Lancer son entreprise: six idées reçues
Le Québec n’est pas la terre promise des entrepreneurs, selon Alain Aubut, président-directeur général de la Fondation pour l’entrepreneurship.
En cause, une culture pas encore assez affirmée en matière de prise de risques et une peur omniprésente de l’échec. Du coup, nous-mêmes et nos proches tendons à exagérer les différents freins qui nous retiennent de créer notre propre emploi ou notre propre entreprise, explique-t-il.
«C’est un peu comme être sportif de haut niveau. Pour y parvenir, il y a des sacrifices à faire, de nombreuses privations. Mais quand votre projet vous passionne, tout ça n’a plus d’importance, car même si c’est dans la douleur, vous faites ce que vous voulez faire. Et cet accomplissement est au créateur d’entreprise ce que l’adrénaline est au sportif», illustre M. Aubut.
Pour y parvenir, soyez donc plus fort que les idées reçues colportées par la «sagesse» populaire et votre entourage.
Voici six idées reçues à propos de l’entreprenariat.
Il faut de l’argent pour démarrer une entreprise
Certes, répond M. Aubut, mais quand l’idée est bonne, elle trouve toujours du financement, à condition toutefois d’être un vendeur passionné. Et contrairement à ce que l’on croit souvent, le Québec est très bien doté en argent frais. Dans la Belle Province dorment 6G$ d’argent (public comme privé) accessibles aux entrepreneurs. En comparaison, l’Ontario, plus peuplée, n’affiche que 2G$.
C’est moins compliqué d’être salarié que de créer son entreprise
Dans le contexte actuel de précarisation des emplois, ce n’est plus si sûr, explique M. Aubut. En outre, il existe énormément de ressources disponibles pour épauler les entrepreneurs dans leur projet, que ce soit des formules de mentorat ou des organismes, comme les chambres de commerce, les centres locaux de développement ou la Fondation de l’entrepreneurship.
Mon idée est géniale, tout le monde va vouloir mon produit
Un bon concept est essentiel, mais la façon de mettre le produit en marché est aussi importante que le produit lui-même, rappelle M. Aubut. Pour bien définir vos cibles et vos objectifs, un maître-mot: le réseautage dans votre secteur d’activités.
Je suis le premier à avoir cette idée
Cela vous décevra peut-être, mais sur les sept milliards de cerveaux humains, la probabilité qu’une idée soit réellement originale frise le zéro absolu. En revanche, rares sont ceux qui passent à la phase de réalisation. Allez voir les bureaux de brevets et les autres organismes responsables de la protection de la propriété intellectuelle, fouillez sur internet, posez des questions aux acteurs concernés par la branche dans laquelle vous voulez vous lancer… Bref, ne ménagez pas vos efforts afin de valider votre concept avant de monter votre entreprise.
Mon idée est géniale, tout le monde voudra me la voler
Cette attitude est très dangereuse, explique M. Aubut, car elle pousse à garder son idée pour soi, ce qui est bien plus dangereux que de la partager. «Le plus important, c’est de tester votre idée, de savoir où elle s’en va, de bonifier votre concept. Et pour ça, il faut la soumettre aux autres.»
Innover, c’est inventer
«Pas du tout!, affirme M. Aubut. Ce sont deux choses complètement différentes.» Inventer, c’est-à-dire créer quelque chose de vraiment nouveau, «c’est la croix et la bannière». «Innover, c’est-à-dire améliorer, optimiser ou mieux vendre un produit existant est bien plus facile», poursuit Alain Aubut. Et parfois plus porteur en matière de développement d’affaires. «Pensez à l’iPhone. Apple n’a pas inventé le téléphone cellulaire. Ils ont seulement repensé son interface et ses fonctionnalités pour devenir le succès que l’on connaît.»
Tout compte fait, ce n’est pas si important que votre idée soit originale… Déjà un obstacle en moins sur la voie de la création de votre entreprise!