Formation et emplois

La différence culturelle, une alliée plutôt qu’un handicap

Photo: Yves Provencher/Métro

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leur parcours et de leurs succès.

Pour mieux se hisser au sommet, Gilda Villaran est entrée une seconde fois dans le milieu qui l’intéressait… par la porte des étudiants. L’avocate associée chez Fasken-Martineau raconte son parcours d’immigration peu commun, teinté d’une rare humilité.

L’espace de quelques secondes, son regard erre à travers la baie vitrée du 37e étage, d’où on a une vue imprenable sur le Vieux-Montréal, depuis les bureaux du prestigieux cabinet. «Vous me faites parler de moi et puis je me perds!» plaisante Gilda Villaran. Au fil du récit remontent les souvenirs, balises de la trajectoire sinueuse qui a fait d’elle une Montréalaise.

«Je n’ai pas quitté le Pérou dans l’espoir d’une vie meilleure. J’aurais pu y avoir une belle carrière», confie-t-elle. Après des études de droit et quelques années de pratique, Gilda s’envole pour poursuivre une maîtrise en droit du travail et un doctorat à l’Université Yale, grâce à une bourse de la fondation Fulbright. Elle y rencontre un Québécois qui deviendra son mari et commence par l’accompagner en France, où il décroche un emploi. Elle met sa thèse entre parenthèses durant quelques années pour s’occuper des enfants qu’elle a eus au fil des ans, mais sans jamais perdre de sa détermination à mener sa propre carrière. Depuis qu’elle est tombée dedans, le droit lui colle à la peau. Elle obtient finalement son doctorat en 1992.

Travailler en France s’avère difficile pour elle. La famille doit prendre une décision. On offre à son mari un poste à Montréal, et Gilda pose ses valises au Québec en 1994. Pour obtenir une équivalence de diplôme et pouvoir prétendre au barreau, elle doit compléter une trentaine de crédits. Quand vient le temps de chercher un stage, elle suit le flot des étudiants et frappe aux portes des grands cabinets. Fasken-Martineau lui ouvre la sienne. Le tout premier mandat qu’on lui confie, c’est de la recherche d’archives. Gilda est alors dans la trentaine, elle a exercé comme avocate au Pérou, a décroché un doctorat à Yale sous la supervision d’un comité composé entre autres d’un professeur qui deviendra prix Nobel d’économie par la suite… «J’étais capable de faire bien plus que ce travail-là, bien sûr, mais c’est le premier mandat qu’on me confiait, et je me suis fait un devoir de l’honorer. Je repartais de zéro.» Cette humilité, à son sens essentielle à l’intégration, est devenue pour elle une leçon de vie.

Chez Fasken-Martineau, on a tôt fait de constater que Gilda Villaran a tout un potentiel et on lui propose un poste. Entrée en 1998, elle n’a plus quitté le cabinet, où elle est associée depuis deux ans en tant que spécialiste du droit de l’immigration.

«Ce parcours n’a pas toujours été évident. Parler avec un accent, c’est handicapant. Ça crée des débats. D’autres que moi vous diront le contraire, mais avec l’accent vient l’évidence d’un bagage culturel différent. Il faut être ultra performant, faire toujours un peu plus que les autres pour arriver au même résultat, explique l’avocate. Tous les employeurs ne sont pas prêts à donner une première chance à un étranger. Beaucoup de gens arrivent avec un bagage académique et professionnel qui, finalement, ne bénéficie pas au Québec, à cause de barrières structurelles.» Nullement amère, elle décide plutôt de s’impliquer auprès de la Chambre de commerce latino-américaine du Québec, dont elle est vice-présidente. «Le marché du travail a des progrès à faire pour reconnaître et valoriser les expériences des immigrants», lance Gilda Villaran.

Sa différence, Gilda la considère comme un atout. «Je suis à la fois de partout et différente partout. Plus vraiment Péruvienne à 100%, pas non plus Québécoise à 100%. Mais quand les Habs sont en séries, je vibre! On adopte des choses de chaque pays où on a vécu, et c’est une richesse, un plus.»

L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisée par la journaliste Anne-Marie Yvon, cette émission est disponible sur le site de RCI (rcinet.ca/francais).

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