Entre précarité et opportunités
Si les futurs diplômés en enseignement trouvent un emploi au sortir de l’université, ils doivent s’attendre à affronter une dure période de précarité.
«On remarque que les étudiants trouvent beaucoup de contrats d’emploi de courte durée, souvent de moins d’un an», observe la vice-doyenne aux études de premier cycle à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, Pascale Lefrançois. Comme ces contrats sont synonymes de classes plus exigeantes ou de suppléance (donc d’horaires irréguliers), les diplômés doivent composer au début de leur carrière avec une certaine précarité d’emploi.
Tous ne sont pas préparés à affronter des conditions difficiles. Tant au primaire qu’au secondaire, plus de 20 % des diplômés dans le domaine de l’enseignement se réorientent au cours des cinq premières années, souligne Mme Lefrançois. «Certains veulent de meilleures conditions alors que d’autres se rendent tout simplement compte que le domaine ne leur convient pas. Or, ce roulement de personnel et la facilité à décrocher des contrats nous indiquent qu’il y a bel et bien des ouvertures en éducation actuellement.»
C’est le même constat qui prévaut dans les études gouvernementales sur les perspectives d’emploi dans le domaine. Bien que les données d’Emploi Avenir Québec fassent état d’une «excellente situation sur le marché du travail des diplômés du baccalauréat en enseignement», elles révèlent aussi que le revenu moyen des nouveaux enseignants est deux fois moins élevé que celui des enseignants à temps plein.
À l’échelle de la province, les besoins varient d’un endroit à l’autre. «Plusieurs régions, dont celle de Matane, en Gaspésie, ont vu des écoles fermer par manque d’effectifs. Dans ce cas, on se retrouve avec un surplus d’enseignants, indique Esther Chouinard, porte-parole du ministère de l’Éducation. Mais depuis quelques années, les écoles se dirigent plutôt vers la diminution du nombre d’élèves par classe. Cela se traduit par la création de nouveaux groupes, par la hausse du nombre d’enseignants et par l’agrandissement de certaines écoles.»
Ces nouvelles méthodes liées à l’implantation de la réforme ont ainsi entraîné une augmentation de la demande dans des spécialités autrefois laissées de côté. C’est le cas notamment de la formation en adaptation scolaire. «Le domaine est en pleine expansion. De plus en plus d’élèves en difficulté sont intégrés aux classes régulières, ce qui augmente les besoins en personnel capable de les accompagner adéquatement», décrit Mme Lefrançois.
«Les besoins dans ce domaine sont si importants à l’heure actuelle qu’ils peuvent mener à un poste à temps plein en un temps record, parfois même en une année», confirme la coordonnatrice au bureau du recrutement à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), France Laurent. Dans la plupart des autres champs d’enseignement, les emplois à contrat et les remplacements sont beaucoup plus courants.
Certains matières traditionnelles représentent néanmoins des valeurs sûres. À la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), on note qu’il y a toujours d’importants manques en sciences et en mathématiques. «Et avec l’introduction en 2011 des cours d’anglais intensifs en 6e année, on s’attend à devoir combler 1 200 postes au cours des 5 prochaines années», note l’attachée de presse de la FCSQ, Caroline Lemieux.
Le ministère permet désormais aux diplômés de maîtrise dans des domaines pertinents de donner des cours au secondaire, tout comme on voit de plus en plus d’étudiants qui en sont à leur deuxième ou troisième année à l’université devant les classes.
«S’il n’y avait pas de besoins, on n’embaucherait pas de candidats qui ne possèdent pas toutes les qualifications nécessaires», conclut Mme Lefrançois. Reste à voir si ces mêmes candidats surmonteront les incertitudes inhérentes à leurs débuts sur le marché du travail.
À Montréal
Dans la métropole, les ouvertures sont nombreuses pour les futurs diplômés en enseignement.
- La Commission scolaire de Montréal (CSDM) déclare être en processus continuel d’embauche de nouveaux enseignants. Chaque année, 800 enseignants sont recrutés dans ses établissements, un chiffre «énorme» selon la coordonnatrice du bureau du recrutement, France Laurent.
- La commission scolaire prévoit accueillir 4 000 nouveaux élèves d’ici 2015.
- Outre la forte demande de diplômés en adaptation scolaire, Mme Laurent note des besoins à combler en musique et en éducation physique. Les ouvertures seront toutefois plus nombreuses aux niveaux préscolaire et primaire, où on prévoit les plus fortes augmentations de la clientèle.