Jongler avec les déceptions au travail
Le travail comporte son lot de déceptions. Comment ne pas se laisser abattre par ces déconvenues?
«La déception est une réaction tout à fait normale, mais elle se traduit souvent par l’expression maladroite d’un besoin qui n’a pas été justement exprimé», explique Pierre Boudreault, chef de pratique en développement des leaders chez IC Formation. Pour éviter la spirale de la déception, ce dernier conseille aux travailleurs de recourir à quelque chose qui prend de plus en plus d’importance: l’intelligence émotionnelle (IE).
L’IE prend le pas sur le QI
Selon les promoteurs de l’intelligence émotionnelle, la compétence d’un travailleur dépendrait davantage de son état d’esprit que de sa capacité à atteindre ses objectifs. Qualité de plus en plus considérée, l’IE renvoie à la capacité de chacun à ressentir et à gérer ses émotions et à en tirer profit afin de mieux s’adapter à son milieu.
Au sujet de la déception au travail, Pierre Boudreault articule essentiellement sa démarche autour de deux des quatre composantes de l’IE: la conscience de soi et la gestion de soi (qui sont suivies par la confiance des autres et la gestion des relations).
L’émotion est un indicateur
Pour M. Boudreault, une personne qui cherche à développer sa conscience de soi devrait d’abord réaliser que les émotions ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais qu’elles sont un symptôme de ce besoin inassouvi.
«À la suite d’une déception, il est important de travailler sur le besoin enfoui derrière l’émotion et de le cerner», indique M. Boudreault, qui illustre son propos en prenant le cas d’une personne qui passe à deux doigts d’obtenir une promotion: «En aspirant à devenir gestionnaire, une personne peut ressentir en fait le besoin d’influencer les autres.»
Ce n’est qu’une fois qu’on a pris conscience d’une telle chose qu’il faudra arriver à gérer la déception et travailler à mettre en place des stratégies qui, en contribuant à nourrir ce besoin, permettront à un individu de retrouver l’équilibre.
Apprivoiser ses émotions
Des techniques pour développer ce savoir-faire émotionnel? «Lorsqu’on est confronté à certaines émotions, on peut en prendre note dans un journal de bord pour établir ce qui provoque cette émotion-là et ensuite déterminer le besoin sous-jacent», propose M. Boudreault.
Quelle que soit la raison de la déception, la réaction qu’on aura sera souvent disproportionnée par rapport aux faits, car dans la réalité, les choses sont moins dramatiques qu’elles ne le paraissent.
«On a tendance à confondre nos émotions avec la réalité. C’est utile aussi d’obtenir du feedback auprès d’un collègue, qui nous aidera à voir la situation sous un angle différent, de façon plus rationnelle», suggère Pierre Boudreault.
Rebondir
Tirer profit de ses déceptions, c’est avoir la capacité de transformer ce que l’on appelle un échec en une situation positive. Pour ce faire, le travailleur déçu est invité à appréhender la situation sous l’angle de l’apprentissage en faisant appel à son intelligence émotionnelle.
Se mettant dans la peau d’un employé qui peine à se faire rembourser par un collègue à qui il a prêté de l’argent, M. Boudreault explique que, «si je suis résilient et que je veux rebondir, je ne dois pas rester bloqué sur cette histoire. Je dois plutôt me dire qu’à présent, nos relations se limiteront strictement à des rapports professionnels, car on doit réussir à continuer à travailler avec les autres».