Formation et emplois

Joanna Chery et Cindy Marquis: Carburer au café

Photo: Chantal Lévesque / Métro

Avoir son café. À soi. Qui porte sa signature et son style. Beaucoup y rêvent. Peu osent. Joanna Chery a ouvert le sien dans l’éden de l’espresso (lire: le Mile-End), près d’institutions de la trempe de l’Olimpico. Cindy Marquis est quant à elle devenue vice-présidente de Bonté divine! une maison de torréfaction née à Saint-Jean-Port-Joli. Verdict? Pour les deux, se lancer en affaires a été le meilleur move du monde.

Joanna Chery: Phyllo Bar Melina’s

Quand Joanna Chery a inauguré son café, il faisait F-R-O-I-D. Un vrai hiver montréalais, bien intense. «J’ai ouvert juste avant Noël. Le 22 décembre 2011!» Mais il aurait pu faire -78ºC, que la jeune femme de 33 ans aurait mis du soleil dans la place. «J’ADORE les gens!» s’exclame-t-elle. Et c’est tant mieux, car la taille mini de son commerce («400 pieds carrés, même pas. 375.») favorise les rencontres. «Les clients deviennent des amis, note-t-elle. Au moins trois couples se sont formés sur cette terrasse!» Justement, sur ladite terrasse où nous sommes assises, une jeune femme qui vient d’acheter son café sort avec sa poussette. «Eh, salut!» Elle présente sa petite fille. «Elle s’appelle Mélina!» Et non, ce n’est pas une mise en scène…

Résidante de Parc-Ex qui se «tenait tout le temps» dans ce quartier branché qu’est le Mile-End, Joanna trouvait «qu’il manquait quelque chose de rapide» dans le coin. («Parce que des fois, t’es juste pressé et tu n’as pas envie de manger des bagels», sourit-elle). Comme sa mère est Grecque et son père Haïtien, («Je suis vraiment un mélange qui peut se produire dans très peu de villes… et Montréal, c’en est une!»), elle a pensé vendre des pâtisseries du pays maternel dans un comptoir de bouffe pour emporter. «Mais très vite, je me suis rendu compte que c’est suuuper important, le café! Surtout dans une ville comme Montréal où on en boit plus que de l’eau! Alors, je me suis dépêchée pour aller chercher une machine!» lance-t-elle en éclatant de rire.

Car Joanna rit beaucoup. Atout en or quand on travaille avec le public. En plus des 60 heures qu’elle donne à son entreprise par semaine, elle en travaille une trentaine à la Commission anglaise, où elle est intervenante auprès des enfants qui ont des besoins spéciaux. Elle se dit inspirée par sa mère, «qui a un cœur gros comme la planète».

Chez Melina’s, Joanna «joue tous les rôles!» «Je suis gérante. Comptable. Cuisinière. Chef d’entreprise. C’est fou ce qu’on est capable de faire quand on se met dans une situation hasardeuse!»

Elle n’avait d’ailleurs «jamais travaillé dans un café ou un resto de sa vie» avant d’ouvrir le sien. Les premières semaines, elle les a même passées… à «se pratiquer à faire mousser le lait!», se souvient-elle en rigolant. «Je savais comment boire le café, mais comment le faire, c’était une autre affaire! Ça m’a pris un mois avant de savoir préparer un cappuccino!»

Mais avec le temps, on arrive à tout. «Tu te trompes, tu te corriges, t’apprends, tu croises tes doigts et t’espères que ce que tu fais a du bon sens!»

Visiblement, oui! Du matin au soir, l’exigu et charmant endroit accueille «les artistes, les jeunes professionnels, les petits qui viennent de l’école primaire avec leur 5 $ sur l’heure du lunch pour acheter leur spanakopita, les Grecs qui viennent d’un peu partout pour voir si nos pitas goûtent aussi bon que les pitas de leurs grands-mères…»

Et maintenant, le projet d’avenir de Joanna quel est-il? Le faire lire, cet avenir, ou plutôt celui de ses clients, dans le marc de café grec qu’elle sert en plus de celui à l’italienne, «plus classique». «Je suis Grecque et Haïtienne, allô! Je suis super superstitieuse! s’esclaffe-t-elle. J’aimerais engager une dame qui pourrait prédire le destin! Ça pourrait être bon, non?»

Questions express

  • Votre parcours? «J’ai fait plein d’affaires!» Entre autres: «J’ai complété mon BAC en relations humaines à Concordia, j’ai été gérante de magasins pour American Apparel et j’ai travaillé avec ma mère dans sa garderie.»
  • Melina’s en quelques mots? «Authentique! Le fun! Décontracté!»
  • La machine à café que vous utilisez? «Une belle Saeco que j’ai achetée usagée d’un gentil monsieur nommé Paolo.»
  • Un conseil à un(e) «futur(e) vous»? «Si tu veux t’ouvrir quelque chose d’indépendant, prépare-toi à travailler beaucoup! Mets ton cœur dedans à fond! Tu peux être vraiment surpris de façon positive.»

Phyllo Bar Melina’s
5733, avenue du Parc

Cindy Marquis
Photo: Joannie Legros / Collaboration spéciale

Cindy Marquis: Café Bonté divine!

Il y a sept ans, quand Cindy Marquis a eu l’occasion de devenir associée du café Bonté divine! dont elle a été «la première employée» et où elle «a travaillé tout au long de ses études universitaires», elle a dit «oui!» d’emblée. «C’est drôle, j’ai réfléchi, mais pas au point de faire une grande liste, de peser longuement le pour, le contre, tout ça!» se souvient-elle dans un chaleureux sourire.

Prof d’anglais au primaire depuis un an, l’entrepreneure aujourd’hui âgée de 31 ans adorait pourtant son emploi. «Je suis chanceuse, parce qu’il y a des gens qui ne savent pas quoi faire dans la vie. Moi, j’avais deux choses que j’aimais vraiment! Ce n’est pas parce que je n’aimais pas l’enseignement. C’est plus que je préférais le café!»

Un amour du café… doublé d’un amour pour les gens. Cindy affirme d’ailleurs, et les fidèles le confirment, que c’est la convivialité, l’accueil et la chaleur qui se dégage de son commerce qui font sa signature. À Saint-Jean-Port-Joli, Bonté divine! est une référence. Pour son ambiance, comme pour ses produits. Plusieurs restos des environs proposent fièrement la marque, annonçant dans leurs vitrines: «Nous servons le café Bonté divine!»

Il n’a pas fallu longtemps pour que cette municipalité de 3500 habitants adopte l’entreprise.  La «maison-mère» a ouvert ses portes en 2003… dans une vraie maison rénovée en café par le président Frédérick Bernier et son associé d’alors, Michel Dumont. Depuis, le succès a mené à l’inauguration de deux autres succursales: à La Pocatière et, la plus récente, à Lévis. Chacune se distinguant par son décor. «À La Poc, c’est l’Urbaine; à Lévis, La Maritime, parce qu’on est juste sur le bord du traversier, et à Saint-Jean, c’est l’Ancestrale!»

Par ailleurs, si à Lévis, les cafés pullulent, à Saint-Jean-Port-Joli, Bonté divine! a fait œuvre de pionnier, à son arrivée dans le paysage, il y a 12 ans. «Frédérick m’a confié qu’à la base, les gens ne croyaient pas au projet, raconte Cindy. Mais désormais, on a beaucoup, beaucoup de clients réguliers qui viennent prendre leur café ou en acheter tous les jours! On a développé un besoin. C’est un goût qui se développe aussi!»

La règle d’or pour Cindy? Le respect du produit («On a un employé qui fait la torréfaction à temps plein, cinq jours par semaine»), le souci du détail (pendant les Fêtes, chaque succursale compte une station d’emballage de cadeaux majestueusement colorée) et la qualité du service. Il faut dire que son associé et elle «font encore du plancher. Souvent». «Ça permet de s’améliorer! On aime ça être là et voir les clients. Je ne m’imagine pas un jour juste venir faire un tour et dire “Oui, ça va bien”, puis aller m’enfermer dans le bureau.»

Surtout que, à la caisse et à la machine à espresso, dit Cindy, on sent qu’on aide, qu’on fait un geste. «Souvent, il y a des personnes âgées dont c’est la seule sortie. Elles n’ont parlé à personne dans la journée; donc il ne faut pas juste faire: “Oui bonjour” et donner le café, merci. Il faut aimer travailler avec les gens!»

Questions express

  • Votre parcours? «J’ai fait mon BAC en éducation à l’Université Laval. Tout au long de mes études, j’ai travaillé chez Bonté divine!»
  • Bonté divine! en quelques mots? «Je dirais: un café de qualité et une ambiance chaleureuse. Les gens placotent d’une table à l’autre et se sentent bien!»
  • La machine à café que vous utilisez? «Astoria.»
  • Un conseil à un(e) «futur(e) vous»? «Premièrement, avoir quelque chose qui se démarque, de qualité supérieure. Ensuite, bien s’entourer! Troisièmement, aimer jaser! Et si on fait des mélanges maison, il faut être patient, faire beaucoup de tests.»

Bonté divine!
L’Ancestrale: 2, chemin du Roy Est, Saint-Jean-Port-Joli
L’Urbaine: 612, 4e Avenue Painchaud, La Pocatière
La Maritime: 5992, rue Saint-Laurent, Lévis

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