Formation et emplois
17:55 29 avril 2015 | mise à jour le: 14 juin 2021 à 14:56 Temps de lecture: 5 minutes

Avoir l’entrepreneuriat comme raison d’être

Avoir l’entrepreneuriat comme raison d’être
Photo: Yves Provencher/Métro

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leur parcours et de leurs succès.

Sergio Escobar a la poignée de main énergique et le ton déterminé. Il sait d’où il vient et où il va. Depuis sa Bolivie natale jusqu’à Montréal se dessine en filigrane de son parcours une passion sans borne pour l’entrepreneuriat, fil conducteur d’une vie façonnée par la quête jamais assouvie de dégoter les trouvailles qui feront le monde de demain.

Quand on lui demande comment il se définit lui-même sur le plan professionnel, la réponse arrive sans hésitation. «Juste comme un entrepreneur», lâche-t-il, précisant qu’il est «quelqu’un qui cherche à changer les choses».

«La Bolivie est le seul pays d’Amérique latine qui a connu et perdu des guerres contre tous ses voisins. Elle y a laissé la moitié de son territoire. La pauvreté y est extrême. Là-bas, être résilient devient une seconde nature. Notre propension à l’entrepreneuriat vient de là. Mes parents m’ont toujours dit: “Cherche ce que tu veux faire de ta vie et crée l’occasion de le réaliser.”»

Quand vient le temps d’élargir ses horizons – pour jouir de meilleures opportunités que ce qu’offre la Bolivie –, Montréal s’impose à Sergio. Celui-ci maîtrise déjà le français, langue qu’il a apprise alors qu’il fréquentait l’école française, en Bolivie. Il a de la famille au Québec. Celle-ci s’y est installée dans les années 1970, après avoir fui la
dictature.

En 1994, il atterrit à Mont­réal, où il s’est inscrit en biologie à l’UQAM. Il reçoit une bourse d’une association de recherche sur le diabète: «Après seulement six mois au Québec, ça encourage!» Malgré ses excellents résultats, il constate toutefois que la biologie n’est pas pour lui. Plus qu’aux souris à disséquer, c’est aux machines des laboratoires que Sergio s’intéresse. Il s’inscrit à l’Université Laval, en génie industriel.

À quelques mois de commencer un stage dans une multinationale, Sergio a vent d’une mission commerciale en Colombie, chapeautée par le gouvernement canadien qui cherche à y développer des partenariats d’affaires. On recrute des Latino-Américains prêts à faire le lien entre les deux pays. Condition de participation au programme : dégoter une entreprise prête à investir 5000$ dans la recherche d’occasions d’affaires. En quelques jours, entre deux examens finaux à l’université, Sergio obtient la confiance (et le chèque) d’une jeune entreprise en aéronautique.

«Tu es fait pour la vente!» lui dira le directeur de la boîte après la fructueuse mission en Colombie. Sergio range donc soigneusement son diplôme d’ingénieur et se joint à cette entreprise comme directeur des ventes. Il a 23 ans. En un an, la boîte passe de 12 à 45 employés, et son chiffre d’affaires est multiplié par huit.

Malgré le passage des années, Sergio garde des liens étroits avec sa mère. Quand celle-ci tombe gravement malade, il retourne naturellement auprès d’elle. Il gère alors la petite entreprise familiale, puis se lance dans la maroquinerie d’objets de luxe. L’aventure durera cinq ans. Sergio y apprend les rouages de l’élevage d’alligators et implante celui d’autruches en Amérique latine. Son flair d’entrepreneur ne le trompe pas: les affaires sont prospères. En 2008, ses associés décident de vendre à un banquier bolivien.

Après la mort de sa mère, n’ayant plus d’attaches professionnelles ni familiales dans son pays natal, Sergio rentre à Montréal, décidé à faire de l’entrepreneuriat son étendard. Il est aujourd’hui impliqué, en tant que consultant et directeur, auprès de plusieurs organisations qui facilitent l’émergence d’entreprises en démarrage. Véritable motivateur, insatiable chercheur de nouveauté, il ne jure que par le travail. «Ce qui me fascine dans l’entrepreneuriat, c’est la découverte. Être à l’affût des tendances, flairer la prochaine trouvaille qui va révolutionner le monde», voilà ce qui titille son adrénaline.

Où sera-t-il demain? «Si on était à l’époque des Romains, je vivrais forcément à Rome.» En 2015, Sergio voit-il en Montréal la nouvelle Rome? «J’aime la culture de cette ville. Ma famille est ici, et il y a un terreau incroyablement fertile pour l’entrepreneuriat.»

L’émission de Radio-Canada international Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisée par la journaliste Anne-Marie Yvon, cette émission est disponible sur le site de RCI (rcinet.ca/francais).

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