cette entrevue, le «petit dernier» n’avait pas besoin d’un gros coup de pouce. Lors de sa séance de dédicaces du Salon du livre de Montréal, il y a quelques semaines, Pa­trick Senécal a vu défiler une longue file d’admirateurs venus attendre qu’il pose sa griffe sur leur exemplaire de Contre Dieu.

Que le romancier à succès ait choisi de se faire publier chez Michel Vézina est un beau coup pour la jeune maison d’édition, qui, livre après livre, se crée depuis trois ans un répertoire d’auteurs «étiquetés» Coups de tête, comme Laurent Chabin, Sylvain Houde ou Dynah Psyché. Les lecteurs, eux, commencent à identifier et à apprécier la maison pour son style «punché», énergique. «Lorsqu’il a fallu définir l’univers de la maison, explique celui qui a été clown des Bérurier Noir, j’ai cherché comment la littérature pouvait retranscrire le «cri» du rock. C’est facile de crier avec un ampli et une guitare électrique. En art, il y a Francis Bacon qui reproduit «l’énergie du cri». Mais en littérature? La création de Coups de tête répond à cette envie.»

Alors, quand on lui présente un manuscrit, c’est ce que l’éditeur et le lecteur en lui recherchent avant tout. Des auteurs qui poussent ce cri, avec leur voix, leur timbre, leur rythme. Michel Vézina, lui, reste simplement à l’écoute.

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