Formation et emplois

Des jeunes condamnés à la pauvreté?

Les jeunes sont très nombreux parmi les travailleurs les plus mal rémunérés du Québec. Photo: Métro

Les jeunes qui sont rémunérés au salaire minimum risquent fort de demeurer dans la pauvreté.

En octobre 2015, plus de 60 % des Québécois rémunérés au salaire minimum sont des jeunes de 15 à 24 ans, alors qu’ils ne représentent que 15 % de tous les travailleurs.

C’est ce que révèle une compilation par la Commission des normes du travail de données de Statistique Canada et publiée sur la Banque de données des statistiques officielles. En comparaison, un peu moins de 8 % des 45 à 54 ans sont rémunérés au salaire minimum, alors qu’ils forment environ 23 % de la main-d’œuvre.

Les jeunes sont donc très nombreux parmi les travailleurs les plus mal rémunérés du Québec. Autre fait surprenant, avoir fréquenté le cégep ou l’université ne permet pas toujours d’éviter le salaire minimum. Environ 46 % des Québécois rémunérés au salaire minimum ont fréquenté un de ces établissements d’enseignement.

Certains ne verront pas là de quoi s’en faire. Ils vous diront qu’en début de carrière, les jeunes manquent d’expérience et ne peuvent donc pas occuper les emplois mieux rémunérés. Une fois leurs preuves faites, ils pourront accéder à de meilleurs salaires. Mais il y a vraiment de quoi s’inquiéter, au contraire.

Dans une autre chronique, j’ai fait référence à une étude, menée aux États-Unis par la Federal Reserve, qui montre que le salaire qu’un jeune gagne durant sa vingtaine permet de prédire son niveau futur de revenu. Selon l’étude, le jeune qui gagne un salaire inférieur à la moyenne risque fort de continuer à être mal rémunéré durant toute sa carrière, à moins qu’il ne décroche un emploi plus rémunérateur avant l’âge de 35 ans.

Plusieurs des jeunes payés au salaire minimum courent donc le risque de rester au salaire minimum et de devenir cantonnés dans la pauvreté. En effet, comme l’a montré une étude récente de l’Institut de recherche et d’information socio-économiques (IRIS), à son niveau actuel de 10,55 $ de l’heure, le salaire minimum ne permet pas de satisfaire les besoins de base. L’IRIS parvient à cette conclusion après avoir calculé le prix d’un ensemble de biens et de services essentiels au bien-être et à la participation sociale et économique. Selon ces calculs, le salaire minimum devrait être de 14,25 $ de l’heure afin de permettre à une famille de quatre personnes, dont deux sont salariées, de régler ses dépenses de base. Il devrait être de 15 $ de l’heure pour une personne vivant seule.

Le risque que courent les jeunes de rester pauvres est d’autant plus grand que les calculs de l’IRIS supposent que les salariés travaillent à temps plein. Or, beaucoup de jeunes occupent des emplois à temps partiel ou occasionnels. Cela signifie que leurs revenus fluctuent d’une semaine à l’autre et peuvent donc être bien moindres que les salaires minimaux suggérés par les calculs. La génération la plus éduquée de l’histoire s’enfoncera alors dans la pauvreté.

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