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Sacrifier une carrière pour mieux vivre

Quand Sylvianne Fleury a laissé de côté son travail de greffière dans les années 1990, c’était pour mieux s’occuper de sa petite dernière. Des années plus tard, elle reprend son poste, mais l’abandonne définitivement au bout de six mois?: le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Aujourd’hui, Sylvianne est éducatrice en CPE et, malgré un salaire considérablement moindre, elle n’a aucun regret quant à sa dé­cision. «Mes enfants ont grandi et, même si l’idée de retourner à mon ancienne carrière m’a frôlé l’esprit un moment, je préfère de loin ce que je fais aujourd’hui. D’autant plus que la qualité de vie est incomparable!»

Elle n’est pas la seule à effectuer un changement draconien pour améliorer sa qualité de vie. Madeleine Fortier, conseillère en transition de carrière depuis 20 ans, ne s’étonne pas de voir des gens «baisser leur niveau» professionnel pour mieux cadrer avec leurs besoins personnels.

«Cela fait longtemps que le phénomène existe, parce que les gens ne se connaissent pas. La qualité de vie prend de plus en plus d’importance et les gens se remettent en question.»

Si les femmes sont souvent les premières à faire ces choix pour concilier travail et fa­mille, elles ne sont pas les seules à tendre vers cette voie. «Ça commence à titiller les hommes aussi», af­firme Madeleine Fortier.

«J’ai eu un cadre de production dans une usine qui a préféré retourner sur le plancher pour être avec « les gars » et vivre moins de stress.»

Pour Marie White, une maternité tardive et le stress ont grandement joué dans sa réorientation professionnelle. Initialement secrétaire, elle entame ses études de droit à l’âge de 30 ans. Puis, après dix ans de pratique privée en notariat, elle décide de retourner à un poste d’adjointe juridique avant de se stabiliser comme parajuriste.

Bien qu’elle soit encore inscrite au tableau de l’Ordre de la Chambre des notai­res, elle ne compte pas retourner à la pratique privée : « Il fallait mettre 60-70 heures semaine, sans compter le volet développement d’affaires qui ne m’était pas naturel. Tous ne sont pas faits pour être travailleurs autonomes.»

L’entourage ne comprend pas toujours ces choix, affirme Sylvianne Fleury. «Avec ma toge, le prestige était plus grand. Le regard des gens peut être différent lorsqu’on considère que je suis passée de greffière à « gardienne d’enfants ».» Marie White a d’ailleurs une philosophie qui exprime sa vision des cho­ses?: «On passe tellement de temps au travail qu’il faut une source de plaisir!»

Merci, génération Y!
La nouvelle génération de travailleurs, communément appelés les Y, a contribué à mettre de l’avant l’importance de la qualité de vie : «Depuis que les jeunes ont commencé à exiger des accommodements et à prioriser leur vie personnelle, les questions ont émergé et le sujet a refait surface», note Madeleine Fortier.

Pour eux, pas question d’occuper un poste qui les privera d’une vie sociale ou familiale et qui leur imposera un fardeau de stress excessif. Si certains critiquent l’attitude des Y, l’experte en gestion de carrière croit pour sa part qu’il s’agit généralement d’une bonne attitude, qui aura pour effet de créer un effet de nivellement par le haut, les employeurs voulant garder les bons employés.


Posez-vous des questions

Madeleine Fortier, experte en gestion de carrière, propose certaines ques­tions qu’il vaut mieux se poser avant de plonger dans un projet professionnel ou encore avant d’en­tamer des études universitaires, histoire de concilier ambition et qualité de vie.

  • Est-ce que je connais une personne qui occupe cet emploi? Depuis combien de temps? Il peut être utile de contacter une personne dans le milieu afin de jauger les tâches et le style de vie qui incombent au poste.
  • Que suis-je prêt à sacrifier pour évoluer professionnellement? Puis-je cumuler toutes mes activités en même temps sans ressentir un fardeau excessif de stress, de frustration ou de culpabilité?
  • Mon emploi me permet-il d’utiliser mes talents/aptitudes? Est-ce que je me sens compétent et fier d’occuper ce poste? Ai-je accompli des réalisations intéressantes?
  • Qu’est-ce qui me motive à occuper cet emploi? Est-ce le salaire? L’horaire flexible? Les possibilités d’avance­ment? Les collègues de travail? Le prestige social?

Évidemment, il convient par­fois de sacrifier un aspect pour combler des aspira­tions plus impor­tantes, d’où l’intérêt de bien se con­naître et définir ses priorités. Il n’est pas nécessaire d’at­tendre un licenciement ou un épuisement profes­sionnel pour se remettre en question! 

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