Quand changer de cap?
Changer de trajectoire professionnelle est de plus en plus commun, mais avant de faire le saut, il faut savoir quand on en a assez. Comment s’y retrouver avant de divorcer?
Monique St-Amand, conseillère en orientation pour le club de recherche d’emploi CREMCV, énumère certaines raisons qui poussent les gens à la consulter : anxiété, situations de conflits au travail, épuisement, frustrations, conditions difficiles. À l’origine de la volonté de changer d’emploi : «des malaises qui varient beaucoup».
«Des réflexions, comme “il me semble que je pourrais être plus heureux ou plus efficace dans un autre contexte”» sont tout de même des indices concrets que le niveau de malaise est élevé, selon Mme St-Amand. Mais avant d’entreprendre une démarche de réorientation de carrière, elle précise qu’il faut aussi avoir espoir que la situation s’améliorera ailleurs.
Une fois le mécontentement identifié, deux grandes questions s’imposent avant de déclarer officiellement le ras-le-bol. Est-ce vos désirs ou votre environnement qui ont changé? Puis, de quelle nature sont les changements qui s’imposent?
Une analyse de sa situation professionnelle permet d’abord de préciser les causes du désir de changement. Deux options possibles : regarder à l’intérieur de soi ou autour de soi (dans le milieu professionnel).
Mme St-Amand se fait rassurante sur la première possibilité, les changements intérieurs : «Il est normal que les raisons d’un choix de carrière remontant au début de la vie adulte ne soient plus les mêmes après 10 ou 20 ans.» Se souvenir des éléments qui procuraient un sentiment d’accomplissement est utile pour évaluer si ces sources de stimulation sont toujours présentes. C’est ce qui permet de comprendre comment l’insatisfaction s’est installée et de «s’assurer que l’on a tiré le maximum de profit d’un endroit», affirme la spécialiste en transition de carrière.
Si c’est plutôt le contexte de travail qui a changé, que ce soit à cause de conflits ou de bouleversements dans l’organisation, le travail d’observation permet aussi de comprendre les zones de mécontentement. Très souvent, des ajustements sont possibles.
Le point de non-retour est donc différent pour chaque travailleur. Mais «avant de claquer la porte, il vaut la peine d’aller voir [la direction] pour discuter un peu», conseille Monique St-Amand.
Il est possible de proposer des changements à son patron ou de prendre un nouveau rôle à l’intérieur de notre champ de compétences, par exemple. «Si l’on a fait un travail d’exécutant pendant un certain temps, on peut avoir le goût de former ou d’entraîner de nouveaux employés», suggère Mme St-Amand. Les compétences fines développées au fil des années peuvent servir à convaincre ou à aiguiller notre patron. C’est la solution de la thérapie de couple!
On peut aussi en venir à la conclusion que c’est le type d’emploi qui ne convient plus et qu’il faut carrément changer de profession. Pas aussi facile dans ce cas-ci de refaçonner son travail.
Les implications du travail de réorientation sont alors plus vastes : en avoir assez est une chose, recommencer à zéro en est une autre ! Faire table rase peut vouloir dire retourner à l’école ou lancer son entreprise, c’est-à-dire prendre davantage de risques.
L’important est donc d’avoir un portrait clair de sa situation avant de quitter son emploi. «Il faut se méfier de ceux que j’appelle les “beaux-frères” c’est-à-dire tous ceux qui nous donnent des solutions en 30 secondes, sans mauvaise volonté mais sans véritable compréhension de notre situation», conclut Monique St-Amand.