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La nouvelle intelligence

Michael Freidson - Metro World News

Le monde est de plus en plus bête. Du moins peut-on en avoir l’impression. Une personne peut traverser la journée – et même obtenir du succès et devenir riche – en entretenant moins de pensées profondes que jamais auparavant.

Les logiciels de messagerie corrigent les fautes de frappe, de sorte que nous n’avons plus besoin de connaître l’orthographe. L’internet a rendu l’information massivement accessible. Et, de manière générale, nous sommes tout simplement moins critiques à l’égard de tout et, dans ces temps troublés, n’aspirons qu’à fuir la réalité.

De quoi les enfants auront-ils besoin pour tirer leur épingle du jeu dans un tel monde? Auront-ils besoin d’être «intelligents» ou simplement futés? Est-ce que l’intelligence – qui se mesurait auparavant au nombre de classiques qu’on avait lus ou à l’inclination qu’on pouvait avoir pour les chiffres – a besoin d’être redéfinie?

Les enfants face au monde réel
Sue Palmer, ancienne directrice d’école et auteure de Toxic Childhood, un livre portant sur la manière dont le monde moderne affecte (et infecte) les enfants, a réfléchi à la question et trouvé la réponse dans le rapport que les enfants en­tretiennent avec la technologie et eux-mêmes.

«On peut être enclin à considérer un enfant comme étant « intelligent » s’il parvient à faire la différence entre le monde réel et le monde en ligne, déclare-t-elle. Ce qui suppose qu’il dispose du concept de réalité, qu’on intègre au cours de l’enfance et qui implique l’interaction avec des gens et des choses réels.»

«L’enfant intelligent, résume-t-elle, est celui qui est capable de maîtriser la technologie plutôt que d’être régi par cette dernière.»

Pour cela, un enfant doit se considérer comme un individu à part entière, mais qui fait aussi partie d’un ensemble plus grand : la société. Cela peut être difficile quand «l’enfant suit les plus récentes tendances sans réellement réfléchir à ce qu’il fait», affirme Palmer. «Nous sommes des animaux sociaux, mais, et c’est Socrate qui le dit : « Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue »», ajoute-t-elle.

Dan Siegel abonde dans ce sens. Son dernier livre, The Whole-Brain Child, qui insiste sur l’importance de favoriser le développement de l’intelligence émotionnelle chez les enfants, est déjà un succès en librairie aux États-Unis. En tant que neuropsychiatre, il a élaboré ce qu’il appelle The Wheel of Awareness (La roue de la conscience), un outil de méditation centré sur les perceptions (DrDanSiegel. com). Bien que trop complexe pour des enfants de cinq ans, cet outil – ou une approche similaire – permettrait à la prochaine génération de s’assumer davantage, espère-t-il.

Et qu’en est-il des livres?

Voici donc pour la cons­cience émotionnelle : ma-nifestement importante, elle sera peut-être «l’intelligence» du futur. Il reste, néanmoins, que l’école conserve son importance. Bien que Moby Dick ne puis­se faire l’objet de nombreu­ses applications concrètes, lire ce roman aide à développer des idées et à penser de manière créative.

Étrangement, ces temps-ci, du moins aux États-Unis, les écoles s’attardent moins sur la pensée que sur les résultats, au détriment de l’apprentissage en tant que tel. «Dans l’ensemble, les écoles ont été des endroits peu sympathiques, déclare Sue Palmer. On y enseigne de manière fonctionnelle simplement pour que les étudiants passent leurs examens – chacun estime y avoir droit alors qu’au fond, personne n’apprend rien.»

«Ça, c’est le blâme mais, pour moi, l’essentiel n’est pas là, l’essentiel porte sur la responsabilité», rétorque Jane Foley, responsable des Milken Educator Awards. Cette dernière décerne des récompenses en argent à des professeurs en fonction de la «croissance des réalisations de l’élève» et de «mesures quantitatives», comprenant notamment les résultats scolaires, mais aussi les «effets de valeur ajoutée», relatifs à la pédagogie des enseignants et aux plans de cours.

«Ce n’est pas se fourvoyer que de regarder avec attention si les professeurs et les directeurs se montrent responsables à l’égard de la croissance de leurs élèves. Nous tentons d’améliorer ce système en combinant divers éléments : le cheminement de carrière des professeurs, la responsabilité, le développement professionnel, etc.»

Mme Foley ajoute que la définition de l’intelligence change constamment (voir entrevue ci-dessus). Mais les trois experts s’entendent sur une chose, que résume Sue Palmer : «Je recommande que l’apprentissage se fasse par la lecture. On a de meilleures idées en lisant qu’en regardant des images.»

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